Des panels de haut niveau traitent des enjeux de l’heure pour l’Afrique

12/05/2009
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Dakar, le 12 mai 2009 – Dans le cadre des activités précédent les Assemblées annuelles, la BAD organise des panels de haut niveau traitant des principaux enjeux de l’heure en Afrique. Voici une synthèse des travaux.

Crise financière mondiale et États fragiles d’Afrique

Les États fragiles ont été durement frappés par la crise économique mondiale. La baisse des prix et des volumes des exportations ainsi que la diminution des flux de capitaux entraînent des difficultés financières et de balance des paiements, la dépréciation des taux de change, des pertes d’emplois et le fléchissement de la croissance. Disposant de peu de marge de manœuvre, les États fragiles ont besoin de ressources supplémentaires provenant des donateurs pour faire face à la crise. La Banque africaine de développement (BAD) est bien placée pour leur acheminer ces ressources additionnelles, car elle a institutionnalisé un cadre — le Mécanisme en faveur des États fragiles — de satisfaction des besoins particuliers des États fragiles. Parmi les secteurs prioritaires vers lesquels doivent être orientées les ressources financières supplémentaires figurent le renforcement des capacités, la création d’emplois, l’appui à l’apurement des arriérés et l’appui aux groupes vulnérables — femmes, enfants, personnes âgées et personnes handicapées. Des ressources supplémentaires seraient nécessaires pour satisfaire les demandes croissantes formulées par les États fragiles.

Crise financière, commerce et intégration régionale en Afrique

Le commerce a été l’un des principaux moteurs de la croissance accrue qu’a connue l’Afrique au cours des dix dernières années. La viabilité à long terme de cette croissance tirée par les échanges est actuellement menacée, alors même que les négociations du Cycle de développement de Doha sont au point mort et qu’on redoute un regain de protectionnisme. La part du commerce mondial revenant à l’Afrique demeure faible, ne s’établissant qu’à 3 % en 2008. Les échanges intra-africains restent par ailleurs modestes, car ils ne représentent que 8,3 % des exportations et 9,3 % des importations. Cette piètre performance du continent tient à la fois à des contraintes infrastructurelles et à l’inefficacité des outils de facilitation des échanges tels que les douanes et les normes qui rendent coûteux la circulation des marchandises sur le continent et, ce faisant, réduisent la compétitivité de l’Afrique dans le commerce mondial.

Des efforts sont déjà en cours pour éliminer les contraintes existantes, et la crise offre à l’Afrique l’occasion d’accélérer le rythme de la réalisation d’une intégration régionale plus poussée. Les questions liées à l’appartenance à de multiples communautés économiques, à l’harmonisation et à la coordination des politiques commerciales régionales, et aux améliorations à apporter à la facilitation du commerce ont récemment suscité un regain d’intérêt de la part des donateurs. La Banque peut contribuer de façon décisive à l’appui à une intégration régionale plus poussée, en tirant parti du soutien politique manifesté actuellement par les pays membres régionaux. Avec la persistance des effets de la crise financière, l’Afrique reste confrontée au défi de sortir des sentiers battus, dans sa quête de réponses appropriées à la crise. Il convient en particulier de s’interroger davantage sur l’efficacité de quelques-unes des solutions proposées.

La crise financière et les décennies de réformes : options pour l’avenir de l’Afrique

L’amélioration des politiques, des institutions et de l’exercice du pouvoir politique en Afrique au cours des dernières décennies a contribué de façon décisive à la réalisation, par le continent, des fondamentaux macroéconomiques. Les fruits de la réforme ont été l’amélioration de la performance économique telle qu’illustrée par une croissance économique plus forte, des excédents budgétaires, une inflation plus faible et plus stable, et une charge de la dette extérieure faible et en baisse. Ces acquis, réalisés au bout de douloureuses réformes, sont menacés par la crise économique actuelle. En particulier, la crise occasionne une détérioration des équilibres macroéconomiques dans la plupart des pays africains. À titre illustratif, la croissance de l’Afrique devrait ralentir pour s’établir à 2,8 % en 2009, en baisse par rapport aux taux de 5,7 % et 6,1 % enregistrés respectivement en 2008 et 2007. D’une situation globale d’excédent courant correspondant à 3,5 % du PIB en 2008, le continent se trouvera devant un déficit de 3,8 % du PIB en 2009. Selon les prévisions, le déficit budgétaire sera d’environ 5,5 % du PIB en 2009.

