Comment deux études peuvent s’attaquer au problème du déficit chronique d’infrastructures de l’Afrique

28/08/2007
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Comment deux études peuvent s’attaquer au problème du déficit chronique d’infrastructures de l’Afrique

Nous savons tous que l’Afrique a besoin d’une infrastructure nouvelle et améliorée. Mais il est beaucoup plus difficile de trouver exactement à quel niveau se situent ces déficits, quels déficits combler en premier et quelles stratégies utiliser pour garantir une utilisation efficiente des ressources.

Le NEPAD a commencé à répondre à ces questions par l’entremise de deux études clés complémentaires: le cadre stratégique à moyen et long terme (MLTSF) et l’Etude diagnostique par pays de l’infrastructure en Afrique (AICD). La Banque africaine de développement gère la première par l’entremise de son Département en charge du NEPAD et de l’intégration régionale à Tunis, tandis que la seconde, qui a été commandée par le Consortium pour l’infrastructure en Afrique, est en train d’être mise en œuvre par la Banque mondiale.

A la suite d’une initiative qui reflète une pensée partagée dans le monde du financement du développement, les deux études partagent le même comité de pilotage. Les données provenant de l’AICD seront essentielles pour le développement du MLTSF.

Q. Que comptez-vous réaliser par l’entremise du MLTSF et comment cela prend-il appui sur le Plan d’action à court terme du NEPAD (PACT)? N’avons-nous pas déjà suffisamment d’études?

Le développement de l’infrastructure en Afrique est à des niveaux bien inférieurs à ce qui est approprié. Bien que des projets particuliers soient exécutés certains pays, l’Afrique n’a ni objectif stratégique, ni objectifs réalisables pour le développement de l’infrastructure. Le MLTSF vise à remédier à cette situation. Il établira une vision commune parmi les parties prenantes de l’infrastructure africaine, ainsi qu’une base stratégique solide et une méthodologie en vue de réaliser cette vision.

Le MLTSF complète le PACT mais il ne se focalise pas sur les projets. Il vise à mettre à disposition une base stratégique pour la définition du développement de l’infrastructure, en particulier aux niveaux régional et continental. Il s’intéresse à la situation dans une optique plus large et cherche à donner des réponses claires à certaines des questions clés relatives au développement de l’infrastructure sur le continent: où sont localisés les déficits et quelles stratégies est-il nécessaire de mettre en place pour s’y attaquer ? Deux des résultats du MLTSF définiront les critères d’inclusion des projets dans les programmes régionaux et le cadre du NEPAD sur la base des stratégies définies, et ils faciliteront leur priorisation.

Q. Quelle étape avez-vous atteint avec le MLTSF?

La première phase de deux touche à sa fin. Elle comprend la revue du PACT et la définition des mesures à prendre pour accélérer sa mise en œuvre, l’identification des déficits dans le développement de l’infrastructure et la mise en place de la Base de données sur l’infrastructure en Afrique. Des ateliers régionaux de consultation des parties prenantes sur les résultats  de la première phase ont été tenus au mois de mai de cette année. Des consultations sectorielles des parties prenantes pour les quatre secteurs de l’infrastructure que sont l’énergie, le transport, l’eau, et les NTIC seront tenues à Addis Ababa en juillet et elles déboucheront sur la finalisation de la première partie de l’étude  du MLTSF.

La deuxième phase, qui commencera en septembre et devra être  achevée au plus tard en avril 2008, définira les objectifs et les stratégies pour combler les déficits.

Q. Comment allez-vous déterminer le niveau « approprié » d’infrastructure?

Nous jetons un coup d’œil aux pays à revenu intermédiaire dans le monde et faisons des comparaisons entre divers pays en Afrique par le biais de l’entremise d’étalonnage. Les objectifs que nous nous fixons doivent être réalistes et réalisables.

