Les prix de l’or grimpent, mais l'Afrique perd, explique un rapport de la BAD

12/04/2012
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L'Afrique n'engrange pas suffisamment de recettes sur ses importantes ressources d’or, en dépit de la spirale ascendante des prix du métal précieux ces dernières années, selon un document de travail publié par la Banque africaine de développement (BAD).

Le document, intitulé Gold Mining in Africa: « Maximizing Economic Returns for Countries » (Les mines d’or en Afrique : maximiser les retombées économiques pour les pays), fait remarquer que l'exploitation des mines d'or est une activité importante dans au moins 34 des 54 pays du continent.

L'Afrique produit en moyenne 480 tonnes d’or par an, soit 20 pour cent du total de la production moyenne mondiale annuelle, qui est de 2400 tonnes.

Le prix de l'or a été multiplié par plus de cinq fois depuis 2000. A plus de 1600 dollars EU l'once, le prix spot de l'or a atteint un niveau presque sans précédent, dépassé seulement par le pic connu en 1980.

Cependant, les gouvernements et les populations africaines n’ont pas bénéficié de ce boom autant qu’ils auraient pu.

Une raison essentielle est à chercher dans les accords déloyaux de concession, indiquent les auteurs du document, limitant sérieusement les gains provenant de mines d'or qui restent dans les pays producteurs. Cela vaut particulièrement pour les taux de redevance mentionnés dans les accords.

Les auteurs font remarquer : «Notre analyse montre que la proportion des redevances en Afrique par rapport aux coûts de production sont faibles en Afrique. »

Ils notent également que la plupart des mines en Afrique sont majoritairement détenues par des multinationales étrangères, de sorte que c’est surtout par les recettes fiscales que les pays africains peuvent bénéficier de leur production d'or. Cependant, de nombreuses sociétés minières ont négocié des exemptions fiscales qui dépassent de loin les stipulations des codes miniers concernés.

Cela veut dire que non seulement les gouvernements ne reçoivent pas une part équitable des recettes d'or, mais cette répartition est un frein au développement en Afrique.

Dans certains cas, les gouvernements africains ont pris des mesures pour résoudre le problème, qui n'est pas toujours limité à l'or, mais s'applique à d'autres concessions minières.

Les auteurs citent l'exemple du Libéria. En 2006, le gouvernement actuel du Liberia a ordonné un réexamen des accords de concession signés dans le pays entre 2003 et 2006. Sur les 105 contrats examinés, il a été recommandé d’annuler 36 et de renégocier 14. La recommandation d’annulation ou de renégociation était dictée par le fait que le Libéria avait reçu ou non une part équitable des revenus.

Les auteurs du rapport mettent l’accent sur les réformes capables de maximiser les revenus pour les pays producteurs en Afrique.

Tout d'abord, les codes miniers doivent être respectés. Dans de nombreux cas, des accords miniers en Afrique sont formalisés de telle manière que les codes miniers ne sont pas respectés. Non seulement les violations réduisent la part des gouvernements dans les revenus, elles peuvent mener à une culture de transgression des lois en général.

Le document souligne que la toute dernière génération des codes miniers dans de nombreux pays a été explicitement conçue pour protéger les intérêts des investisseurs étrangers, de sorte qu'il devrait y avoir peu de raisons de les ignorer.

En deuxième lieu, il s’impose de relever les taux de redevances en Afrique. Le « taux de redevance modal» actuellement appliqué en Afrique est de trois pour cent, et dans pratiquement tous les pays, ce taux est fixe et indépendant du prix de l'or. Ce qui limite la capacité des pays à maximiser leurs revenus.

Les auteurs analysent également les réformes qui devraient permettre d’utiliser judicieusement ces recettes accrues et les orienter vers le développement.