Si la crise actuelle a touché tous les pays, il semble cependant que ceux dont les fondamentaux macroéconomiques étaient plus solides avant son déclenchement ont mieux tenu le coup jusqu’ici. Il s’agit généralement de pays ayant mis en œuvre avec succès des réformes économiques globales. La leçon qui se dégage ici est que les réformes sont non seulement importantes pour obtenir de meilleurs résultats économiques, mais aussi indispensables pour amortir les effets des chocs externes. Il importe donc que les pays africains, tout en s’attachant à atténuer l’incidence de la crise, évitent le dérapage de leurs programmes de réformes. Pour soutenir les efforts de réforme, les pays africains auront besoin d’une aide substantielle et ciblée de la part des partenaires de développement, notamment la Banque africaine de développement (BAD).

En particulier, il convient d’accroître l’enveloppe des ressources mises à la disposition des banques régionales et infrarégionales pour leur permettre de faire face efficacement à la crise. La BAD, en tant que banque du savoir, accompagne cet effort au moyen d’actions de sensibilisation aux politiques. Outre l’accroissement des ressources, la situation de crise et post crise incite à faire preuve de plus de souplesse sur le plan des politiques, afin d’optimiser l’utilisation des ressources. Cette situation exige par ailleurs une application différentielle des instruments et des mesures aux groupes de pays, étant donné que la vitesse et la nature de l’incidence de la crise en Afrique varient nettement d’un pays à l’autre, en fonction de la structure économique, des contraintes liées aux politiques, de la dotation en ressources naturelles et d’autres caractéristiques particulières.

Crise financière et accès aux financements

La crise financière a été considérablement limité l’accès de l’Afrique aux capitaux internationaux. Les lignes de crédit étrangères ont été pour ainsi dire fermées. Les banques africaines locales qui tablent sur les lignes de crédit fournies par les marchés financiers internationaux ont dû réduire l’ampleur de leurs opérations ou se sont tournées vers d’autres sources de financement auprès des banques régionales de développement, telles que la Banque africaine de développement (BAD). Les flux de capitaux privés, qui ont récemment dépassé l’aide publique au développement en Afrique (passant de 29 milliards de dollars en 2000 à 52,98 milliards en 2007), sont gravement menacés d’interruption à cause de la crise financière. De même, les envois de fonds ont déjà commencé à diminuer nettement, sous l’effet de la détérioration de la conjoncture des économies développées et émergentes.

Cette situation exige un redoublement d’effort pour améliorer la mobilisation des ressources intérieures. Pour ce faire, il convient d’approfondir l’intermédiation financière intérieure afin de mobiliser les épargnes, de mettre en place des instruments à plus longue échéance pour satisfaire les besoins d’investissement à long terme, et de fournir des incitations et des ressources aux banques pour qu’elles accordent des prêts aux secteurs où l’on a de tout temps pratiqué le rationnement du crédit. Pour acheminer plus efficacement les ressources, il importe d’étudier la possibilité d’utiliser des mécanismes novateurs de réduction des risques, tels que les garanties de prêt, qui se sont avérés efficaces dans les pays développés et dans plusieurs pays africains. Qui plus est, la création de marchés obligataires nationaux et régionaux peut aider à aiguiller les excédents de liquidités du secteur bancaire vers des secteurs productifs. Les banques multilatérales de développement et la BAD en particulier ont un important rôle à jouer dans ce processus.

Tout en posant de graves problèmes pour le développement des économies africaines, la crise financière présente quelques opportunités qu’il convient de saisir.