Interview - La BAD considère l'éducation comme outil de réduction de la pauvreté

22/06/2010
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 « Le développement concerne les personnes et la Banque africaine de développement n’entend pas relâcher ses efforts tant que la majorité de la population ne sera pas dotée des connaissances et des compétences nécessaires à la réduction de la pauvreté en Afrique », affirme l'expert en éducation, Frank Boahene.

M. Boahene travaille au département du Développement humain de la Banque africaine de développement (BAD). Il  a exprimé ce point de vue, le mardi 22 juin à Tunis, en commentant le rapport annuel 2009 de l’institution sur le développement social et humain.

Soulignant les contributions stratégiques du département du développement humain aux efforts de la Banque dans sa mission de réduction de la pauvreté, l'expert en éducation a déclaré  que le Groupe de la Banque a investi 228,6 millions d’unités de compte, soit environ 343 millions de dollars EU dans 17 opérations des secteurs sociaux en 2009, dans le cadre de sa stratégie à moyen terme 2008-2012.

Il a souligné l'intérêt renouvelé de la Banque pour l'éducation, y compris l'enseignement supérieur, la science et la technologie (HEST- ESST). Selon lui, avec les infrastructures, le développement du secteur privé, la bonne gouvernance et l'intégration régionale, le secteur de l’éducation est devenu l'un des mandats de base du Groupe.

Grâce à l’ESST, la Banque fait de grands efforts pour produire un capital humain approprié, comprenant des scientifiques, des ingénieurs, des chercheurs, des médecins, etc. L'Afrique a besoin d'une expertise de haut niveau  au service du secteur productif du continent par le biais des pôles d'excellence de niveau international, ainsi que de systèmes nationaux d’enseignement et de formation renforcés, y compris les systèmes de formation et d’enseignement technique et professionnel.

« Pour y parvenir, l’ESST s'appuie sur des systèmes, politiques et stratégies d'éducation et de formation conformes aux meilleures pratiques internationales », a souligné M. Boahene.

M. Boahene a rappelé les investissements faits par le Groupe de la Banque dans le secteur social, avec la construction et la réhabilitation d’écoles, de dispensaires et d’hôpitaux. Ces réalisations complètent les projets d'infrastructure dans la lutte contre la pauvreté, à travers à l'approvisionnement en eau et l'assainissement, l'électrification en milieu rural, les routes de desserte, la commercialisation des produits agricoles, les installations de stockage, les structures de technologie de  l'information  et de la communication pour les zones rurales et urbaines.

« Ces interventions ont non seulement contribué à améliorer un accès équitable à un enseignement de qualité, mais aussi à soutenir le développement de programmes scolaires adaptés au passage vers la formation à l'entrepreneuriat ou au monde du travail, ou les deux ».

 M. Boahene a décrit les objectifs des programmes de l’ESST comme suit:

  • Améliorer les pôles nationaux et régionaux d'excellence en science et technologie ;
  • Construire et réhabiliter les infrastructures scientifiques et technologiques existantes, notamment celles concernant l'enseignement supérieur, et adapter les programmes aux secteurs productifs dans les pays concernés ;
  • Aider les PMR à remédier aux pénuries critiques de professionnels et de techniciens de la santé formés, pénuries qui entravent la réalisation des OMD en matière de santé.

« L’ESST reconnaît, toutefois, que l'acquisition de compétences en elle-même ne créé ni ne garantit les emplois, à moins que la formation ne soit adaptée à la demande du marché du travail et des secteurs productifs », a fait observer  M. Boahene.

L'orientation stratégique de la Banque dans le secteur social vise à permettre aux pays africains d’atteindre leurs objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) respectifs avec des niveaux respectables de progrès économique.

Sur la répartition des opérations du secteur social par filière, il a révélé que sur environ 343 millions de dollars EU approuvés en 2009 pour 17 opérations, l'éducation a absorbé la plus grande partie, avec 199,2 millions d'UC (299 millions de dollars EU), suivie par la réduction de la pauvreté et la protection sociale (20,7 millions d’UC, soit  31,1 millions de dollars EU), et la santé (8,7 millions d’UC, soit 13,1 millions de dollars EU). En termes cumulés sur la période 1967-2009, le secteur social a représenté jusqu’à 5,1 milliards d'UC, ou 7,1 milliards de dollars EU, soit 9,8% des engagements cumulés du Groupe de la Banque. Il est à noter que la majeure partie de ces ressources ont été prélevées sur les ressources concessionnelles du FAD allouées aux 34 pays membres régionaux les plus pauvres du Groupe de la Banque.

Au niveau des pays, les approbations importantes en 2009 ont porté sur l’Appui au programme d’urgence de l’éducation nationale au Maroc, pays de la catégorie C, normalement éligible aux ressources non concessionnelles de la BAD. Parmi les autres projets qu’il a également mentionnés figurent le projet d’amélioration de la qualité des services de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle au Gabon, le programme d’amélioration des revenus ruraux et de renforcement de l’emploi en Ouganda, l’appui à un réseau d'institutions africaines de sciences et technologie à Abuja, au Nigeria et à Ouagadougou, au Burkina Faso, etc. En outre, M. Boahene a noté qu’en 2009, la Banque a utilisé une partie du don de 1 million de dollars EU du Fonds de coopération technique du Nigeria (NTCF) pour financer le plan de développement de la science et de la technologie pour le développement industriel au Rwanda, et pour soutenir le programme africain du prix du mérite scientifique, tous deux liés à l'initiative ESST.

En conclusion, M. Boahene rappelé 11 opérations de dons dans le secteur social pour un montant de 8,9 millions de dollars EU, approuvées par la Banque, pour financer d'importantes études de référence dans cinq pays à revenu intermédiaire (PRI), tandis que 17 opérations d’assistance humanitaire d’urgence s'élevant à 13,1 de dollars EU ont été a également approuvées pour venir en aide aux victimes d'épidémies de choléra survenues au Zimbabwe et en Guinée-Bissau, ainsi qu’aux victimes de l'épidémie de méningite au Tchad et aux victimes des inondations au Burkina Faso et aux Comores.