Ouverture officielle des Assemblées annuelles 2012 : le président Kaberuka encourage les pays africains à maintenir la dynamique de la croissance

31/05/2012
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En dépit du sentiment actuel de bien-être que suscitent de nombreuses économies africaines, l’heure n’est pas à l’orgueil démesuré, mais plutôt à la réflexion lucide, a déclaré Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (BAD), le jeudi à Arusha.

« La situation pourrait s'aggraver, au lieu de s’améliorer », a fait observer M. Kaberuka, lors de la séance d'ouverture de la 47e  Assemblée générale annuelle de la BAD, qui a réuni des délégués des 77 pays membres africains et non-africains de la Groupe de la Banque.

Exhortant les pays sub-sahariens africains à maintenir leur rythme de croissance qui a atteint 5,9 pour cent en 2011, et pour certains un taux de croissance à deux chiffres, M. Kaberuka a mis en garde contre les risques que font peser les revers socio-politiques internes dans certains pays.

Attirant l’attention sur « la situation dramatique au Mali et la menace de partition du pays, l'instabilité chronique en Guinée-Bissau, le chaos de 22 ans en Somalie ainsi que la sécheresse dans les régions du Sahel et de la Corne de l'Afrique »,  il a noté : « Certes, il s’agit là de cas isolés, mais qui donnent une idée des risques encourus ».

La Banque tient ses Assemblées à la suite d'une évolution du contexte économique mondial, où des événements imprévisibles ont mené à une redéfinition des priorités du développement international, et en particulier l'aide au développement à l'Afrique, qui en a été la principale bénéficiaire.

Les gouverneurs de la BAD, à la présente session, réfléchissent sur les conséquences probables de la situation mondiale pour l'Afrique, aux prises avec les difficultés de faire en sorte que la croissance du continent ait une assise large et inclusive, pour répondre aux attentes de la vaste majorité des jeunes en quête d’un emploi rémunérateur.

Mais, tandis que les économies nord-africaines passent par une phase de transition délicate, le reste du continent doit se préparer à l'impact de la turbulence de la zone euro.

« Les informations disponible indiquent que certains petits pays commencent à avoir du mal à accéder au financement du commerce. Plusieurs marchés frontières ont différé le lancement d'obligations souveraines, parce que les emprunts deviennent plus coûteux et plus difficiles à obtenir, à mesure que les banques européennes se replient et réduisent leur niveau d’endettement », a déclaré M. Kaberuka.

Selon lui, les perspectives sont bien sombres, compte tenu des effets décalés de la récession en Europe, des incertitudes quant à la performance des géants émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine en 2012, des implications pour les flux d’investissement et, partant, pour la demande des exportations africaines.

Cette fois-ci, la résilience n'est pas aussi robuste qu’en 2008, lorsque la crise financière mondiale a atteint son sommet. Les mécanismes d’amortissement des chocs et l'espace budgétaire sont plus faibles. Dans certains pays, on assiste au retour de l’inflation à deux chiffres.

M. Kaberuka s’est étendu sur la situation qui prévaut en expliquant qu'il est important que les dirigeants africains établissent une distinction claire  entre « croissance économique » et « transformation économique ».

Il a dit que bon nombre de pays ont affiché des taux de croissance impressionnants, mais la structure de leurs économies n'a pratiquement pas changé, et une bonne partie de la croissance enregistrée est imputable à une gamme d'exportation de produits de base classiques.

Comme cette forte croissance tant acclamée ne vient pas de l'innovation et de la diversification, M. Kaberuka a souligné qu'« elle ne s’est pas traduite par des possibilités d’emplois, des opportunités pour les jeunes et des améliorations concrètes du quotidien des populations, à la mesure de cette performance. »

Il a suggéré que l’adoption de filets de sécurité ciblés comme choix politique fasse partie de tout programme de croissance inclusive, sinon elle n’aurait pour effet que de mettre à mal les finances publiques, alimenter la corruption et favoriser l’accaparement des ressources par les élites.

« Les populations africaines nourrissent de grandes attentes. Nous devons rapidement leur permettre de jouir des fruits de la croissance économique », a relevé M. Kaberuka, en concédant toutefois qu'il n'y a pas de solution miracle.

« Il y a des choix en matière de politique publique que l’on peut mettre en œuvre. Ils vont notamment de l’agriculture et de la sécurité alimentaire à l’inclusion financière, en passant par la promotion des petites entreprises et l’orientation résolue de l’action sur la problématique hommes-femmes.

«Nous avons la possibilité de nous inspirer des bonnes pratiques qui consistent à combiner des instruments solides relatifs aux filets de sécurité et l’accès des enfants des pauvres à l'éducation. La Banque continuera à prendre en compte ces enjeux dans ses activités », a assuré M. Kaberuka.
La cérémonie d'ouverture a été rehaussée par la présence d’éminentes personnalités, notamment le président Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire, l’ex-président Festus Mogae du Botswana, et le président de la Tanzanie, pays d’accueil, Jakaya Kikwete.