Interview avec le directeur de la Bad chargé de la gouvernance et des réformes financières, Gabriel Negatu: «La bonne gouvernance sous-tend le développement durable et la réduction de la pauvreté»

02/05/2008
Share |

Interview avec le directeur de la Bad chargé de la gouvernance et des réformes financières, Gabriel Negatu: «La bonne gouvernance sous-tend le développement durable et la réduction de la pauvreté»

Tunis a accueilli, du 28 au 30 avril, un atelier sur le thème "Défis et opportunités pour les institutions suprêmes d'audit en Afrique". Organisé par le Groupe de la Banque en collaboration avec l'Organisation africaine des institutions suprêmes d'audit (AFROSAI), cet atelier visait à donner aux participants l'opportunité d'échanger sur les leçons, les expériences et les défis auxquels sont confrontés les bureaux d'audit du continent et sur les opportunités qui s'ouvrent à eux afin de renforcer l'intégrité et la lutte contre la corruption dans la gestion des ressources publiques. Pour aider nos lecteurs à mieux comprendre les questions discutées pendant l'atelier, La banque qui bouge (le journal électronique interne de la BAD) s'est adressé au directeur du département de la gouvernance et des réformes économiques et financières, Gabriel Negatu. Interview.

Question: Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce qu'est l'Organisation africaine des institutions suprêmes d'audit (AFROSAI)?

Réponse: L'Organisation africaine des institutions suprêmes d'audit (AFROSAI) est l'association des bureaux d'audit en Afrique. On les appelle "institutions suprêmes d'audit" parce qu'elles occupent les échelons supérieurs des systèmes de contrôle financier et d'intégrité sur le continent. Au niveau international, les bureaux d'audit des pays membres de l'ONU sont regroupés au sein de l'Organisation internationale des institutions suprêmes d'audit (INTOSAI). Cet organe international a pour objectif de promouvoir l'harmonisation des normes et codes de pratiques optimales en matière de vérification de la gestion des finances publiques.

Au niveau régional, l'AFROSAI est l'organisation professionnelle parapluie du continent. Elle vise à: (i) promouvoir les échanges d'idées, de savoir et d'expérience entre les vérificateurs généraux d'Afrique dans les domaines relevant de leurs mandats, (ii) promouvoir la formation et la spécialisation du personnel en charge des aspects techniques des audits, et (iii) promouvoir la standardisation des principes, des procédures et de la terminologie en matière de vérification des finances publiques afin de réaliser l'intégration régionale africaine. L'AFROSAI est organisée en trois sous-groupes linguistiques: le groupe arabophone (ARABOSAI), le groupe anglophone (AFROSAI-E) et le groupe francophone (AFROSAI-F).

Question: Quels étaient les objectifs de la réunion d'avril 2008 à Tunis?

Réponse: La réunion visait à donner aux participants l'opportunité d'échanger sur leurs expériences face aux défis et aux opportunités que rencontrent les bureaux d'audit dans leurs efforts pour renforcer l'intégrité et lutter contre la corruption dans la gestion des ressources publiques. Les bureaux d'audit ont un rôle central à jouer dans la lutte pour plus de transparence et pour une plus grande responsabilité dans la gestion des ressources publiques. Soucieuse de servir au mieux ses membres, l'AFROSAI a récemment développé, avec le soutien de la Banque, son premier "Plan stratégique et Programme de mise en oeuvre". Dans le cadre de la validation et de la diffusion de ce document important, les membres de l'AFROSAI ont discuté du plan stratégique futur de l'organisation.

Parallèlement, dans le droit fil de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, la BAD et la Banque mondiale développent une stratégie commune pour soutenir et renforcer les bureaux des vérificateurs généraux en Afrique. Cette stratégie renforcera les synergies entre les deux institutions, et entre les donateurs et les pays partenaires, afin de favoriser des approches harmonisées et des interventions basées sur les avantages comparatifs et la valeur ajoutée. Nous souhaitons, à cet égard, encourager les autres partenaires au développement à nous emboîter le pas et à mieux coordonner et harmoniser leur soutien. La communauté internationale, a souligné la conférence, doit envoyer aux pays africains un message cohérent quant à l'importance de renforcer les bureaux d'audit, les parlements et la société civile, afin de promouvoir une plus grande responsabilité financière.

Cet atelier a également permis d'explorer les possibilités concrètes de coopération parmi et entre les donateurs et les bureaux d'audit africains. Le forum de trois jours était articulé autour des thèmes suivants: (i) le rôle des institutions suprêmes d'audit dans la lutte pour plus de transparence et de responsabilité financière en Afrique; (ii) le rôle des bailleurs fonds en termes de soutien aux institutions suprêmes d'audit en Afrique; et (iii) les débats internes du Comité directeur de l'AFROSAI.

Question: On observe que l'AFROSAI comprend des professionnels de pays anglophones, francophones et lusophones, dont les systèmes d'audit sont différents. Comment la conférence a-t-elle abordé cette question fondamentale?

