L’innovation est essentielle pour le développement de l’Afrique », selon l’économiste en chef et vice-président par intérim de la BAD

27/10/2014
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« Mettre l’accent sur le savoir et l’innovation et sur la façon dont ils influent sur la transformation de l’Afrique permettra d’esquisser un certain nombre d’idées qui rarement émanent de telles conférences » – Steve Kayizzi-Mugerwa

Économiste en chef et vice-président par intérim de la BAD, Steve Kayizzi-Mugerwa supervise le complexe de l’économiste en chef, qui contrôle trois secteurs d’activité majeurs : la recherche et la production de connaissances, les statistiques et le renforcement des capacités en la matière, et l’amélioration de l’efficacité du développement grâce au renforcement des capacités.

Steve Kayizzi-Mugerwa jouit d’une expérience aussi longue que variée dans le domaine de la recherche et du développement économiques. Il a obtenu un doctorat de l’Université de Göteborg, en Suède, avant de devenir professeur agrégé, dans le cadre de sa collaboration de recherche avec des universités africaines. Il a exercé au FMI, où il a été économiste principal, et à l’Institut mondial pour la recherche sur l’économie du développement de l’Université des Nations unies (UNU-WIDER), où il a été directeur de projet. À la Banque, Steve Kayizzi-Mugerwa a été successivement directeur de la recherche, directeur pour l’Afrique de l’Est, directeur des politiques, économiste principal et chef de la mission prolongée au Zimbabwe. Sa dernière publication est un ouvrage sur l’urbanisation et le développement, rédigé en coopération avec Abebe Shimeles et Nadege Désirée Yameogo, membres du Département de la recherche de la BAD. Intitulé Urbanization and Socio-Economic Development in Africa – Challenges and Opportunities (“Urbanisation et développement socioéconomique en Afrique - Enjeux et perspectives”), l’ouvrage a été publié par Routledge London en 2014.

Dans l’entretien qui suit, Steve Kayizzi-Mugerwa évoque ce que seront, d’après lui, les résultats escomptés de la Conférence économique africaine 2014, qui aura lieu du 1er au 3 novembre 2014 à Addis-Abeba, et il évoque la façon dont ces résultats pourraient influer sur le rythme de l’innovation et de la transformation structurelle en Afrique.

· Le savoir, l’innovation et leur impact sur la transformation de l’Afrique sont au menu de la Conférence économique africaine 2014, à Addis-Abeba. Quelle est la vision du Groupe de la Banque en matière de gestion des connaissances ? En quoi peut-elle contribuer au développement d’une Afrique prospère qui soit centré sur les populations ?

Steve Kayizzi-Mugerwa : Comme vous le savez, nous organisons la Conférence économique africaine 2014, conjointement avec la Commission économique pour l’Afrique et le Programme des Nations unies pour le développement. Cette année, nous sommes convenus que les problématiques du savoir et de l’innovation devaient être mises à l’honneur, car elles sont essentielles à la transformation de l’Afrique. À la Banque, nous pensons que la gestion des connaissances constitue un pilier fondamental d’une croissance soutenue. Dans le cadre des travaux de la Banque en tant que prêteur et conseiller politique, nous produisons une quantité considérable de savoir. Malheureusement, si elles ne sont pas bien exploitées, ces connaissances ne permettront pas d’améliorer la mise en œuvre future des projets ou le dialogue politique avec les pays membres régionaux. De même, les pays doivent faire en sorte que la gestion des connaissances devienne un aspect crucial de leurs stratégies de développement et qu’elle contribue à l’apprentissage par la pratique. Pour être véritablement en mesure d’innover, il faut disposer d’une base de connaissances solide.

La Conférence a donc été organisée pour mettre en évidence les obstacles qui entravent un partage plus large et une meilleure gestion des connaissances en Afrique, et la façon dont celles-ci devraient être mieux intégrées aux stratégies d’innovation des pays. Nous avons convié des intervenants de premier plan des secteurs public et privé, ainsi que des chercheurs universitaires afin qu’ils échangent leurs points de vue.

· Les efforts pour la transformation économique de l’Afrique ne sont pas nouveaux. Plusieurs plans d’action ont été élaborés au fil des ans à l’échelle du continent, comme le Plan d’action de Lagos, le Traité d’Abuja et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD). Selon vous, que faut-il changer pour que les initiatives à venir réussissent grâce à une meilleure utilisation des connaissances et de l’innovation ?

SK-M : Il est juste de dire qu’un recours accru au savoir et à l’innovation aurait aidé à mettre en œuvre de nombreuses initiatives de développement que l’Afrique a entreprises dans le passé. Globalement, on avait tendance à mettre l’accent sur les aspirations, plutôt que sur des mesures concrètes de mise en œuvre. Par exemple, l’Accord de Yamoussoukro sur le régime de « ciel ouvert » en Afrique, à la fin des années 1990, aurait pu permettre de moderniser radicalement l’aviation africaine et de réduire les coûts du transport aérien. Mais il y a eu peu de suivi en termes d’analyse et de plaidoyer politique, et l’Afrique demeure encore parmi les espaces aériens les moins concurrentiels au monde. La Conférence s’attachera donc à souligner l’importance de diffuser le savoir et veiller à ce que l’on se serve des connaissances pour résoudre les problèmes tant de nature pratique que stratégique.

· En quoi la Conférence économique africaine de cette année sera-t-elle différente des précédentes ?

SK-M : Chaque conférence a un contexte et une aura qui lui sont propres, en fonction du thème, du lieu où elle se tient et, bien entendu, des participants présents. Cependant, cette conférence sera tout à fait différente des précédentes en ce sens que le thème a été délibérément choisi pour sortir des problématiques habituelles qui sont largement débattues au sein de la communauté du développement, notamment la réduction de la pauvreté, le développement agricole ou l’urbanisation. Je suis intimement convaincu que le fait de mettre l’accent sur les connaissances et l’innovation et la façon dont elles influencent la transformation de l’Afrique permettra de dégager un certain nombre d’idées qui émanent rarement de telles conférences. De plus, nous avons invité des dirigeants d’universités africaines et des groupes de réflexion, pour savoir si, de leur point de vue, le savoir généré dans les établissements africains d’enseignement supérieur permet de stimuler la capacité de l’Afrique à innover. Enfin, la Conférence a été organisée avant l’épidémie de fièvre d’Ebola. Cette épidémie a tracé les limites de nos capacités de recherche et de notre base de connaissances en Afrique et dans le monde, montrant l’importance de veiller à ce que les établissements qui génèrent un savoir soient compétents et fiables.