Deux rapports de la BAD mettent en exergue l’inégalité des sexes sur le marché du travail en Afrique

01/04/2015
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La Banque africaine de développement (BAD) poursuit sa célébration de la Journée internationale de la femme  en organisant des rencontres sur les défis qui doivent être relevés pour accélérer la concrétisation de l’égalité des sexes.

Le 27 mars, le complexe de l’économiste en chef de la BAD a organisé une réunion sur le genre et les moyens de subsistance au siège de la Banque à Abidjan. Cette réunion s’appuyait sur des études montrant que les hommes ont plus de chances que les femmes de trouver un emploi bien rémunéré. Une étude récemment réalisée par la Banque au Botswana a montré que les hommes étaient 44 % plus susceptibles d’occuper un emploi salarié que les femmes, mais aussi deux fois plus susceptibles d’exercer une profession libérale. De même, au Mali, les hommes sont deux, voire trois fois plus susceptibles d’occuper un emploi salarié que les femmes.

Selon ce rapport à paraître, intitulé Gender Inequality in Labour Markets: An Empirical Investigation of Botswana and Mali (L’inégalité des sexes sur le marché du travail : une enquête empirique au Botswana et au Mali), au Botswana, les femmes sont plus susceptibles d’être embauchées à des postes administratifs peu rémunérés ou de travailler comme aides familiales non rémunérées. Cette tendance est plus marquée dans les villes et dans les villages.

À Bamako, la capitale du Mali, 30 % des hommes occupent un poste salarié, contre 14 % des femmes. Dans les autres zones urbaines, 18 % des hommes sont salariés, contre seulement 5 % des femmes. Dans les zones rurales, 4 % des hommes sont salariés, contre seulement 1 % des femmes.

L’absence de véritable politique en faveur du travail des femmes est l’un des principaux obstacles à la participation efficace des femmes sur le marché du travail en Afrique. « Nous devons trouver comment faire pour améliorer l’emploi des femmes et leurs opportunités économiques. Où en est-on au point de vue politique et quelles réformes sont nécessaires pour aider et encourager les femmes à intégrer le marché du travail ? »,  demande Alice Nabalamba, auteure du rapport et statisticienne en chef du département des statistiques de la Banque.

Selon une étude de la BAD à paraître sur les écarts entre les sexes en matière d’emploi et d’entrepreneuriat au Swaziland (Gender Gap in Employment and Entrepreneurship in Swaziland), en plus des politiques, les initiatives sur l’amélioration de l’accès au crédit pour les femmes aident ces dernières à créer ou à renforcer leur entreprise. « En facilitant l’accès au crédit pour les femmes, nous leur donnons l’opportunité de transformer leur activité de subsistance en activité productive, et donc de participer au développement », explique Zuzana Brixiova, qui travaille à la BAD et a corédigé le rapport avec Thierry Kangoye du département de  la recherche de la Banque.

Zuzana Brixiova a présenté une étude sur le sujet lors de la Conférence économique africaine 2014 organisée en novembre, à Addis-Ababa.

Ce rapport recommande d’améliorer les droits de propriété foncière des femmes afin de renforcer leur accès au crédit par l’apport d’une garantie. Le rapport indique que les droits fonciers renforcent le pouvoir de négociation des femmes et améliorent leurs conditions de vie. Selon les spécialistes du genre, les systèmes traditionnels de propriété foncière de nombreux pays africains rendent les femmes dépendantes des hommes en matière d’accès à la terre. Le rapport indique aussi qu’il est nécessaire de trouver des alternatives aux exigences en matière de garantie. Par exemple, dans plusieurs pays africains, la Standard Bank a utilisé des tests psychométriques (p. ex., SME Quick Loan) dans le cadre de l’octroi de prêts aux petites et moyennes entreprises.

Le vice-président et économiste en chef de la BAD, Steve Kayizzi-Mugerwa, a précisé que l’éducation et la tolérance zéro sur la violence faite aux femmes faisaient aussi partie des principales mesures à prendre en compte pour renforcer l’emploi et les opportunités économiques des femmes.

Le directeur du département de l’assurance qualité et des résultats de la Banque, Simon Mizrahi, qui présidait la réunion, a indiqué combien il était important de libérer le potentiel productif des femmes chefs d’entreprise et d’accroître la proportion de femmes qui sont entrepreneuses par choix plutôt que par nécessité.

Dans son étude concernant l’inégalité entre les sexes sur le marché du travail au Botswana et au Mali, Alice Nabalamba indique que l’éducation et le renforcement des capacités et des compétences, particulièrement pour les femmes adultes, augmentent le pouvoir de négociation des femmes et les aident à épargner.

Inversement, comme l’indique ONU Femmes, la violence faite aux femmes est néfaste sur le plan de la productivité et du bien-être et possède un impact sur les budgets nationaux, les conditions de vie et le développement général.