Réponse: L'architecture du contrôle financier dans les pays africains reflète d'une part les systèmes et traditions des anciennes puissances coloniales en matière de gestion des finances publiques et d'autre part les modifications introduites au fil des années. On distingue trois grands groupes de systèmes en Afrique: le système "à la française" dans les pays francophones; le système "à la britannique" dans les pays anglophones et le modèle portugais dans les pays lusophones.

L'un des messages centraux rappelés pendant la conférence est la nécessité de changer de perspective et d'aller au delà de ces catégories formelles. On n'exporte pas des institutions, elles doivent se développer de l'intérieur et s'adapter aux défis spécifiques des pays africains. Les obstacles que rencontrent les pays membres régionaux (PMR) du Groupe de la Banque sont grosso modo les mêmes et, quel que soit le statut juridique du contrôleur, le contrôle se fonde toujours sur des tâches et des responsabilités similaires. L'évaluation de la performance en termes d'efficacité des services publics doit pouvoir reposer sur des fonctions d'audit qui respectent des règles, des normes et des règlements communs à toutes les activités de contrôle et acceptés au niveau international. Par conséquent, les bureaux d'audit qui opèrent dans des systèmes divers mais non pas différents, gagneraient à partager leur expérience et à favoriser l'échange de savoir entre pairs.

Selon moi, améliorer l'efficacité d'un bureau d'audit dans un pays donné n'est pas une question de changement de modèle, mais d'optimisation de sa performance dans un contexte donné. Une démocratie se fonde sur un partage des pouvoirs, un système de pouvoirs et contre-pouvoirs, et l'utilisation correcte des finances publiques est le pilier sur lequel s'appuie cet équilibre. Le bureau d'audit d'un pays joue un rôle crucial à cet égard, mais il le fait de concert avec les autres grandes institutions de la nation chargées de veiller à la responsabilisation et à la transparence.

Question: Étant donné les problèmes persistants de gouvernance sur le continent, comment la BAD peut-être aider l'AFROSAI à remplir sa mission?

Réponse: Premièrement, laissez-moi vous rappeler que la bonne gouvernance sous-tend le développement durable et la réduction de la pauvreté. Il est généralement admis que la qualité de la gouvernance financière est un élément déterminant de l'efficacité de développement. En fait, l'Afrique est en train de développer son "programme maison" pour la bonne gouvernance financière. Le rôle essentiel de la Banque consiste à aider à concrétiser ce programme.

Deuxièmement, veiller à l'intégrité dans les finances publiques est un défi majeur. Les bureaux d'audit constituent l'un des piliers centraux de l'intégrité; ils jouent un rôle essentiel dans la lutte pour l'efficacité, la transparence et l'obligation de rendre des comptes en matière de gestion des deniers publics. Leur rôle est vital parce qu'ils obligent les gouvernements à répondre de leur gestion des fonds publics et contribuent à garantir la transparence des opérations gouvernementales.

La Banque se positionne de manière à mieux répondre aux besoins des institutions suprêmes d'audit. Prochainement, le Conseil d'Administration de la Banque sera invité à entériner le document de "Directives stratégiques et Plan d'action en matière de Gouvernance pour la période 2008-2010". Ce document souligne la nécessité pour les donateurs de renforcer leur soutien aux bureaux d'audit en Afrique d'une manière plus cohérente et coordonnée.

De même, la Banque apporte déjà son soutien aux bureaux d'audit de toute l'Afrique de différentes façons, notamment par le biais de projets visant à renforcer leurs capacités humaines. Selon un récent rapport sur les actions d'appui budgétaire et les projets de renforcement institutionnel de la Banque, l'appui aux vérificateurs extérieurs constitue un des piliers centraux de ses activités en matière de gouvernance financière.

Nous avons profité de l'atelier pour discuter des orientations de la stratégie commune de la Banque mondiale et de la BAD visant à soutenir et renforcer les ISA en Afrique. Cette stratégie renforcera les synergies entre la Banque mondiale et la BAD, ainsi que les autres donateurs et institutions internationales, et facilitera l'élaboration d'approches harmonisées fondées sur le mandat, l'avantage comparatif et la valeur ajoutée de chaque institution,.

Question: Quels sont été les résultats de la réunion?

Réponse: En amenant les principaux intervenants et partenaires autour d'une table, l'atelier leur a donné l'opportunité de mener des discussions fructueuses en vue de: dégager un consensus sur les défis auxquels sont actuellement confrontés les bureaux d'audit en Afrique, valider le plan d'action de l'AFROSAI, favoriser le partage d'expérience et de savoir entre pairs; dégager un consensus sur le fait que la meilleure façon dont la communauté des donateurs peut soutenir les bureaux d'audit sur le continent est de favoriser l'harmonisation des stratégies d'engagement; et identifier les opportunités concrètes de coopération et de partenariat entre les bureaux d'audit et les partenaires au développement.


Speaker

Nom: Gabriel Negatu Titre: AfDB Governance and Financial Reforms Director