La définition des indicateurs qui a été faite au cours de la première phase est cruciale pour l’étalonnage et elle nous permettra de mesurer les progrès et l’impact des programmes d’infrastructure du NEPAD. L’une des raisons pour lesquelles nous coordonnons nos activités avec l’AICD c’est de faire en sorte que les deux études utilisent les mêmes indicateurs. L’étude de l’AICD sert d’intrant clé dans l’étude du MLTSF et a été importante dans la définition des indicateurs dans l’étude MLTSF.

Q. Les Communautés économiques régionales (CER) avaient un rôle clé dans le PACT et cependant elles ont une capacité limitée d’exécuter des projets. Qu’en est-il du MLTSF?

Les CER sont les composantes de base du NEPAD et ont donc des rôles clés à jouer dans les domaines de la coordination et de la facilitation, ce qui est essentiel étant donné que nous avons 53 pays avec lesquels il faut traiter. Les CER ne devraient pas être considérées comme des exécuteurs de projets, mais, grâce à leurs relations solides avec les pays membres, les Secrétariats des CER offrent une plate-forme pour aborder l’exécution du programme d’infrastructure du  NEPAD.

Pour accélérer le développement de l’infrastructure, nous avons besoin du renforcement des capacités à tous les niveaux, à partir des pays et des CER, jusqu’au Secrétariat du NEPAD et à l’Union africaine. Un "Fonds pour le renforcement des capacités" spécifique est en train d’être mis sur pied dans le cadre de l’appui du G8 au NEPAD et il sera, en fin de compte, incorporé à la Facilité de préparation de projets d’infrastructure.

Q. Quels sont les principaux objectifs de l’AICD?

L’AICD est une étude par pays destinée à fournir les données essentielles dans trois domaines principaux: le coût financier de l’infrastructure, évaluer la quantité d’argent public qui va à l’infrastructure; les besoins d’investissement en infrastructure pour chaque pays en termes de demande sociale et économique; et la performance du secteur des infrastructures, en évaluant l’efficacité de l’infrastructure déjà en place.

Q. Qui utilisera les études lorsqu’elles seront achevées?

Le MLTSF regroupera pour la première fois des informations clés sur l’infrastructure en Afrique et  donnera des stratégies, des feuilles de route et des plans d’action pour aborder le développement de l’infrastructure en Afrique de manière structurée et durable. Le groupe cible inclut les pays, les organisations régionales, dont des CER, les organisations sectorielles, les agences de développement, l’Union africaine, le Secrétariat du NEPAD, ainsi que les organisations  du secteur privé étranger et local.

L’étude MLTSF est destinée à mettre à disposition des outils pratiques. Par exemple, avant, les revues du PACT révélaient des problèmes et faisaient des recommandations  relatives à des projets pilotes, mais ne donnaient aucune directive directe sur où commencer en termes d’exécution. Le MLTSF fournira des plans d’action pour les projets pilotes, et des feuilles de route pour la mise en œuvre des stratégies à moyen terme proposées.

Deuxièmement, le MLTSF favorisera une participation plus importante du secteur privé. Les stratégies élaborées tiendront spécifiquement compte des différents besoins et des contributions potentielles des intervenants du petit secteur privé local aux grandes multinationales. Nous allons aussi rassembler les pays africains dans des regroupements en fonction de la participation du secteur privé, et élaborer des stratégies en conséquence.

Troisièmement, le MLTSF aidera à mettre en place une base de données, ainsi que des liens vers d’autres bases de données connexes dans le monde ; c’est un projet déjà entamé au Secrétariat du NEPAD avec l’appui de la MIGA. Actuellement, il y très peu de documents relatifs aux projets disponibles sous forme électronique et la base de données devrait contribuer à remédier à cette situation.

Contact: Emmanuel K. Ngwainmbi, Département de NEPAD, de l’intégration régionale et du commerce, Email:  engwainmbi@afdb.org, Tél.: +216 71 10 26 27

La présente interview a été, à l’origine, publiée à l’adresse www.africa-investor.com, 07Juillet 2007 © copyrights Africa Investor, July-August, 2007


Speaker

Nom: Motselisi Lebesa Titre: Principal Public Utilities Economist at NEPAD, Regional Integration and Trade Department