« Seules la croissance soutenue et la paix sauraient être les garants de la prospérité de l’Afrique dans les 50 années à venir », estime Anne Kabagambe, Directrice de cabinet du Président de la BAD

22/05/2014
Share |

Ayant affiché une croissance remarquable ces dernières décennies, l’Afrique est de plus en plus reconnue comme une nouvelle terre d’opportunités et un pôle potentiel de croissance mondiale. Les conflits politiques sont en recul, la croissance économique du continent est robuste et la gestion économique s’est améliorée, au même titre que la gouvernance et la stabilité politique. La directrice de cabinet du président de la Banque africaine de développement (BAD), Anne Kabagambe, s’est longuement attardée sur ce qui doit être fait différemment si nous voulons propulser l’Afrique vers la prospérité dans les cinquante années à venir.

Selon elle, la vision de l’Afrique dans les 50 prochaines années doit être fermement ancrée dans les aspirations des pays africains et de leurs populations : femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, ruraux et urbains. Cela signifie que la trajectoire de l’Afrique au cours des 50 prochaines années dépendra de sa capacité à atteindre une croissance forte, soutenue et inclusive.  Une croissance appuyée par des politiques efficaces et par de meilleures infrastructures, afin de créer les conditions nécessaires pour stimuler le secteur privé et attirer les investisseurs.

Kabagambe  soutient que le continent a avant tout besoin d’être en paix avec lui-même et avec ses voisins, soulignant que le conflit et la fragilité sont deux obstacles majeurs à son développement. Près d’un tiers des pays africains, totalisant plus de 200 millions d’habitants, sont considérés comme étant dans un état de relative fragilité socio-économique. « Élaborer une politique efficace en réponse aux bouleversements auxquels doit faire face l’Afrique constitue un moyen efficace de vaincre la fragilité et les conflits en Afrique », a-t-elle souligné, faisant écho à Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et du Groupe de haut niveau sur les États fragiles de la BAD.

Kabagambe a également déclaré que si le continent devient prospère, il faudra créer de toute urgence des États et des sociétés résilients, capables de gérer ces pressions et d’éviter les conflits.  Tous les acteurs, y compris le secteur privé et les organisations de la société civile (CSO) doivent être impliqués dans ces efforts.

 « Des solutions régionales sont également nécessaires pour faire face aux facteurs de conflits qui ont une dimension régionale, à l’instar du Soudan et du Soudan du Sud, où la coopération en matière de gestion et de surveillance des ressources naturelles transfrontalières pourrait contribuer fortement à la paix et à la prospérité régionale des deux pays. » Kabagambe a aussi indiqué que le continent a besoin d’une approche du développement qui soit axée sur les populations.

La croissance soutenue exceptionnelle de l’Afrique ne s’est pas traduite par une diversification économique, ni par une hausse proportionnelle des emplois créés ni par l’accélération du développement. « Les défis à relever pour les cinquante années à venir sont principalement la création d’emplois et d’opportunités d’emplois, en particulier dans le secteur privé, pour la population jeune et grandissante d’Afrique », a-t-elle souligné.

Il est largement admis que le secteur agricole profite à l’économie toute entière. C’est un moteur de croissance et de création d’emplois qui contribue à l’amélioration de la sécurité alimentaire et aux efforts de réduction de la pauvreté. Puisant dans ces expériences, Kabagambe a affirmé que les économies africaines doivent tirer profit d’une participation plus effective aux chaînes de valeur régionales et mondiales, avec des produits à plus grande valeur ajoutée.  Elles doivent également tirer profit  du développement du capital humain pour accélérer l’innovation et l’entreprenariat, en particulier chez les jeunes et les femmes, et  augmenter la productivité agricole pour améliorer la sécurité alimentaire. « Les populations rurales pourront ainsi jouir d’une augmentation considérable de leurs revenus ; et les exploitations agricoles - petites et grandes - pourront quant à elles prospérer ».

La directrice de cabinet a également évoqué l’intégration économique en Afrique et les raisons qui ont motivé le choix du Rwanda comme pays organisateur des réunions annuelles de 2014. Elle a affirmé que l’intégration régionale est un facteur essentiel pour l’Afrique, non seulement pour exploiter tout le potentiel de croissance du continent, mais également pour participer à l’économie mondiale et partager les avantages qu’offre un marché mondial de plus en plus ouvert.

« La construction d’infrastructures de transport et de communications améliorera la connectivité physique et virtuelle. Le renforcement de communautés régionales économiques et d’autres partenariats régionaux faciliteront la planification régionale et l’intégration économique, en permettant aux produits et aux personnes de circuler plus facilement, même au-delà des frontières, en créant des marchés régionaux plus vastes et plus attrayants et en stimulant le commerce intra-africain. »

En quoi le choix de la ville de Kigali, la capitale du Rwanda, était-il si important pour y organiser les réunions annuelles de cette année ?

« Choisir Kigali, au Rwanda, pour organiser les réunions annuelles est une marque de reconnaissance des efforts déployés par le pays au cours des deux dernières décennies pour promouvoir la transformation socio-économique », a souligné Kabagambe, expliquant que « la croissance du PIB du pays a atteint en moyenne un peu plus de 8,5 % par an au cours 15 dernières années.  Cela a conduit au recul du taux de pauvreté, qui est passé de plus de 60 % en 2000 à 57 % en 2005, avant de passer sous la barre des 45 % en 2010 ».

« La 49ème réunion annuelle de la BAD est une opportunité pour le Rwanda de montrer aux éminents spécialistes du développement du monde entier tout ce qui a été entrepris au cours des deux dernières décennies et de tirer des enseignements de ce qui se passe dans les autres pays du continent africain. »

« Le Rwanda se positionne comme une destination privilégiée pour le tourisme, y compris le tourisme événementiel. En accueillant les réunions annuelles de la BAD à Kigali, le gouvernement peut faire valoir, auprès des 3 000 participants, tout ce que le pays peut offrir en termes de logements touristiques, de loisirs, d’équipements informatiques, de systèmes de sécurité, de services de transports et d’autres services afférents à l’organisation des conférences. Cet événement offre également au Rwanda une expérience pratique qui lui permettra de tirer des enseignements pour l’organisation d’autres conférences aussi importantes que celle-ci.

« Enfin, le Rwanda a mobilisé son secteur privé, notamment ses hôtels, ses bureaux de change, ses banques et ses agences de communication pour fournir un large éventail de services tout au long de la semaine. Cet événement est par conséquent l’occasion pour le secteur privé d’engranger des gains au cours de cette semaine », a conclu Kabagambe.