La mise en œuvre de politiques concertées permettra d’intensifier l’intégration des marchés et du commerce

08/10/2013
Share |

En Afrique, les décideurs politiques, les fonctionnaires et les spécialistes du développement reconnaissent le rôle crucial de l’intégration régionale dans le développement des économies africaines. Ils ajoutent que cette interaction peut être accélérée et renforcée par la création d’un marché commun des biens et des services.

Il y a cependant beaucoup d’autres choses qui peuvent être accomplies, d’après le document de base de la Banque africaine de développement « Comprendre les barrières à l’intégration du commerce régional en Afrique » (“Understanding the Barriers To regional Trade Integration in Africa”).

« Malgré la longue histoire de l’intégration régionale sur le continent, le niveau du commerce intra africain reste faible en comparaison avec d’autres régions », écrit dans ce rapport de 23 pages M. Kennedy K. Mbekeani, économiste auprès de la Banque africaine de développement. « Si l’on utilise la part des échanges intra régionaux comme mesure de l’intégration régionale, l’Europe avait en 2009 le plus fort degré d’intégration du marché, suivie par l’Asie et l’Amérique du Nord. L’Afrique avait le plus faible degré d’intégration du marché des sept régions, le commerce intra africain représentant seulement 11,7 % du volume total des échanges ».  

En dépit des efforts déployés dans certaines régions, il reste de nombreuses entraves dans presque tous les secteurs clés, notamment les ports, les routes, le transport et l’énergie :

Ports

Nombre de ports africains n’arrivent pas à offrir des services compétitifs comparables aux normes internationales ; les raisons de cette inefficacité vont de l'insuffisance des équipements à la complexité de la réglementation. La plupart des terminaux à conteneurs ont pratiquement, ou effectivement, atteint les limites de leurs capacités et sont sous-équipés.

Routes

Le coût du fret le long des principaux couloirs commerciaux de l’Afrique est extrêmement élevé (de 100 à 300 dollars EU la tonne), et les délais sont exceptionnellement longs (jusqu’à quarante jours dans certains cas). Cela s’explique en partie par la faiblesse des infrastructures routières, qui nécessitent des travaux de réfection de divers ordres sur de larges tronçons du réseau régional.

Énergie

La distribution d’électricité est l’un des graves problèmes infrastructurels qui fait grimper les coûts de production. D'après de nombreux exportateurs en Afrique, le caractère aléatoire de l’alimentation électrique est l’un des plus gros problèmes auxquels sont confrontées leurs activités. Les coupures de courant répétées interrompent la production et font grimper les coûts de production.

Transport

Sur le plan des infrastructures, le transport constitue probablement l’entrave majeure aux échanges commerciaux dans la plupart des pays africains. Les coûts de transport sont un facteur essentiel de la compétitivité des entreprises sur les marchés d’exportation. En Afrique, tous les modes de transport – routier, ferroviaire, maritime et aérien – sont onéreux, y compris les routes de desserte qui relient les fermiers aux marchés.

Dans son rapport, M. Mbekeani constate que les gouvernements africains et leurs partenaires se sont engagés à surmonter ces obstacles, et que la recherche de solutions durables est devenue un point essentiel de l’ordre du jour africain dans le contexte du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), de l’initiative de l’Aide pour le commerce de l’Organisation mondiale du commerce, et des réformes économiques nationales.

Établi pour servir de document de base pour le sommet G20 qui s’est tenu en France en 2011, le rapport de M. Mbekeani fournit une stratégie et un cadre pour la voie à suivre. Ses propositions s’appuient sur les résultats d’une analyse du commerce intra régional en Afrique et sur un exposé des obstacles à l’accroissement du commerce intra régional.  

Principaux messages du rapport : 

  • La compatibilité insuffisante des infrastructures (infrastructures des transports et des communications) ainsi que le prix élevé de l’électricité et son caractère aléatoire pénalisent lourdement des milliers d’entreprises africaines. Aggravant les défis posés par des infrastructures physiques inadéquates, les retards et les coûts qui découlent des lacunes dans la facilitation du commerce, des barrières non tarifaires, des règles d’origine restrictives (appliquées aussi bien au commerce intra africain que dans les principaux marchés d’exportation dans le reste du monde) et d’un cadre règlementaire médiocre constituent autant de handicaps supplémentaires pour les entreprises privées et les échanges commerciaux.
  • Pour l’Afrique, la question n’est pas de savoir si les pays doivent poursuivre l’intégration régionale, puisqu’il existe un consensus politique dans ce sens. Le défi consiste à mettre en œuvre efficacement des politiques concertées, à créer des conditions permettant d’intensifier l’intégration des marchés et du commerce, à définir comment maximiser les avantages ainsi acquis, et à traduire cela en résultats concrets pour les peuples africains.
  • L’intégration régionale peut aider à réaliser des économies d'échelle et à renforcer les capacités de production et la compétitivité de l’Afrique grâce à des infrastructures régionales ciblées permettant de mettre en place les chaînons manquants vitaux, de relier le continent et d’entreprendre les réformes qui faciliteront le commerce transfrontalier, les investissements, les flux financiers et les migrations.