Crise financière - Interview de Taoufik Rajhi, assistant de l’économiste en chef de la BAD

19/11/2008
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Afin de surveiller de près l’évolution de la crise financière internationale, le Groupe de la Banque africaine de développement met à la disposition du public des outils statistiques quotidiennement mis à jour. Ces outils de surveillance, élaborés et mis à jour par le complexe de l’Economiste en chef de la BAD, comportent les indicateurs suivants: analyse des marchés financiers, des taux de change et des cours des matières premières. La date de référence pour ces trois indicateurs est le 31 juillet 2008. Taoufik Rajhi, assistant de l’économiste en chef de la BAD, nous en dit plus long sur cet outil. Interview.

Question: La Banque Africaine de Développement a innové en matière de suivi de la crise financière internationale. Pouvez nous dire quels sont les outils que vous avez mis en place pour assurer le suivi de cette crise ?

Réponse: Je pense qu’il y a deux éléments essentiels qui ont été mis en place: d’abord le groupe de suivi de la crise qui a été mis en place par le président de la Banque, qui se réunit régulièrement, et qui suit l’évolution des marchés financiers, des taux de change et toutes les questions qui sont pertinentes au niveau mondial et au niveau de l’Afrique. Le second élément vient en appui à ce groupe de travail: il s’agit d’un outil de suivi quotidien des marchés financiers, des cours des matières premières et des taux de change, au niveau mondial et au niveau du continent africain.

Question: A quoi servent ces indicateurs ?

Réponse: C’est un rapport journalier, c’est très important et c’est très rare d’avoir ce type de rapport  et de suivi régulier, on ne peut pas aller  plus loin pour une banque de développement. Au niveau des marchés financiers, nous suivons régulièrement les principaux marchés financiers africains: la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Maroc, le Kenya, l’Île Maurice, le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Tunisie. Nous suivons également les marchés américains, comme le Canada, les Etats-Unis, le Brésil ou l’Argentine. Nous incluons en outre dans notre veille les marchés des pays émergents, comme les marchés asiatiques, la Chine, sans compter certaines places européennes. En ce qui concerne les taux de change, le suivi concerne toutes les monnaies africaines, analysées para rapport à l’évolution du dollar, ainsi que certaines monnaies importantes comme l’euro.

Mais cela ne suffit pour suivre la crise: les cours des matières premières peuvent affecter la croissance américaine et la croissance africaine, et c’est pour cette raison que l’on a mis en place un système de suivi des principales exportations africaines comme le coton, le café, le cacao, l’or, l’argent, le pétrole, le platine.

Notre outil de suivi contient en outre des graphiques qui permettent d’apprécier très rapidement l’évolution des marchés financiers américains, africains, asiatiques et européens.

La date de référence retenue pour essayer d’apprécier l’évolution est le 31 juillet 2008.

Question: Si on reprend pour chacun de ces trois grands domaines au niveau des marchés financiers, quelle est la tendance sur les marchés africains ?

Réponse: C’est la baisse, je ne vous apporte pas une information nouvelle, cela suit ce qui se passe aux USA, principalement dans les indices phares comme le Dow Jones depuis le 31 juillet, qui a baissé de 27%, et beaucoup plus pour l’indice phare de valeur technologique le Nasdaq qui a baissé de 37%. L’Afrique a suivi cette tendance à la baisse. Il faut dire que cette baisse est généralisée, mais différente d’un pays à l’autre. Il y’a des pays qui ont subit une baisse et qui ont été très affectés par la contagion des marchés financiers, comme l’Egypte ; c’est aussi le cas de l’Afrique du Sud qui a perdu 31%. D’autres pays ont été moins touchés, comme la Tunisie dont le marché financier n’a reculé que de 3 %.

Question: Au niveau du taux de change, quelle est l’évolution ?

Réponse: L’évolution des monnaies africaines suit la danse de l’euro par rapport au dollar et du dollar par rapport à l’euro. Ce à quoi l’on assiste actuellement, c’est une appréciation du dollar et une dépréciation de l’euro. C’est une situation où l’euro s’est déprécié de 19 % par rapport au dollar, entraînant une dépréciation de la majorité des monnaies africaines par rapport au dollar. Les écarts sont énormes d’un pays l’autre: certains subissent une évolution très forte, d’autre une évolution plus ou moins faible, comme l’Algérie par exemple.

Question: Et enfin sur le marché des matières premières ?

Réponse: C’est l’élément le plus important pour les pays africains, parmi les premiers leviers de croissance en Afrique. Le pétrole par exemple a subi depuis le 31 juillet 2008 une baisse de 57%. Cela témoigne de l’effet négatif qu’a eu la crise financière sur un des leviers importants de la croissance africaine. Tous les autres produits ont subi la même dépréciation: le coton a chuté de 15 % par rapport à juillet 2008, le cacao de 31 %, le café de 18 %... La majorité des matières premières ont subi une baisse importante, qui va se traduire par un impact sur les économies africaines, en matière de balance des paiements et en matière de déficit budgétaire.

Question: Où peut-on consulter ces informations ?

Réponse: Toutes ces informations sont publiques et sont mises à la disposition du grand public à travers le site de la Banque, rubrique Crise financière.


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Speaker

Nom: Taoufik Rajhi Titre: Assistant to the ADB Chief Economist