Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté : « L’agriculture et l’énergie seront déterminantes pour la croissance de l’Afrique », a déclaré le président de la BAD

16/10/2015
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Le président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, s’est rendu, vendredi 16 octobre 2015 à Accra, pour une visite de courtoisie au président de la République du Ghana, John Dramani Mahama.

Au menu des discussions, la coopération entre la BAD et le Ghana dans le contexte de l’évolution du paysage économique international et les meilleurs moyens pour la Banque de poursuivre l’appui qu’elle accorde déjà aux initiatives de développement dans ce pays. Le président Adesina a salué les efforts du Ghana en vue de réduire sensiblement son taux de pauvreté au fil des ans, tout en relevant les disparités tant au niveau de la pauvreté que des inégalités à travers le pays. D’après les statistiques officielles, le taux de pauvreté dans l’agglomération d’Accra est de 4 pour cent, alors qu’il peut atteindre 80 pour cent dans la région du Nord.

« Je me soucie particulièrement de la situation dans le nord du Ghana. Nous devons examiner les moyens de réduire la pauvreté dans les zones où sa concentration est la plus forte, » a dit le président Adesina.

Les deux hommes considèrent l’agriculture comme un domaine susceptible de changer la donne, car il s’agit d’un secteur où il sera possible créer des emplois pour les jeunes et d’assurer la sécurité alimentaire. « Toutefois » a déclaré Adesina, « l’activité agricole ne doit pas être envisagée uniquement pour l’autosuffisance alimentaire ». « Elle doit également être conçue dans une autre perspective - celle d’une activité marchande qui produit de la valeur ajoutée», a-t-il poursuivi.

Pour sa part, le président Mahama a observé que la région comprenait 11 millions d’hectares de terres cultivables présentant un potentiel de développement. « Nous ne l’avons pas entièrement mise en valeur, » a-t-il reconnu. Les deux dirigeants ont examiné la meilleure manière pour ces ressources en terres d’être utilisées pour la production du riz, transformant, par la même, cette région en un très grand producteur de cet aliment de base. Le président Adesina a réaffirmé la volonté de son institution de soutenir cette initiative, qui s’ajoutera à l’assistance continue de la Banque dans le domaine de l’énergie.

Le portefeuille de la Banque au Ghana s’élève, actuellement, à 760 millions de dollars, dont une part, 52 pour cent, concerne les infrastructures - principalement de transport et d’énergie. L’agriculture représente 20 pour cent, et le secteur social 14 pour cent.

Le président Adesina au lancement du Rapport de la Banque mondiale intitulé «La pauvreté dans une Afrique qui monte». Il est aux côtés (à partir de la gauche) du Premier ministre de la RDC, Augustin Matata Ponyo, du président ghanéen, John Dramani Mahama, et du président  de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Au cours de sa visite à Accra, Akinwumi Adesina a également participé à la célébration de la Journée « End Poverty » (Élimination de la pauvreté) et au lancement du rapport de la Banque mondiale intitulé Poverty in a Rising Africa (La pauvreté dans une Afrique qui monte), manifestations en prélude à la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, observée le 17 octobre par la communauté internationale. Ce rapport met en lumière un accroissement des taux de pauvreté en dépit de la croissance économique du continent, car la réduction de la pauvreté y est obérée par l’augmentation de la population. L’ouvrage comporte une mention particulière de la dimension « genre » de la pauvreté et les mécanismes qui permettraient d’y faire face. 

Lors du lancement du rapport, le président de la BAD a annoncé l’établissement d’un fonds destiné à faciliter l’accès des femmes aux crédits. Cette facilité de 300 millions de dollars dénommée « Affirmative Finance Action for Women » (Action positive de financement au profit des femmes) sera financée par plusieurs partenaires au développement. Elle vise à réduire les risques liés aux prêts effectués par les institutions bancaires à travers l’Afrique et à rendre possible, ces cinq prochaines années, une levée de fonds de l’ordre de 3 milliards de dollars destinés au financement des activités féminines et des entreprises appartenant à des femmes. « La pauvreté en Afrique présente une composante liée au genre, car la plupart des pauvres sont des femmes. Elles n’ont pas accès aux financements et ne bénéficient pas de droits de propriété, particulièrement sur la terre. Nous devons changer cet état de choses », a-t-il déclaré.

Le président Adesina a réaffirmé l’importance d’une résolution des problèmes énergétiques de l’Afrique en vue d’accélérer la croissance économique. « La pauvreté énergétique en Afrique fait monter les taux de pauvreté. Sans énergie, les micro, petites et moyennes entreprises, qui représentent plus de 90 pour cent des entreprises, sont obligées de travailler en dessous de leurs capacités. L’industrialisation s’enlise et l’Afrique perd deux à quatre pour cent de PIB », a-t-il affirmé.

« Si nous résolvons le problème de l’approvisionnement électrique, nous saurons résoudre les autres problèmes de l’Afrique », a souligné Akinwumi Adesina.

Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a observé que seulement 24 pour cent de la population subsaharienne pouvait accéder au courant électrique et que celui-ci, quand il est disponible, est à la fois peu fiable et cher. Il a souligné les conséquences d’une telle situation pour les investissements productifs. « Dans la plupart des pays, les insuffisances infrastructurelles exercent de graves contraintes sur les affaires. On a constaté qu’elles pouvaient faire tomber la productivité de 40 pour cent dans certains endroits », a-t-il affirmé.

Dans son allocution, le président Mahama a déclaré que son pays s’est engagé dans des stratégies visant à augmenter sa production électrique au cours des cinq prochaines années. Cela, a-t-il ajouté, contribuera à une accélération des efforts pour réaliser les Objectifs de développement durable qui visent à mettre fin à la pauvreté.

Le Président de la Bad a également participé à un « Forum sur la prospérité partagée » à l’Université du Ghana aux côtés de Jim Yong Kim, de Tony Elumelu, homme d’affaires et philanthrope nigérian, et de Jane Naana Opoku-Agyemang, ministre ghanéen de l’Éducation. Ils ont évoqué l’élimination de l’extrême pauvreté d’ici 2030 et leur objectif commun d’accroître une prospérité partagée au profit de la tranche des 40 pour cent réunissant la partie la plus pauvre de la population des pays en développement.

Ce forum s’est surtout penché sur les réformes du secteur de l’Education qui pourraient fournir aux étudiants les moyens non pas de devenir des demandeurs d’emploi, mais des créateurs d’emplois. Il a également traité de l’établissement de systèmes de santé capables de réagir aux menaces d’épidémie, de la participation du secteur privé au développement et de la transformation de l’agriculture en un secteur d’affaires créateur de richesse.