Les ministres des Finances l’affirment : il est possible de financer la transformation agricole via des emprunts commerciaux

23/10/2015
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Emprunter sur les marchés internationaux de capitaux pour financer une agriculture commerciale qui étendrait la gamme de produits fabriqués sur le continent et aboutirait ainsi à une transformation du secteur agricole africain est une option à envisager, ont estimé, vendredi 23 octobre, les ministres des Finances présents à la Conférence « Nourrir l’Afrique », à Dakar.

Le ministre adjoint des Finances de la Zambie, Christopher Mvunga, a déclaré que des emprunts à des taux commerciaux, contractés sur les marchés financiers internationaux, pourraient être affectés à la modernisation d’infrastructures agricoles.

Il a précisé que son pays avait alloué à l’extension et à la diversification de l’agriculture 250 millions de dollars EU sur le 1,5 milliard qu’il a levé à l’international grâce à l’émission d’obligations souveraines.

La Zambie dépend fortement de sa production de maïs pour répondre à la demande domestique. Mais les experts s’inquiètent de ce qu’une sur-dépendance à l’égard de la production d’aliments de base ne compromette la transformation agricole de l’Afrique.

« Nous nous sommes lancés dans un processus visant à transformer notre agriculture et à faire évoluer notre économie dans le sens d’une moindre dépendance à l’égard de la production d’aliments de base et du cuivre », a expliqué M. Mvunga, lors d’une table ronde sur les défis que les pays africains doivent relever pour moderniser leur agriculture.

Dans sa politique agricole, la Zambie met désormais l’accent sur la nécessité de changer de politiques publiques pour remédier aux faiblesses existantes, telles que la faible capacité de production des agriculteurs, pour les travaux de recherche et de développement de nouvelles technologies agricoles, et pour consentir des investissements financiers afin d’améliorer la fertilité des sols, l’octroi de crédits aux agriculteurs et les infrastructures d’irrigation.

Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, a indiqué qu’il est possible d’accéder à des financements agricoles auprès de banques internationales de développement, comme la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, mais que de nouvelles mesures s’imposent pour s’assurer que l’argent alloué à l’agriculture profite aux agriculteurs.

L’Afrique consacre chaque année 35 milliards de dollars EU aux importations de produits alimentaires – important ce qu’elle pourrait produire elle-même –, tout en émettant pour 30 milliards de dollars d’obligations en devises pour financer son développement, a tenu à souligner le président Adesina.

« Si seulement l’Afrique pouvait parvenir à l’autosuffisance alimentaire, de telles sommes pourraient être consacrées au développement au niveau national, sans avoir à recourir à des emprunts coûteux sur les marchés de capitaux internationaux », a-t-il ajouté. 

S’il a déclaré qu’il est possible de financer l’agriculture à travers l’émission de bons du Trésor et d’autres instruments financiers, Le président de la BAD a averti que les emprunts commerciaux n’auraient aucun impact tant que les pays ne règleraient pas les inefficiences qui freinent l’accès des agriculteurs à des équipements agricoles subventionnés.

Les débats qui ont rythmé, du 21 au 23 octobre,  la Conférence « Nourrir l’Afrique » qui se tenait à Dakar, capitale du Sénégal, étaient axés sur les moyens d’attirer des investissements vers le secteur agricole. Ils ont déjà eu pour effet positif de rallier les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale qui y participaient à l’idée de créer des instruments financiers efficaces en appui à l’agriculture.

« L’Afrique est désormais prête à faire de l’agriculture une activité commerciale et à promouvoir la diversification de ses économies », avait déclaré le président de la Banque dans son allocation d’ouverture à la conférence. « Rien n’est plus important que l’accès à de la nourriture de qualité et en quantité suffisante ».

La conférence avait pour but de mettre l’Afrique en position d’affronter ses carences agricoles, en s’attaquant aux défaillances flagrantes en matière de commercialisation des produits agricoles, en créant des routes efficaces pour acheminer les produits alimentaires destinés à la vente, et en parvenant à l’autosuffisance alimentaire avant même de produire des denrées supplémentaires à des fins d’exportation.

A cause de la baisse des cours des produits de base, les pays africains qui dépendent de l’exportation de produits de base – le cuivre notamment – se heurtent à un déficit croissant de leurs comptes courants et à des déséquilibres budgétaires internes.

Le président Adesina a souligné que, face à la dévaluation des monnaies nationales, le coût des importations alimentaires ne pourra qu’aller croissant, ce qui déclenchera des revendications salariales et exacerbera la pression sur les finances publiques.

Pour plus de précisions, veuillez vous rendre sur : www.afdb.org/fr/dakagri2015

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