Financer le secteur de l’eau, une priorité pour la transformation de l’Afrique dixit les experts

07/12/2015
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Pour les nombreux experts réunis du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, à l’occasion de la COP21, la conférence sur le climat, les ressources financières destinées à lutter contre le changement climatique en Afrique doivent être allouées en priorité aux investissements dans les secteurs de l’eau et de l’adaptation.

Jeudi 3 décembre, le Pavillon Afrique de la COP21 a abrité une rencontre de haut niveau qu’organisait la Banque africaine de développement (BAD), sur le thème « Prioriser l’eau dans le nouveau mécanisme de financement de la lutte contre le changement climatique : une opportunité pour l’Afrique ».

Han Seung-soo, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes liées à l’eau, a appelé à adopter une approche plus équilibrée dans les négociations en cours sur le climat, qui favorisent l’atténuation aux dépends de l’adaptation. Insistant sur la nécessité d’adopter une approche globale du développement durable, qui fasse la part belle tout à la fois à la réduction des risques de catastrophe et à l’adaptation au changement climatique, Han Seung-soo a fait les louanges de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qu’il a qualifié de « plan historique pour l’Afrique ».

 « L’Afrique a la chance d’être dotée d’une économie “bleue” ; l’eau sera la clé de voûte de la transformation du continent et au cœur des efforts que nous poursuivrons pour bâtir une Afrique prospère », a-t-il promis.

Directrice du Centre africain des ressources naturelles de la BAD, Sheila Khama a exhorté les gouvernements à décupler leurs efforts en matière de gestion de l’eau, en conciliant adaptation et atténuation et en s’appuyant sur le secteur de l’eau pour lutter contre les conséquences néfastes du changement climatique. Et de plaider pour une gestion intégrée et transfrontalière des ressources hydriques.

Pour le Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), l’Afrique est loin de partir de zéro en matière de gestion des ressources en eau, quand bien même les défis apparaissent nombreux sur le continent. « Nous avons fait beaucoup de chemin », a déclaré Bai-Mass Taal, le secrétaire exécutif de l’AMCOW, soulignant les progrès accomplis, par l’AMCOW notamment.

De l’avis de Chukwumerije Okereke, auteur principal de l’Initiative africaine pour l’adaptation et les pertes et dommages du Groupe des négociateurs africains (AGN par sigle en anglais), le déficit important en matière de données sur le nombre de projets d’adaptation mis en œuvre en Afrique est incontestable. Et de recommander  de mandater un organe unique auquel confier le suivi des ressources affectées à l’adaptation en Afrique. Il a aussi conseillé que chaque pays africain crée un conseil national pour les investissements liés au climat, qui réunisse donateurs, diplomates, ONG et fonctionnaires de différents ministères et qui fasse office de mécanisme de contrôle.

Soulignant le besoin d’axer davantage les financements climatiques vers l’adaptation, David Craig, conseiller principal au sein du Fonds vert pour le climat (dit par acronyme GCF pour “Green Climate Fund”), a annoncé que le GCF compte dédier 50 % de ses ressources à l’adaptation et mobiliser 1,5 milliard de dollars EU au cours des douze prochains mois. Avant d’ajouter : « Même si nous sommes le petit nouveau en matière de financement, nous faisons de notre mieux. »

Le secrétaire exécutif de l’Autorité du bassin du Niger, Collins Ihekire, a souligné que 46 % de la superficie de ce bassin est situé dans la zone la plus aride du monde.  Les dirigeants des pays du bassin du Niger sont convenus, a-t-il indiqué, de financer et renforcer les agences existantes – conscients du caractère transfrontalier des enjeux –, plutôt que créer de nouvelles entités qui se feraient concurrence pour obtenir des fonds.

Aujourd’hui, l’Afrique affronte des défis d’ampleur en matière d’eau, qu’il s’agisse de pénuries, de pollution, de dégradation de l’environnement, d’inondations ou de mauvaise gestion de l’eau en ville comme en milieu rural.

Le déficit d’accès à l’eau potable salubre et à l’assainissement coûterait à l’Afrique 5 % de son PIB annuel, selon les calculs ; les sécheresses et inondations amputeraient le PIB des pays affectés de 5 à 25 % ; et les fréquentes coupures de courant causeraient la perte de 2 % du PIB annuel du continent.

Aux coûts du manque de sécurité hydrique, s’ajoutent ceux du changement climatique, qui représenteront de 1,5 à 3 % du PIB africain d’ici à 2030, voire 10 % du PIB en 2100, si rien n’est fait.

Entre 2010 et 2012, les pays de l’OCDE ont fourni 2,5 milliards de dollars EU par an en moyenne pour financer des projets d’adaptation en Afrique, un chiffre à rapprocher des besoins estimés à 50 milliards de dollars EU annuels en ce domaine à l’horizon 2050l de, si la hausse des températures ne dépasse pas 2° C.

Pour Mithika Mwenda, membre de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA par acronyme anglais), un tel écart est inacceptable, d’autant que l’impact du changement climatique est, pour l’essentiel relatif à l’eau. L’Afrique a donc besoin d’aide pour développer ses ressources hydriques et améliorer ses capacités d’adaptation afin faire face aux impacts néfastes de la variabilité et du changement climatiques. « Les besoins de l’Afrique liés à l’eau font partie intégrante des plans d’adaptation pour le continent et devront être prioritaires dans tout mécanisme de financement de la lutte contre le changement climatique » a-t-il conclu.