L'industrialisation, condition préalable de la transformation économique de l'Afrique

30/10/2013
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L'Afrique devra intensifier ses investissements industriels et le développement de ses échanges commerciaux pour que la croissance dont elle jouit actuellement puisse mieux résister aux chocs exogènes et se traduire par une transformation économique.

L'Afrique demeure la région la moins diversifiée du monde, tant en termes de production que d’exportations, malgré les récents progrès économiques qu'elle a accomplis.   

Ce constat a été examiné en séance plénière le mercredi 30 octobre, au cours de la troisième journée de la huitième Conférence économique africaine (CEA) à Johannesburg, sous le thème : « Transformer l’Afrique par l'industrialisation et les échanges commerciaux ».   

S'il est vrai que les pays d'Afrique continuent d’enregistrer des taux de croissance élevés, qui dépassent 6,5 pour cent dans une vingtaine de pays, cette performance reste très vulnérable aux chocs extérieurs et n'a pas donné lieu à une création d'emploi significative dans la plupart des cas.

En outre, les caprices du climat et la volatilité des cours des matières premières au niveau mondial continuent à tempérer les perspectives de croissance du continent en raison de sa dépendance de l'agriculture et des exportations de produits de base.

« Nous devons adopter une approche stratégique et pragmatique face à l'industrialisation, a déclaré M. Patrick Osakwe, chef de la section Afrique de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

« Il est nécessaire de clairement définir la manière de parvenir aux objectifs et de disposer d'un mécanisme pour mesurer les progrès vers l’atteinte de ces objectifs. » À son sens, les politiques industrielles devraient être réalistes et s'assortir de mécanismes de responsabilisation de nature à faciliter une mise en œuvre efficace.  

« Il est très important que les pays d'Afrique fassent preuve de réalisme et abordent les politiques d'industrialisation sous une perspective stratégique. Nous devons nous concentrer sur ce qui fonctionne, et non sur des convictions idéologiques, » a dit M. Osakwe en réitérant la nécessité pour les pays du continent d'être pragmatiques.   

Le besoin se présente de diversifier la production et les exportations de l'Afrique afin de réduire sa dépendance à l'égard d'un petit nombre de matières premières.

Cette diversification, assortie au dessein d'ajouter de la valeur aux principaux produits d'exportation et d'accélérer l'intégration régionale, est jugée vitale pour la transformation économique de l'Afrique.  

De l'avis de M. Asma Bouraoui Khouka, directeur exécutif du Forum économique du Maghreb, l'accent doit être mis sur l'appui aux petites et moyennes entreprises (PME) car celles-ci jouent un rôle central dans la création d'emplois.  

« Nous devons lancer un fonds souverain pour appuyer les PME », a-t-il dit, en faisant remarquer que les petites et moyennes entreprises avaient besoin d'être aidées dans la diversification de leur production.  

Cependant la sous-performance des industries africaines est également due aux manques d'infrastructures, à leur déficit énergétique, à des défauts de gouvernance et à la concurrence implacable de produits importés de pays émergents tels que la Chine.

« La plupart des pays d'Afrique connaissent un déficit commercial très élevé en raison de la ténuité des liens entre les différents secteurs. Leurs politiques sont incohérentes et se contredisent les unes les autres. Nous parlons de libéralisation des échanges, mais nous n’avons que des garanties limitées, et nous parlons quand même d'industrialisation, » a déclaré de son côté Mme Jane Nalunga, directrice nationale du Southern and Eastern African Trade Information and Negotiations Institute (SEATINI), Ouganda.   

Mme Nalunga a également évoqué les contraintes, telles que l'escalade des tarifs, les règles d'origine et les accords de partenariat commercial, qui dressent des obstacles au développement de l'industrie et du commerce en Afrique.  

« Lorsque nous négocions des accords de partenariat économique (APE), nous prévoyons d'interdire les taxes à l'exportation ; cependant, on ne peut pas parler d'industrialisation sans prévoir de taxes à l'exportation. Telles sont certaines des contradictions auxquelles il faut faire face ».   

« On constate que la plupart des APE n'ont pas de véritable sens économique, mais la plupart des pays africains vont les signer, non pas parce qu'ils vont promouvoir notre industrialisation, mais pour des raisons politiques, » a-t-elle ajouté.

Divers intervenants ont fait valoir que la mise en commun des économies et des marchés africains par le commerce et l'intégration régionale permet de créer un espace économique et commercial suffisant pour tirer parti des économies d'échelle.   

Les dirigeants africains ont adopté le Plan d'action pour le développement industriel accéléré de l'Afrique (ADIA) en vue de stimuler un essor industriel à travers le continent.  
La séance s'est tenue sous la présidence de Stephen Karingi, directeur de la division de l'intégration régionale et du commerce à la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA).  

La Conférence économique africaine est organisée conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).