Comment s’assurer que les richesses naturelles de l’Afrique profitent à l’Afrique ?

29/05/2015
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Après la chute des prix des minerais de 60 %, qui a suivi les taux rémunérateurs en 2011, rentabiliser durablement les industries extractives de l’Afrique, y compris les ressources renouvelables, est l’une des préoccupations majeures pour les 54 nations du continent.

Selon les ministres du Commerce et des Mines ainsi que les spécialistes de ces domaines, la transparence et la diversification des économies sont les meilleurs moyens de garantir que l’on y parviendra.

«Nous passons en revue tous les contrats miniers» pour garantir que les conditions fiscales ne soient pas uniquement favorables aux grandes compagnies, a indiqué Kerfalla Yansane, ministre d’État guinéen des mines et de la géologie. Ce dernier a expliqué que son pays a sollicité l’assistance du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), qui a fait appel à un cabinet juridique international pour superviser cette révision et faire des recommandations. « Les contrats ne sont plus passés en secret », a expliqué le ministre Yansane. « Nous ne pouvons pas travailler comme dans le passé. »

Sheila Khama, directrice du Centre africain des ressources naturelles de la BAD, a indiqué que bien que la transparence soit essentielle, elle doit être de celles qui apportent une valeur ajoutée. « Il est important de faire la distinction entre transparence de la prise de décision et transparence des formalités administratives », a-t-elle ajouté.

Le thème de la discussion : «Boom et effondrement des matières premières : où en sommes-nous ? » faisait partie d’une série de discussions stratégiques de haut niveau qui se sont déroulées, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, du 25 au 29 mai 2015 à Abidjan. Entre autres participants aux discussions, étaient Jean-Claude Brou, ministre ivoirien de l’Industrie et des Mines, Tilak Doshi, de l’Institut d’études et de recherches pétrolières du roi Abdullah, et Brian Sturgess, directeur de rédaction de World Economics.

Le ministre Brou a lancé l’idée d’optimiser les mécanismes de taxation et de favoriser la mobilité économique pour les personnes qui en ont le plus besoin. Et d’expliquer : « Il est important que la croissance soit inclusive. Si elle ne l’est pas, elle ne durera pas ». C’est pourquoi les responsables, en Côte d’Ivoire, montrent l’exemple. « Soixante pour cent du prix du cacao va aux producteurs des zones rurales », va-t-il ajouter.

Quant à la question de savoir que faire de la part des profits revenant au gouvernement en période de boom, la discussion a porté sur l’investissement dans la dette souveraine qui, comme en ont convenu un grand nombre de participants, peut présenter des risques pour un pays en développement, par rapport à des investissements dans les infrastructures, la santé et l’éducation, des placements qui, avec le temps, garantissent presque toujours des bénéfices.

Même si les membres du panel ont semblé convenir que bon nombre de nations africaines vont de l’avant sur le plan de la transparence et élaborent des plans pour gérer les bénéfices perçus au cours des années où les prix sont élevés, il n’est pas aussi simple de diversifier les économies. Malgré une solide croissance de 5 % du PIB de 2000 à 2014, la contribution du secteur manufacturier à la croissance du continent a diminué. Une façon de sortir de cette ornière, a indiqué M. Yansane, serait que les pays s’efforcent de mieux transformer les matières premières au lieu de simplement les extraire du sol. Cela se traduirait non seulement par une autre source de revenus fiable, mais aussi par des emplois.

« L’Afrique compte aujourd’hui un milliard d’habitants », a déclaré M. Brou. « Et ce chiffre va doubler en 2050. Il nous faut donc créer des emplois ».

Même si les changements ne se feront pas immédiatement, les participants ont convenu que toutes les mesures évoquées aideront une Afrique émergente à rebondir d’une éventuelle crise des matières premières.