Pour réduire la pauvreté, la croissance doit cibler les pauvres directement

04/11/2015
Share |

La croissance doit se poursuivre au profit direct des pauvres, sont convenus les participants à la 10ème Conférence économique africaine à Kinshasa, car c’est le meilleur moyen de réduire la pauvreté. 

Ils estiment ainsi que s’il est bien avéré que la croissance est capable d’atténuer certaines des conditions qui entourent la pauvreté absolue, elle a aussi pour effet fréquent d’accentuer les inégalités au détriment des pauvres.

Il incombe donc aux décideurs politiques d’accorder une attention accrue aux endroits où la croissance se produit et de s’assurer que ces lieux sont ceux où les pauvres habitent et sont économiquement actifs. Ils doivent de plus déterminer si elle exerce bien des effets positifs sur leurs moyens d’existence, leurs actifs et leurs capacités. 

Telles ont été les questions  abordées lors de la session du mardi 3 novembre, dont le thème était «Options de politiques pour affronter la pauvreté et les inégalités en Afrique».

Au cours de cette séance, les discutants ont  relevé le fait que les facteurs  ayant une incidence sur la pauvreté et les inégalités sont aussi spécifiques à des pays individuels, car il n’existe pas de relation biunivoque entre les politiques de croissance économique et la réduction de la pauvreté et des inégalités. 

De ce fait, les États ont à jouer un rôle clé en prenant des dispositions pour qu’eux et leurs citoyens bénéficient effectivement de la croissance, et pour que soient mises en place des politiques publiques de nature à assurer la répartition équitable des bienfaits de la croissance parmi l’ensemble de la population. 

Dans sa communication intitulée «Relation entre la démocratie et la pauvreté humaine: l’expérience africaine», Atif Awad a soutenu que le développement humain est indépendant du degré de développement d’un pays et du niveau d’éducation de sa population.

De plus, les régimes démocratiques ont tendance à consacrer une proportion considérable de leurs ressources publiques au secteur de la santé, ce qui est susceptible de se répercuter sur des nouvelles améliorations du bien-être de la population par le biais de mécanismes de redistribution.

Sur la base de données relatives à 46 pays d’Afrique pour la période de 1990 à 2012, l’étude de cet intervenant examine si le développement humain a été affecté par le degré de démocratie dans ces pays et si le niveau de développement économique et d’éducation a favorisé ou défavorisé l’impact de la démocratie sur le développement humain.

L’étude aborde également la question de savoir si un régime démocratique contribue à l’amélioration plus avant de la santé de sa population par le biais de mécanismes de redistribution. 

« Les résultats qui s’en dégagent contiennent de bonnes nouvelles pour les pays d’Afrique qui ont hérité de mauvaises institutions ou systèmes politiques de régimes antérieurs ou coloniaux. Ceci provient du fait que les résultats nous disent que les pays d’Afrique possèdent peut-être encore les moyens d’améliorer la santé de leurs populations, même en l’état actuel de leurs institutions politiques».

De son côté, Djeneba Doumbia a présenté sa communication intitulée «La recherche d’une croissance inclusive en faveur des pauvres : le rôle de la gouvernance » qui évalue le rôle de la bonne gouvernance dans la promotion d’une croissance inclusive en faveur des pauvres.

Son étude repose sur la Méthode généralisée des moments pour des systèmes (SGMM) et sur le Modèle de régression à transition progressive (PSTR) appliqués à un échantillon de 113 pays sur la période de 1975 à 2012.

Le résultat principal qui s’en dégage vient appuyer le fait que la croissance se poursuit généralement en faveur des pauvres, en ce que la croissance du revenu par habitant réduit la pauvreté. Cependant la croissance n’a pas été inclusive au niveau mondial, comme le démontre la baisse de la part du quintile inférieur dans la répartition des revenus.

Alors qu’une bonne gouvernance favorise la croissance des revenus et la réduction de la pauvreté, ses effets sont moindres en ce qui concerne le caractère inclusif de la croissance. L’examen des déterminants d’une croissance inclusive en faveur des pauvres met en lumière le fait que les stratégies de santé et d’éducation, l’amélioration des infrastructures et les éléments du développement du secteur financier sont les facteurs clés de la réduction de la pauvreté et de la croissance inclusive.

Dans sa communication intitulée « Stratégies relatives aux moyens d’existence et résilience des ménages face à l’insécurité alimentaire : le cas du Niger », Ruben Djogbenou se concentre sur le Niger, pays enclavé d’Afrique de l’Ouest où l’insécurité alimentaire présente depuis longtemps un grave problème.

Au fil des ans, le Niger a dû affronter de multiples crises alimentaires, et il a mis en place des dispositifs pour faire face à l’insécurité alimentaire sur son territoire.

Cette communication apporte une contribution à la bibliographie spécialisée, car elle fait appel à des méthodes quantitatives pour mesurer le niveau de résilience à l’insécurité alimentaire dans le cas du Niger. Elle puise aux données dégagées de l’enquête nationale menée au Niger sur les conditions de vie et l’agriculture en 2011.

Il en ressort que les ménages les moins résilients sont les ménages agricoles pauvres et ceux des éleveurs nomades.

Ce travail fait également ressortir de fortes inégalités dans la distribution de la valeur de l’indice de résilience et préconise un certain nombre de politiques publiques qui pourraient faciliter l’accès à des services sociaux essentiels au profit des ménages les moins résilients.