La croissance tirée par l’innovation fait lentement son chemin en Afrique.

10/06/2011
Share |


La télé-banque est l’une des meilleures illustrations de l’adaptation de l’innovation technologique en Afrique. Environ un milliard de personnes dans le monde ne possèdent pas de compte bancaire mais possèdent un téléphone portable.

L’Afrique est le marché du cellulaire dont la croissance est la plus rapide au monde et la plupart des opérateurs sont des firmes locales. Dans des pays comme l’Afrique du Sud, par exemple, le nombre de téléphones portables est huit fois plus élevé que celui des téléphones fixes.

Au Kenya, seuls 15 000 appareils étaient en service il y a une décennie. Aujourd’hui, ce nombre dépasse 15 millions. Au Ghana, les personnes détentrices de comptes télé bancaires sont plus nombreuses que celles détentrices de comptes bancaires.

L’apparition de services bancaires mobiles (mobile banking) permet de transférer de l’argent par téléphone à une personne qui en a besoin, de régler des factures ou des problèmes de santé.

La modestie des sommes impliquées est compensée par le volume important des transactions effectuées.

La télé banque a bien démarré en Afrique, continent où la majorité appauvrie ne peut s’offrir les coûts imposés par les banques traditionnelles tels que les agios, sans compter le prix du transport pour se rendre du village à la banque en ville.

Une société de téléphonie mobile sud-africaine s’est associée avec une compagnie d’assurance pour lancer au Ghana un programme qui permettra aux souscripteurs de payer leur assurance-vie en utilisant leurs portables.

Au Nigeria, un des pays du monde les plus riches en pétrole, on trouve beaucoup de solutions novatrices de paiements télé bancaires soutenues par une législation avancée des banques centrales.

L’on doit en vérité considérer des concepts tels que e-Tranzact, Flash-me-Cash et la télé banque via un centre de commutation comme dignes de figurer parmi les innovations les plus avancées dans le monde, avec une large assise au départ et un fort potentiel de croissance.

En Afrique du Sud, la pénétration du téléphone portable est à plus de 114%. L’adoption de la télé banque et d’autres services personnels apporte des solutions non seulement aux couches les plus démunies de la population, mais également à une classe moyenne en plein essor.

Quelque 24% des clients de télé banque ont utilisé leurs portables pour prépayer leurs factures d’électricité et 21% ont effectué des achats généraux tels que tickets de cinéma et fleurs. Toutefois, l’achat d’unités de crédit reste le premier poste de dépense pour 61% des souscripteurs de télé banque.

Bien que le cas de pays tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et la Tanzanie plaide en faveur  de l’innovation comme moteur de la croissance en Afrique, force est de reconnaître que dans la plupart des pays africains, la prise en compte de l’innovation comme moteur de la croissance a été beaucoup plus idiosyncratique et intermittente, et rarement l’objet d’initiatives politiques explicites.

L’émergence d’un engagement dynamique et créatif en faveur de la technologie s’est faite plus généralement de manière lente et sporadique.

En outre, les stratégies d’innovation dans la plupart des pays africains reposent traditionnellement sur des politiques de relance par l’offre, qui fait de cas du rôle de la demande dans la formulation des stratégies innovantes.

L’on sait cependant combien la demande est importante dans le processus de l’innovation car elle règle des problèmes et adapte les biens, services et technologies existants pour les transférer aux producteurs comme « innovations d’utilisateurs ». La demande émanant des utilisateurs peut aussi influencer à son tour le sens et la nature de l’innovation.