Inga, un projet fondamental pour le devenir énergétique du continent - Entrevue avec Gilbert Mbesherubusa, directeur, département de l’infrastructure, BAD

08/05/2008
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La RDC et le projet Inga
  • Localisation du site hydroélectrique Inga, du nom du fleuve Inga: Bas Congo, RDC
  • La RDC détient le troisième potentiel hydroélectrique au monde, après la Chine et la Russie.
  • Environ 40 % du potentiel hydroélectrique de quelque 100 000 MW de la RDC est concentrée sur le site Inga.
  • Centrales existantes du site Inga:
    • Inga 1, mise en service en 1970: 351 MW (6 groupes turbine-alternateur)
    • Inga 2, mise en service en 1982: 1 424 MW (8 groupes turbine-alternateur)
  • Capacité potentielle du site (Grand Inga): 39 000 MW
 

Le projet hydroélectrique d’Inga n’en finit pas de faire rêver une Afrique en cruel besoin d’énergie pour soutenir ses plans de développement. Depuis des années, la communauté énergétique africaine et internationale en parle, mais rien ne semble vraiment bouger. Or, depuis peu, la BAD vient de débloquer des montants conséquents pour activer ce projet: 58 millions de dollars pour la réhabilitation des centrales Inga 1 et Inga 2 et financement d’une étude de plus de 15 millions pour une étude visant à identifier le scénario de développement optimal du projet. Les chiffres font rêver: un potentiel énergétique pouvant atteindre 39 000 MW, suffisant pour couvrir les besoins à long terme de quelque 800 millions d’Africains.

Le point avec Gilbert Mbesherubusa, directeur Infrastructure, BAD.

Question: Il y a peu, un projet comme Inga n’aurait pas eu la faveur de la BAD ni de la communauté internationale. Maintenant, on sent au contraire que ce type de projet a la cote. Que s’est-il passé ?

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer ce regain d’intérêt.

Il est maintenant reconnu qu’à moins d’améliorer substantiellement son infrastructure, l’Afrique ne sera jamais à même de soutenir la concurrence ou de réaliser son potentiel productif. Un approvisionnement fiable en électricité est indispensable à la réalisation des objectifs fondamentaux de développement sur le plan économique et social de tout pays en général, et pour que les pays africains en particulier puissent rattraper leur retard industriel, et augmenter le niveau de vie de leurs populations. Sans compter que le renforcement de l’infrastructure énergétique contribuera directement au développement d’autres secteurs tels que la santé, l’adduction d’eau, l’éducation, l’agriculture.

La production d’électricité hydroélectrique L’électricité est produite par des centrales. Une centrale comporte des groupes turbines-alternateurs. La turbine transforme l'énergie provenant de l'eau, de la vapeur ou du vent en énergie mécanique, de manière à faire tourner un alternateur. L'alternateur, à son tour, transforme l'énergie mécanique en énergie électrique. Dans le cas d’une centrale hydroélectrique, c’est l’eau qui agit comme force motrice pour faire tourner la turbine d'une centrale hydroélectrique. Mais pour ce faire, il faut que le débit de la rivière, c'est-à-dire le volume d'eau qu'elle transporte, soit assez fort et que sa hauteur de chute soit assez élevée. Plus cette hauteur est importante, plus l'eau descend rapidement et exerce de la force sur la turbine. Le puissant effort mécanique exercé par l'eau sur la turbine est transmis à l'alternateur qui, lui, la transforme en énergie électrique.
La puissance d’une centrale s’exprime en watt:
  • 1 kilowatt (1 kW) = 1 000 W
  • 1 megawatt (1 MW) =
    1 000 000 W
 

Par ailleurs, Inga étant un projet hydroélectrique, il s’avère d’autant plus pertinent dans le contexte de la lutte aux changements climatiques. Même les groupes écologistes le reconnaissent et ont changé leurs perspectives face à de tels projets. Malgré sa taille, Inga reste un projet d’énergie renouvelable qui s’inscrit bien dans une perspective de développement durable. Les importantes études environnementales et sociales qui seront menées permettront qu’il soit réalisé en concertation avec les préoccupations environnementales et sociales des populations touchées.

Par ailleurs, la RDC ayant retrouvé le chemin de la paix, le pays procure une stabilité nécessaire pour attirer des investisseurs à la recherche d’un environnement prévisible pour faire fructifier leurs mises. Enfin, le pays a cruellement besoin d’énergie, avec un taux d’accès à l’électricité de seulement 7 %. Sans compter ses voisins tout aussi « affamés » en mégawatts, et tout aussi motivés à acheter l’énergie d’Inga.

Q: Etant donné son envergure, le projet a-t-il vraiment des chances de se réaliser ?

Le développement d’Inga, comme pour tout projet hydroélectrique, exige effectivement des investissements majeurs, se chiffrant dans les dizaines de milliards de dollars. Mais son coût de revient, c’est-à-dire le prix du kilowatt/heure (kWh) généré par le site, s’avère si compétitif que l’énergie produite, une énergie propre, pourrait être vendue à prix compétitif partout en Afrique, malgré les coûts de transport associés. Cela en fait un projet structurant, fondamental pour le devenir énergétique et socio-économique du continent.


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Speaker

Titre: Director, Infrastructure Department, AfDB