Interview avec M. Roger Dovonou, Ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche du Bénin

19/11/2008
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Interview avec M. Roger Dovonou, Ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche du Bénin

« L’avènement de ce projet est d’une grande utilité pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle de notre pays. Si tout marche bien, le projet démarrera en 2009. Ainsi, le Groupe de la Banque et le Bénin auront joint leurs efforts pour apporter une solution à la crise alimentaire et pour contribuer à réduire la pauvreté au Bénin », a déclaré M. Roger Dovonou, à la tête d’une délégation de son ministère, qui vient de conclure des négociations avec la BAD, concernant le financement d’un projet d’appui aux filières viande et lait.

Question: Quel bilan faites-vous de ces négociations que vous venez de conclure avec les responsables de la BAD sur le financement des filières viande et lait au Bénin ?

Réponse: Nous venons, comme vous venez de le dire, de conclure les négociations du financement par la BAD du projet d’appui aux filières lait et viande au Bénin. Ce que nous pouvons dire, c’est de remercier les experts de la Banque pour le travail qui a été fait, qui a abouti à ces négociations. En effet, la BAD est actuellement notre principal partenaire technique et financier dans le sous-secteur de l’élevage au Bénin, pour avoir financé trois projets d’élevage. Actuellement, la production nationale de viande et de lait, ne permet pas de satisfaire les besoins de la population béninoise. Il s’agit d’un engagement à long terme de la Banque, dans le secteur de l’élevage dans notre pays, pour lui permettre de combler ce déficit, et de lui éviter une dépendance chronique de l’importation de la viande et du lait. Ce projet-ci, est conçu pour une période de 6 ans (2009-2014) pour un coût de 31,06 millions d’UC. Et si tout marche bien, il démarrera en 2009.

Question: Hier, dans votre présentation, vous souligniez que ce projet était vital pour la réduction de la pauvreté au Bénin. Si le projet démarre en 2009, comment contribuera-t-il à cette réduction de la pauvreté ?

Réponse: Je vous disais tout à l’heure que le Bénin accuse un déficit chronique dans la production de la viande et du lait. C’est-à-dire que la production nationale ne permet pas de satisfaire les besoins de la population. Donc le développement de la filière viande-lait, permettra d’avoir ces productions additionnelles. L’intervention de la Banque se justifie par la nécessité d’atténuer les effets de la crise alimentaire engendrée par l’augmentation du prix des denrées alimentaires, de consolider et de valoriser les acquis techniques et institutionnels des trois interventions antérieurs et de tirer profit de l’avantage comparatif de la Banque comme principal partenaire technique et financier (PTF) intervenant dans le sous-secteur de l’élevage. Les filières retenues dans le projet, à savoir le lait et la viande, se justifient non seulement par les importations, exigeantes en devises, opérées chaque année pour couvrir la demande interne. Le Bénin continue d’importer chaque année en moyenne 60.000 tonnes de viande et 40.000 tonnes  de lait occasionnant des sorties de devises estimées à 21 milliards F CFA pour la viande et 10 milliards F CFA pour le lait. Les productions animales, évaluées à 54.850 tonnes de viande (dont 57,6% pour les bovins, 18,5% pour la volaille et 13% pour les petits ruminants), 92.000 tonnes de lait et 8.300 tonnes d’œufs ne permettent pas une couverture complète des besoins en protéines animales. L’exécution du  projet permettra d’augmenter la production de viande et de lait de 7.000 et 19.000 tonnes/an respectivement. Il permettra également, entre autres, de renforcer les capacités techniques et de gestion des acteurs des deux filières en capitalisant les acquis des projets antérieurs. D’un autre côté, le projet favorisera l’émergence et l’opérationnalisation des filières lait et viande et de nouveaux entrepreneurs dans le domaine de l’élevage. Ce faisant, il apportera une contribution significative à la réalisation du Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA) élaboré par le Gouvernement.

Question: Quel sera concrètement l’impact du projet sur les bénéficiaires ?

Réponse: Le projet aura un impact significatif sur toute la population béninoise. Nous consommons beaucoup de viande et du lait, comme je l’ai indiqué plus haut. L’impact du projet sur les bénéficiaires se traduira surtout par l’augmentation du revenu des acteurs de ces deux filières y compris les femmes, l’amélioration de l’état nutritionnel des bénéficiaires, surtout chez les groupes vulnérables, l’amélioration des conditions de vie des populations rurales. Avec l’émergence des filières, nous verrons également la promotion des micros entreprises rurales et des PME dans le sous-secteur de l’élevage. L’avènement de ce projet est d’une grande utilité pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle de notre pays. Si tout marche bien, le projet démarrera en 2009.

Question: En quoi ce projet bénéficiera-t-il aux femmes ?

Réponse: Les activités du projet concerneront principalement les femmes auxquelles une attention particulière sera accordée. Les femmes prendront part activement dans la collecte, la transformation et la commercialisation du lait ainsi que dans l’élevage des petits ruminants. Leur rôle d’actrices de développement rural sera conforté. Le projet doit œuvrer pour associer la femme aux prises de décision au niveau des organisations paysannes et professionnelles et des collectivités locales. L’accès au crédit par le biais du projet devra les consolider dans leur intervention dans l’élevage laitier (transformation et commercialisation) et de petits ruminants (achat d’animaux).

Question: Vous avez précisé tout dans votre rapport que la production laitière est actuellement commercialisée essentiellement via des circuits traditionnels. Comment comptez-vous garantir la qualité et la certification de la qualité du lait, pour organiser sa commercialisation, étant donné qu’il existe un secteur semi-industriel à base de lait en poudre importé ?

Réponse: La production laitière issue des élevages intensifs sera collectée au niveau des centres de collecte, mis en place par le projet, pour alimenter les unités semi-industrielles. La collecte et la transformation du lait issu des systèmes d’élevage extensif se feront au niveau des mini-laiteries mises en place par le projet et gérées par les coopératives de femmes. En capitalisant le savoir faire traditionnel des femmes dans la production du fromage artisanal ‘Wagashi’, le projet apportera une assistance technique aux associations de femmes en matière d’hygiène, techniques de production et de recherche  de nouvelles niches de marché à haute valeur ajoutée aux niveaux national et régional. A ce titre, le projet compte collaborer avec la FAO pour l’amélioration de la qualité et la certification des produits.

Question: Quels sont vos sentiments après vos discussions avec les experts de la BAD ?

Réponse: Nous avons eu des discussions très fructueuses avec les experts de la BAD. Nous avons touché tous les volets du financement et nous pouvons affirmé que la BAD demeure notre principal partenaire privilégié dans le sous-secteur de l’élevage. Le projet passera à votre Conseil d’administration le 27 novembre 2008. Si tout marche bien, la BAD mettra en place une structure légère de coordination qui aura pour tâche principale de transférer les ressources du projet, de la Banque aux institutions spécialisées, privées, publiques et communautaires, chargées d’exécuter les activité du projet. Nous avons grand espoir que le projet démarrera en 2009 comme prévu. Ainsi, le Groupe de la Banque et le Bénin auront joint leurs efforts pour apporter une solution à la crise alimentaire et pour contribuer à réduire la pauvreté au Bénin.

Interviews réalisées par: Aristide Ahouassou, a.ahouassou@afdb.org, Tél: +216-7110-3414