Miser sur les femmes, les jeunes et sur l’agro-industrie pour bâtir l’Afrique de demain

24/05/2016
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Comment opérer une véritable transformation du secteur de l’agriculture en Afrique, à laquelle participent pleinement tant les femmes que les jeunes d’Afrique ? La table ronde qui s’est tenue le 23 mai 2016 à Lusaka, en marge des Assemblées annuelles, a donné lieu à des échanges de haute volée.

Au premier jour des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), la problématique de l’emploi et les enjeux de l’inclusion et de la valorisation des femmes et des jeunes en Afrique ont ponctué plusieurs événements.

Ainsi d’une table ronde qui s’est tenue en début d’après-midi de ce lundi 23 mai 2016, sur le thème « Emploi des femmes et des jeunes : le potentiel de transformation de l’agro-industrie » – une thématique dans la droite ligne de la cinquième des Cinq grandes priorités que la Banque s’est assignées sous l’égide du président Adesina, « Nourrir l’Afrique », et qui fait également écho aux deux autres que sont « Industrialiser l’Afrique » et « Améliorer la qualité de vie des Africains ».

L’évènement était co-organisé par le Bureau de l’envoyée spéciale de la BAD pour les questions de genre et INCLUDE, plateforme de savoir autour des politiques de développement inclusives. 

Un débat nourri par des experts de renom

Comment opérer la pleine transformation du secteur de l’agriculture en Afrique ? Comment le rendre attrayant ? Quelles sont les barrières sur lesquelles buttent les femmes dans le secteur ? Comment les y intégrer davantage, ainsi que les jeunes, et, au-delà, les valoriser sur l’ensemble de la chaîne de valeurs de l’agro-industrie ? Telles ont été certaines des questions qui ont nourri le débat, après une brève introduction de l’envoyée spéciale de la BAD pour les questions de genre, Geraldine Fraser-Moleketi, et d’Isa Baud, qui préside le comité de pilotage d’INCLUDE.

« Réduire les inégalités est crucial dans nos pays », a lancé Geraldine Fraser-Moleketi. « Nous voulons que notre jeunesse fasse partie de notre dividende démographique et économique. […] « On ne pourra atteindre aucune des 5 grandes priorités sans promouvoir l’égalité entre les sexes ! ».

Participaient à cette table ronde, que modérait la journaliste zambienne Namakau Mukelabai, Ada Osakwe, directrice générale et fondatrice d’Agrolay Ventures ; Jacqueline Novogratz, PDG d’Acumen ; Wanjiru Kamau-Rutenberg, directrice d’African Women in Agricultural Research and Development (AWARD) ; Nteranya Sanginga, directeur général de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) ; et Yana Watson Kakar, directrice générale associée de Dalberg.

La jeune économiste nigériane maintes fois primée, Ada Osakwe, a ouvert le débat. Avant de lancer, il y a un an et demi, sa société d’investissement dédiée au développement des secteurs agricole et agroalimentaire, elle était conseillère spéciale du ministre nigérian de l’agriculture ; qui n’était autre qu’Akinwumi Adesina, actuel président de la BAD – où elle a d’ailleurs elle-même travaillé il y a quelques années. « Nous démontrons que l’agriculture est une entreprise. On change la perception que les gens ont du secteur ». Précisant que 60 % des produits agricoles issus des entreprises de son portefeuille viennent de « productrices », la jeune femme a insisté sur ce changement indispensable selon elle : il faut passer de l’agriculture à l’agro-industrie, qui valorise l’ensemble de la chaine de valeurs.

Comment rendre l’agriculture « cool » ?

« Comment faire de l’agriculture un secteur “cool” ? », a lancé Wanjiru Kamau-Rutenberg, face à l’assistance. Renommée pour son engagement et son action en faveur des femmes, la Kenyane poursuit son combat à la tête d’AWARD, un programme de développement destiné aux meilleures femmes scientifiques spécialisées dans l’agriculture. « Les femmes jouent un rôle capital dans l’agriculture. Or elles ne représentent qu’un quart des chercheurs scientifiques dans le domaine », a-t-elle déploré. Et d’ajouter : « la science est un moyen de rendre l’agriculture attrayante. Prétendre que nous pouvons résoudre les problèmes que nous avons sans faire appel à la science serait mentir ».

L’attractivité du secteur a également été l’amorce de l’intervention de l’Américaine Jacqueline Novogratz, spécialiste de l’aide au développement et auteur du best-seller Le pull-over bleu. Acumen, le fonds qu’elle a créé en 2001, mise sur l’innovation et l’entrepreneuriat social pour réduire les inégalités entre riches et pauvres : « le financement est clé ». Son exposé a porté sur la nécessité que les crédits octroyés aux petit emprunteurs, pour que ce soit une réussite, leur laissent le temps de rembourser et de gagner de l’argent ; et sur les perspectives que peuvent offrir les technologies (comme le m-paiement ou les sms qui informent les petits paysans sur la météo, ce qui leur permet d’accroitre leur productivité).

« Comme l’a dit Akinwumi Adesina, il s’agit, non plus de voir l’agriculture comme un “mode de vie”, mais d’y d’investir comme un moyen de créer des opportunités pour l’Afrique, a renchéri la directrice générale associée de l’entreprise de conseil stratégique Dalberg, Yana Watson Kakar. Et la jeunesse de l’Afrique est aussi une opportunité à saisir ! » Et de citer ce chiffre : selon de récentes recherches, le retour sur investissement est de 33 % supérieur quand on investit dans des entreprises dirigées par des jeunes et des femmes ».

« Comme toujours, on est tous d’accord sur les statistiques et les constats, mais rares sont ceux qui proposent des solutions », a lancé le chercheur congolais Nteranya Sanginga, qui dirige l’Institut international d’agriculture tropicale depuis 2011. Avec l’IIAT, il défend un programme qui encourage l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture ; ceux-ci suivent une formation rémunérée de 18 mois, dispensée par des ingénieurs et experts, afin d’acquérir les compétences nécessaires et de mettre sur pied un projet d’entreprise viable dans le secteur agro-alimentaire. La BAD a d’ailleurs décidé d’investir dans ce programme, en octroyant les investissements nécessaires aux pays qui veulent le déployer. C’est le cas du Nigeria notamment, qui a bénéficié de 300 millions de dollars EU pour le lancer cette année ; ainsi que du Mali. 


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