Les dirigeants des grandes institutions africaines débattent de la croissance et de la transformation du continent

05/06/2014
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La 12e session du Comité de coordination composé de représentants de la Commission de l’Union africaine (CUA), des Communautés économiques régionales (CER), de la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA) et de la Banque africaine de développement (BAD), s’est ouverte, ce mercredi 4 juin à Addis-Abeba, en prélude au Sommet de l’Union africaine (UA) qui se tiendra à Malabo, en Guinée équatoriale, du 20 au 27 juin 2014.

Le président de la BAD, Donald Kaberuka, était présent, aux côtés de la présidente de la CUA, Nkosazana Dlamini Zuma, du secrétaire exécutif de la CEA, Carlos Lopes, et de représentants du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), du Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (COMESA), ainsi que de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE).

La session a été inaugurée par un compte-rendu du séminaire de haut niveau de l’UA qui s’est tenu les 28 et 29 avril 2014 à Durban, en Afrique du Sud, et des consultations menées à Addis-Abeba, qui a été suivi d’une discussion sur les projets de l’UA en faveur de la transformation structurelle de l’Afrique, dans le cadre de l’Agenda 2063.

Le président Kaberuka a déclaré que le continent africain connaissait « à la fois une forte croissance démographique, des progrès technologiques vertigineux et une urbanisation galopante, le tout associé à l’abondance des ressources naturelles ». Selon lui, la mutation fondamentale et importante du continent africain à laquelle nous assistons aujourd’hui découle de ces évolutions.  

Le président de la BAD a formulé ses attentes quant à ces deux jours de réunion, appelant à des résultats concrets et efficaces, sous la forme d’un éventail de recommandations précises et à même d’enthousiasmer les Africains. Précision et clarté « permettront aux dirigeants et à tous ceux qui participent à la préparation du Sommet de Malabo de savoir exactement ce qu’on attend d’eux », a-t-il insisté. Il a souligné la nécessité de ne pas se disperser et de grouper les enjeux au sein d’un manifeste concis, auquel les dirigeants et les ministres pourront donner suite dans l’exercice de leurs fonctions.

Les questions thématiques abordées lors de la première journée ont porté sur le commerce, les infrastructures et le développement industriel. Les débats ont mis en évidence la nécessité d’accélérer le transit transfrontalier en Afrique, à l’aide d’un réseau ferroviaire à grande vitesse, et de créer une zone de libre-échange à l’échelle continentale.

Pour ce faire, les intervenants ont esquissé une feuille de route et ont insisté sur la nécessité d’un « changement de paradigme », étape fondamentale vers la mise en œuvre des projets et, plus généralement, de l’Agenda 2063. En outre, tous sont convenus de l’urgence de définir des objectifs clairs, avant que ne s’ouvre le Sommet de Malabo, de sorte que les chefs d’État qui y participeront s’engagent à réaliser et harmoniser tous ces projets.

Un autre thème au cœur des débats a été la mise sur pied d’une stratégie dynamique et efficace s’agissant de l’exploitation des matières premières africaines. Les participants ont dit leur inquiétude face aux fluctuations des marchés des matières premières, qui rendent les États africains vulnérables aux chocs et qui font obstacles à la croissance. Ils ont conclu qu’il était indispensable de faire participer davantage de producteurs africains aux chaînes d’approvisionnement et de valeur, pour préserver le taux de croissance actuel de 5 %, voire atteindre le seuil des 7 % – sinon plus.

Quant aux progrès que l’Afrique a accomplis pour favoriser les échanges commerciaux intra-africains et à leurs efforts visant à créer une zone de libre-échange continentale, les hauts responsables se sont montré unanimes : les chiffres relatifs aux échanges intra-africains demeurent très faibles. A cette exception, notoire : dans deux régions, l’Afrique australe et le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (COMESA), les échanges intra-africains atteignent quasi les 26 %, soit une performance proche de celle enregistrée au sein de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est). Dans d’autres parties du continent, comme en Afrique centrale, les progrès s’avèrent bien plus lents. Les participants à la réunion ont donc conclu qu’il faudrait relever ce défi au préalable : se concentrer sur les différents blocs régionaux du continent afin de renforcer leurs capacités.

Ils ont également discuté du fait que les pays doivent s’engager à financer le développement du continent africain, ainsi que de la question de la dette. Enfin, Donald Kaberuka a évoqué les enseignements qui doivent être tirés du passé douloureux de l’Afrique : celle-ci a très cher payé les choix effectués tout au long des années 1980, en raison d’initiatives inopportunes consistant à emprunter des sommes importantes aux fins de consommation.

« Si les gouvernements et les personnes empruntent de l’argent pour l’investir, il s’agit non seulement d’une démarche positive, mais il faut l’encourager », a déclaré le président de la BAD. Il a ajouté que le guichet commercial de la BAD venait de rouvrir, donnant à chacun l’occasion « d’emprunter avec sagesse, de dépenser et d’investir avec sagesse, et de renforcer les capacités de gestion de la dette dans son propre pays. »

L’accès aux marchés des capitaux a également été évoqué comme capital pour les pays en développement de tout le continent, mais il a été souligné que cet accès devrait être associé à des capacités de gestion de la dette intérieure et à une bonne discipline politique et économique.