La fragilité requiert plus de ressources financières

01/11/2012
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L’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Afrique, Shantayanan Devarajan, a expliqué, jeudi à Kigali, que les pays fragiles ont besoin d'un soutien financier plus important pour avoir une chance d'améliorer leur sort. Il intervenait dans le cadre de la Conférence économique africaine qui se tient  dans la capitale du Rwanda.

« Actuellement, lorsque nous pensons aux pays qui connaissent une instabilité politique, nous disons que nous ne devrions pas leur donner beaucoup d'argent de peur de le voir détourné ou mal géré. Mais en ceci nous nous trompons peut-être, car si on leur donne moins d'argent, ils demeureront dans cet état de fragilité », a affirmé M. Devarajan.

« Il leur faut donc un peu d'argent pour pouvoir réaliser quelques petites choses qui leur permettront d'en sortir. Bien sûr, il n'est pas garanti que ces pays s'en sortiront, mais nous devons réfléchir à notre comportement actuel. Notre manière de procéder a tendance à étrangler ces pays », a-t-il ajouté.

En collaboration avec Noro Aina Andrimihaja, un économiste de la Banque mondiale pour la région Afrique, et Matthias Cinyabuguma, professeur adjoint en économie à l'Université du Maryland, M. Devarajan a rédigé un document sur les méthodes qui permettront d'éviter ce qu'ils appellent « le piège de la fragilité ». Ce document a été présenté au cours de la discussion intitulée « La croissance inclusive », au troisième jour de cette conférence de 4 jours.

Les auteurs de ce document définissent le piège de façon plus caractéristique comme étant une situation d'instabilité politique et de violence, de droits fonciers précaires et d'inapplicabilité des contrats, ainsi que de corruption, et concluent que ces trois caractéristiques « sont autant d'éléments qui contribuent à créer un piège de croissance ralentie et de mauvaise gouvernance dans lequel ces États fragiles peuvent tomber. »

Pire encore, disent-ils, « la fragilité semble persister : la probabilité qu'un État africain fragile en 2001 le soit encore en 2009 s'élevait à [95 pour cent]. Au niveau mondial, 35 pays définis par la Banque mondiale comme fragiles en 1979 étaient toujours fragiles en 2009. »

Plusieurs experts ont exprimé une certaine ambivalence quant à la définition de la fragilité et à la suggestion que les pays qui gaspillaient déjà le peu qu'ils recevaient devaient corriger leur gabegie.

« Il est très difficile de définir objectivement ce qu'est la fragilité. Nous nous trouvons donc en présence d'un concept très complexe et inextricable, si vous voulez. D'une certaine manière, nous ne savons donc pas exactement de quoi nous parlons », a fait remarquer Janvier Nkurunziza, un économiste de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

« À mon sens, la fragilité et le conflit ne sont pas nécessairement liés au manque de ressources financières. Ces problèmes sont bien souvent d'ordre politique. C'est pourquoi je pense que les incitants politiques constituent une des manières d'envisager cette question.

Quelle est l'influence des incitants politiques lorsqu'il s'agit de maintenir un pays sur la voie de la croissance pour ne pas le laisser au fond du piège de la fragilité ? La question pourrait donc porter non seulement sur la disponibilité des ressources, mais également sur leur exploitation », selon M. Nkurunziza.

Les experts attirent l'attention sur le risque de poser un faux diagnostic quant au problème des pays classés comme fragiles. La question pourrait bien être non pas de savoir si ces États peuvent bénéficier d'une aide, mais plutôt de savoir si les aides financières reçues sont utilisées efficacement. En tant que tels, les mécanismes d'aide de ces pays doivent être revus de sorte que chaque dollar provenant de l'aide reçue soit utilisé de manière efficace.

Sans pour autant être en désaccord avec cette affirmation, M. Devarajan affirme que ces pays ne reçoivent déjà que très peu d'argent, ce qui entraîne des contraintes relatives à l'affectation des sommes perçues.