Déficit d’infrastructures, l’obstacle des barrières non tarifaires au commerce régional en Afrique

30/10/2013
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Un groupe de chercheurs a réaffirmé, Mardi 29 octobre,  à l’occasion de la Conférence économique africaine qui vient de se tenir  à Johannesburg, la nécessité d’accroître les investissements dans des infrastructures physiques et de supprimer les barrières non tarifaires pour faciliter le commerce régional à travers le continent.

Lors d’une séance consacrée à l’intégration régionale dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), présidée par Janvier Litsé, directeur du NEPAD, Intégration régionale et commerce de la Banque africaine de développement, les spécialistes ont fait remarquer que, pour faciliter le commerce régional, il fallait combler l’écart existant entre les pays en matière d’infrastructures, notamment en améliorant l’état des routes et en investissant dans des infrastructures de télécommunication.

« L’amélioration de l’état des routes augmentera la circulation des facteurs de production, ce qui favorisera le commerce intra-régional à court, moyen et long termes », a expliqué Janvier Litse.

« D’autres infrastructures immatérielles sont nécessaires pour accélérer la réalisation des objectifs du programme de libéralisation du commerce de la CEDEAO », a indiqué Uduak Akpan, du Consortium pour les infrastructures en Afrique, lors de son exposé intitulé « Impact de l’amélioration de l’infrastructure routière régionale sur le commerce intra-régional dans la CEDEAO ».

Évoquant la route Dakar-Lagos, qui s’étend sur 4 010 kilomètres, dont 3 260 sont goudronnés sur plusieurs tronçons, Uduak Akpan a fait valoir que cette route constituait la liaison routière la plus directe entre les capitales des deux pays (le Sénégal et le Nigéria).

« L’achèvement de la route Lagos-Dakar a amélioré la qualité moyenne des routes entre Lagos et Dakar, qui atteignent maintenant le niveau des routes sud-africaines », a-t-il ajouté, en soulignant que l’amélioration de la qualité moyenne des routes a dynamisé le commerce régional.

Cependant, l’amélioration de l’état des routes exige un gros investissement financier, ce qui oblige les gouvernements à travailler avec des institutions financières internationales comme la Banque africaine de développement (BAD) en vue de lever des fonds.

Avec 20 % de son guichet concessionnel destiné à des projets d’intégration régionale, la BAD reste à l’heure actuelle le premier bailleur de fonds extérieur pour les infrastructures en Afrique, au niveau national comme régional.

Entre 2009 et 2011, la Banque a par exemple achevé 51 projets de transport, évalués à plus de 3 milliards de dollars, portant sur des infrastructures routières, aériennes, portuaires et ferroviaires. L’institution a financé, en Afrique, plus de 4 000 kilomètres de routes et plusieurs grands ponts.

Dans son exposé intitulé « Infrastructures de télécommunication, intégration régionale et convergence des revenus dans la CEDEAO », Demba Sy, statisticien économiste et chercheur à l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal, a affirmé que l’intégration régionale a eu un impact non seulement en renforçant les liens commerciaux entre pays membres, mais aussi en donnant une orientation plus productive aux investissements dans le secteur des télécommunications.

« Ils pourraient mieux servir à consolider l’intégration régionale en connectant davantage l’économie réelle et en facilitant les échanges commerciaux bilatéraux », a-t-il ajouté.

L’intégration intra-africaine continue d’être à la traîne par rapport au reste du monde, comme en témoigne la circulation des biens et des services entre les frontières. Le commerce intra-africain ne représente qu’une part de 12 %, comparée à 60 %, 40 % et 30 % du commerce intra-régional en Europe, en Amérique du Nord et dans l’ASEAN respectivement.

Dans son exposé intitulé « Intégration économique, facilitation commerciale et performances des exportations agricoles dans les États membres de la CEDEAO », Oluyomi Ola-David, du département d’enseignement et de recherche de l’université Covenant du Nigeria, a indiqué que le niveau de facilitation du commerce dans la CEDEAO était dans l’ensemble inférieur à la moyenne mondiale.

Elle a fait remarquer que les 15 membres de la CEDEAO sont confrontés à des coûts d’exportation et d’importation plus élevés à cause des procédures bureaucratiques.

« Les pays doivent assouplir leurs procédures bureaucratiques trop strictes afin de réduire le nombre de jours nécessaires pour traiter les produits à l’importation et à l’exportation », a-t-elle ajouté.

De plus, la mise à disposition d’infrastructures est indispensable à l’amélioration de la facilitation du commerce, la fourniture d’un accès à Internet ayant notamment un impact considérable sur la facilitation commerciale.

« L’augmentation de l’utilisation des TIC dans l’exécution de diverses activités douanières dans les Etats membres contribuera grandement à faciliter le commerce dans la sous-région », a-t-elle indiqué.

Renforcer le cadre institutionnel dans la sous-région de la CEDEAO, notamment en freinant la menace de la corruption et en respectant l’État de droit, peut faciliter le commerce, selon Oluyomi Ola-David.