Interview avec Gabriel Negatu, directeur, Gouvernance, réformes économiques et financières, suite de l'approbation d'un prêt BAD pour financer le Programme d’appui à la diversification de l'économie du Botswana

02/06/2009
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«La Banque est prête à aider ses pays membres régionaux, en ces temps de turbulences économiques mondiales, en étant proactive et en fournissant des produits et services en temps opportun, et d'une manière qui réponde aux différents besoins et aux défis propres de chaque pays membre," dit le directeur du Département de la gouvernance de la BAD, Gabriel Negatu.

Question : Le Groupe de la Banque africaine de développement a approuvé un important prêt de 1,5 milliards US pour financer le Programme d’appui à la diversification de l'économie du Botswana. Pourriez-vous expliquer les raisons de cette approbation ?

Réponse : Le but du programme est de créer les conditions de la concurrence pour accélérer la croissance du secteur privé, la diversification économique et la réduction de la pauvreté. Cette opération va permettre à la Banque de répondre rapidement à une demande de la République du Botswana, un pays performant et bien gouverné. Au Botswana, la bonne performance économique dépend de l’utilisation prudente de ses minéraux (en particulier des diamants), une richesse qui a été affectée négativement par la baisse de la demande et la baisse des prix. Par conséquent, un pays qui a affiché des excédents budgétaires pendant plus d'une décennie se retrouve tout à coup dans une position de déficit budgétaire, d'environ 10,9 % pour l'année financière 2009-2010.

La crise financière et économique met à risque le Botswana, un pays affichant une bonne gestion macroéconomique. Afin de couvrir le déficit budgétaire, tout en maintenant la bonne cote de crédit du pays et sa solvabilité, ainsi que sa stabilité macro-économique, le gouvernement envisage une combinaison d'options de financement, y compris les prélèvements sur ses réserves, des émissions d’obligations sur le marché national et l'emprunt obligataire international. La première réponse du gouvernement est d'emprunter auprès d'institutions financières internationales (IFI), telles que la BAD et la Banque mondiale. Le choix de ne pas puiser dans les réserves au cours de cet exercice montre que le gouvernement préconise une gestion économique prudente. Cette prudence est légitime dans le court terme, étant donné que l'ampleur des effets de la crise n’est pas encore totalement connue.

En plus d'être une réponse à la crise économique mondiale, l'emprunt des institutions financières internationales est maintenant une politique délibérée du gouvernement du Botswana pour lui permettre de bénéficier des meilleures pratiques associées à ces prêts. Le prêt sera décaissé en deux tranches - 1 million $ US et 0,5 million $ US respectivement, - au cours de l'exercice 2009-2010.

Question : Quelle sera la valeur ajoutée de la BAD, en particulier au Botswana, pour la croissance du secteur privé et la réduction de la pauvreté ?

Réponse : Après 12 ans de non-activité de prêt au Botswana, la Banque a progressivement rétabli sa présence dans le pays. Pendant cette période, la Banque a entrepris plusieurs travaux d'analyse et de diagnostic, y compris le rapport conjoint BAD-Banque mondiale sur l'observation des normes et codes (ROSC), une étude sur la Diversification de l'économie, un profil de gouvernance, une Revue économique, une Revue du secteur agricole et un Programme de soutien pour améliorer la gouvernance des industries extractives. Cela a donné à la Banque un avantage unique de connaissances concernant les progrès accomplis et les défis du pays. Ces programmes ont permis de renforcer le partenariat avec le Gouvernement du Botswana et ont conféré à la Banque un statut de créancier privilégié. En outre, la Banque a accordé au Botswana le statut de pays à revenu intermédiaire (MIC), qui ont permis l’obtention de subventions pour la préparation des projets, des études sur les politiques et le renforcement des capacités, un projet de consolidation du partenariat, une mesure au demeurant qui très appréciée par le gouvernement.

Le programme approuvé par la BAD va aider le Botswana dans ses efforts pour diversifier son économie hors du secteur du diamant, ainsi que pour appuyer ses programmes d'investissement. Cela permettra de mieux équiper le pays pour répondre plus positivement à une crise mondiale similaire à l'avenir. Le programme est compatible avec l'objectif principal du Botswana stipulé dans son Dixième Plan de développement national (PDN-10) [avril 2009-mars 2016], les réformes énoncées dans le Discours sur le budget 2009-2010 et le Document de stratégie pays de la Banque axée sur les résultats pour le Botswana (2009-2013).

Question : Ce prêt fait partie de la stratégie de la BAD visant à devenir un partenaire de choix auprès de ses pays membres régionaux (PMR) en termes de renforcement de la gouvernance financière. Quels sont les principaux piliers préconisés par la Banque en matière de gouvernance économique et financière en l'appui aux PMR ?

Réponse : Ce prêt fait partie de la stratégie de la BAD visant à se positionner comme l’institution clé du développement et comme un partenaire privilégié des pays africains dans leurs efforts pour renforcer la gouvernance économique et financière. À cet égard, la Banque voie la bonne gouvernance économique et financière comme les fondations sur lesquelles on peut construire des Etats efficaces, capables et responsables, en mesure de fournir des services de base aux pauvres.

Le Groupe de la Banque a réaffirmé la priorité stratégique qu'elle accorde à la gouvernance. En 2008, la Banque a approuvé les orientations stratégiques de la gouvernance et un plan d'action 2008-2012 (GAP), qui a mis l'accent sur le fait de mieux outiller de la Banque pour atteindre les résultats du développement. S'appuyant sur le consensus du Fonds africain de développement (FAD), du Rapport du Panel de haut niveau, le GAP se concentre sur les principaux moteurs de la croissance et du développement, par l'amélioration de la gouvernance économique, ceci afin de faciliter le développement du secteur privé et de renforcer le climat de l'investissement, notamment mais pas seulement dans les pays à revenu intermédiaire, comme le Botswana ; et sur le renforcement de la gestion des finances publiques, afin d'assurer une utilisation plus efficace des ressources intérieures et de l'aide.

L'impact économique de la crise a conduit à une augmentation notable des attentes des pays africains envers la BAD. La Banque a enregistré une augmentation du nombre de demandes pour l’obtention de soutiens supplémentaires, notamment en provenance des pays à revenu intermédiaire, mais aussi des pays à faible revenu et des États fragiles, comme Maurice, le Botswana, le Cap-Vert, la République démocratique du Congo, le Libéria et la Guinée Bissau, pour ne citer quelques-uns. Une augmentation des demandes ont également été reçues pour des activités hors prêt, tels que les travaux d'analyse et de conseil. En 2008, la Banque a financé 17 nouveaux projets liés à la gouvernance des opérations, pour une enveloppe s'élevant à plus de 680,0 millions d'unités de compte (UC), ce qui représente 21 % du total du Groupe de la Banque en termes de prêt et de dons pour l’année. À partir de juin 2009, le Groupe de la Banque aura approuvé plus de 15 prêts et autres opérations se concentrant sur la gouvernance économique et financière, pour un montant de plus de 1,5 milliards d'UC, comprenant plusieurs projets imprévus ou supplémentaires d'appui budgétaire. Cela représente presque un triplement des approbations en 2008.

Un message essentiel à dégager de ce soutien au Botswana est que la BAD est fermement disposée à aider ses pays membres régionaux en ces temps de turbulences économiques mondiales, en étant proactive et en fournissant ses produits et ses services en temps opportun, d'une manière qui tienne compte des besoins différents et des défis propres de chacun des pays membres.