Tourisme en Afrique : pour le faire prospérer, il faut des politiques ad hoc, selon le vice-président de la BAD par intérim

29/01/2015
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Le tourisme africain voit son potentiel demeurer en friche ? La faute, en grande partie, à l’absence de politiques adéquates, juge Steve Kayizzi-Mugerwa. Le vice-président et économiste en chef par intérim de la Banque africaine de développement (BAD) s’exprimait jeudi 29 janvier 2015, à Madrid, en Espagne, dans le cadre d’une conférence sur le tourisme et l’investissement en Afrique, intitulée Forum d’affaires et d’investissement touristique pour l’Afrique (INVESTOUR).

Au-delà des déclarations d’intention

Or si les gouvernements africains sont nombreux à débattre régulièrement de l’importance du tourisme, peu ont élaboré à un véritable plan directeur destiné à développer le secteur.

« Les attractions dotées d’un intérêt historique et touristique ne sont pas bien développées – et les pays dépourvus de littoral ont limité leurs attractions touristiques à ‘‘l’observation des animaux’’, avec peu ou aucun apport socio-culturel, politique et historique », a déploré le vice-président de la BAD. Et d’ajouter : « Les musées nationaux, par exemple, ne sont pas bien financés, et sont souvent relégués au bas des priorités. » Voilà pourquoi le continent africain ne tire pas encore pleinement parti de tout ce que sa culture, son histoire, sa gastronomie, son vaste territoire et ses paysages grandioses recèlent. Ce sont autant de richesses et de découvertes qui échappent aux touristes éventuels, mais aussi, et surtout, aux Africains eux-mêmes.

65 millions de touristes en Afrique en 2013

Africa Tourism Monitor, une publication annuelle conjointe de la BAD, de l’Africa Travel Association et d’Africa House de l’université de New York, révèle que l’Afrique a reçu sur son sol quelque 65 millions de touristes en 2013. Des milliards de dollars ont ainsi été injectés dans l’économie. Le rapport estime que le flux de touristes doublera dans les 15 prochaines années.

Aussi Steve Kayizzi-Mugerwa s’est-il félicité que les décideurs politiques commencent à aborder les questions de visas, dans l’optique de réduire les obstacles bureaucratiques. Cela encouragera le tourisme africain, a-t-il assuré. Et de citer l’exemple de l’Afrique de l’Est, où un seul visa permet aux voyageurs de circuler dans cinq pays.

Steve Kayizzi-Mugerwa en est convaincu : si le tourisme sera un élément moteur de la croissance et des moyens de subsistance en Afrique, le secteur dans son ensemble nécessite la contribution de toutes les branches de l’économie pour prospérer. La construction d’hôtels pourrait ainsi stimuler l’immobilier à l’échelle nationale, tout en fournissant des emplois à des milliers de gens. Une fois construit, un hôtel doit recruter du personnel à différents niveaux, et acquérir des produits, alimentaires notamment ; des besoins et des achats qui ont un impact sur les économies locales, y compris les industries agro-alimentaires et des boissons.

Le tourisme, moteur de la croissance

« Les secteurs touristiques qui fonctionnent bien sont à même de dynamiser les économies, y compris en zones rurales, et aident à moderniser l’industrie et les services. Ils permettent aussi aux jeunes d’acquérir des compétences, qui peuvent servir dans d’autres pans de l’économie », a souligné Steve Kayizzi-Mugerwa.

INVESTOUR est une initiative conjointe de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT), du Salon international du tourisme (FITUR) et de Casa Africa, un organisme culturel financé par le gouvernement espagnol. Quelque 22 délégués de ministères africains du Tourisme devraient y participer, aux côtés d’experts de la BAD, et de l’Institut de formation et de perfectionnement de l’Association du transport aérien international (IATA), entre autres. Les débats seront centrés sur l’investissement en capital humain et sur l’impact de l’image de l’Afrique sur l’investissement direct dans le secteur touristique.

La BAD soutient le secteur du tourisme en Afrique, de façon tant directe qu’indirecte. Ses investissements dans les transports, notamment dans la construction d’aéroports, se sont avérés cruciaux pour l’expansion du tourisme. La Banque a également financé un certain nombre de projets hôteliers, par le biais de sa branche spécialisée dans le secteur privé.