À quoi les villes africaines devraient ressembler demain ?

31/05/2013
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Comment enrayer la rapide urbanisation des villes africaines ? Tel fut le thème central du séminaire intitulé « Villes d’Afrique et durabilité ». L’atelier s'est tenu le 28 mai à Marrakech, au Maroc, lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement.

Au nombre des panélistes, figuraient Trevor Manuel, ministre de la Commission nationale de  planification d’Afrique du Sud, Robert Luzolanu Mavena, ministre de la Planification de la République démocratique du Congo (RDC), Danny Leipziger, directeur général de Growth Dialogue, Thierry Paulais, écologiste et économiste, Juan Clos, Directeur exécutif de l’ONU-Habitat, et Alexander D’Hoorghe, directeur au MIT Center for Advanced Urbanism. Le panel avait pour modérateur Daniel Makokera, directeur de Pamuzinda Productions, une société basée à Johannesburg, en Afrique du Sud.

Aux différentes questions portant sur les enjeux et les possibilités d’urbanisation d’une ville africaine, les panelistes sont  convenus qu'un tel processus nécessitait une planification et des financements appropriés pour être convenablement mené à terme. Comme l’a observé Juan Clos, l’urbanisation en Afrique est différente par rapport à celle des autres continents, car « elle se situe au début du processus de croissance économique. Par exemple, aujourd’hui en Afrique sub-saharienne, 65% de la population urbaine vit dans des bidonvilles ».

Danny Leipziger a par ailleurs expliqué que la faible densité de l'Afrique rendait difficile la fourniture d'infrastructures, et que chaque ville avait des caractéristiques propres en matière de connectivité. « Les premières villes ont coûté bien plus d’efforts en termes de planification que des villes plus grandes comme Nairobi, ou que des métropoles telles que le Caire, ce qui pose la question de l’habitabilité ».

Johannesburg et Kinshasa ont été choisis comme cas d’étude en vue d’explorer les possibilités d’adaptation de différents concepts à différents paysages. Tandis que Johannesburg a eu tendance à s’étendre, une ville comme Kinshasa doit être développée en hauteur. À cet égard, Juan Clos a soutenu la création de plans d'expansion pragmatiques des villes de la planète, « sachant que nous  prêchons dans un contexte difficile.»


Thierry Paulais a, quant à lui, insisté sur l’urgence de concevoir des plans dès maintenant. « Nous devons veiller à ce que les villes africaines soient conçues de façon à pouvoir abriter la population entière des États-Unis d’Amérique dans les 25 prochaines années ». Jusqu’à présent, très peu d’investissements ont été réalisés, et « dans de nombreuses villes, le niveau d’équipement est en baisse, alors que des investissements sont nécessaires », a-t-il poursuivi.

Il apparaît qu’en raison du manque de planification et de financement actuels, les populations bâtissent de façon irrégulière et désordonnée, ce qui entraîne une érosion incontrôlée des infrastructures. C’est la raison pour laquelle la RDC travaille en partenariat avec l’ONU-Habitat sur des projets susceptibles de restructurer et même d’agglomérer une partie de la ville de Kinshasa. « Nous tournons nos regards vers les provinces afin de créer un corridor de croissance. Il est bon d’avoir de la croissance, mais elle doit bénéficier à tous », a-t-il déclaré.

Chaque panéliste a exprimé la conviction selon laquelle des plans urbains devaient être conçus dès aujourd’hui afin de préparer l’avenir.  Mais la mise en œuvre de ces projets s’avère plutôt difficile, car il est impossible de s’y soustraire par la voie politique. Comme l’a conclu Juan Clos, « l’urbanisation est un facteur politique et humain. C’est une question d’hommes et une question de vision. La volonté politique ne suffit pas. Il faut une stratégie ».