« L’aide humanitaire doit être perçue comme un catalyseur de développement », selon un responsable de l’USAID

19/05/2014
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Les animateurs du panel dédié à la thématique « Renforcer la résilience dans la Corne de l’Afrique et au Sahel », organisé ce lundi 19 mai 2014, à Kigali, dans le cadre des Assemblées annuelles 2014 de la Banque africaine de développement (BAD), se sont montré unanimes : un usage efficient et rationnel des ressources financières allouées en cas de crise humanitaire est nécessaire. Et de souligner que les populations qui en bénéficient doivent percevoir cette aide humanitaire comme un catalyseur d’un développement durable, non pas comme un simple moyen de parvenir au développement.

Administrateur adjoint pour l’Afrique de l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) et membre du panel, Earl W. Gast estime, quant à lui, qu’il faut surtout parvenir à lier l’aide humanitaire au développement, précisant que l’USAID a décaissé  90 milliards de dollars EU ces dix dernières années pour porter secours à dix pays en situation de crise – dont la plupart sont africains. Le but ultime de l’aide étant d’aider les populations vulnérables à résister aux chocs et de bâtir par elles-mêmes un développement durable, Earl W. Gast a exprimé un regret : que l’aide humanitaire accordée aux populations vulnérables des pays en crise, notamment dans la Corne de l’Afrique et au Sahel, ait, certes, permis de sauver des vies, mais qu’elle n’ait, en fin de compte, pas aidé les bénéficiaires à devenir moins vulnérables. Car, dit-il, « l’aide humanitaire doit être perçue comme un catalyseur de développement. »

John P. Cabayo, coordonnateur du dispositif ‘’IGAD Drought Resilience and Sustainability Initiative”, (IDDRSI) – un dispositif mis en place par le groupement régional d’Afrique de l’Est “Intergovernmental Authority on Development” (IGAD), en faveur de la résilience à la sécheresse et de la durabilité –, a surtout insisté sur la persistance des conflits, le changement climatique et les interminables dissensions politiques internes qui s’avèrent des facteurs aggravants de la paupérisation des populations vulnérables au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Pessimiste, il a ajouté que la situation n’allait pas en s’améliorant, au vu de la crise au Sud Soudan, qui risque d’entraîner de nouveaux bouleversements d’ordre humanitaire dans la région, avec l’afflux de personnes déplacées notamment. Mais il a tenu à saluer les initiatives que la BAD a mises en place avec des projets qui ciblent surtout les couches vulnérables de la population de la Corne de l’Afrique D’après lui, il faut faire en sorte que les populations vulnérables puissent s’approprier les projets engagés dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, afin que celles-ci ne perçoivent pas seulement l’aide humanitaire comme un simple moyen de survie, mais aussi et surtout, comme une stratégie pour sortir durablement de la pauvreté. Et de citer le cas exemplaire de l’Ethiopie, longtemps affectée par la sècheresse, mais devenue aujourd’hui un pays producteur et exportateur de plusieurs produits agricoles et de bétail.

S’agissant de l’Afrique de l’Ouest, Antoine N. Some, directeur général de l’Institut du sahel du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), juge que la région dispose des moyens et de l’expertise pour lutter contre la pauvreté de concert avec les populations les plus vulnérables. Il a plaidé, toutefois, pour une meilleure gouvernance nationale et mondiale, ainsi que pour une meilleure gestion des crises latentes, telles que celle que le Mali traverse actuellement.