Entretien avec le porte-parole de l’Institut africain de leadership, Aidan Eyakuze

28/03/2011
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Aidan Eyakuze

 « Le talent des jeunes professionnels de la BAD que nous avons rencontrés a été pour nous une source d'inspiration. Les questions de fond qui nous ont été posées par les membres de l'équipe-stratégie ont mis en évidence le courage avec lequel ils traitent des questions ardues », a déclaré Aidan Eyakuze, porte-parole de l’Institut africain de leadership.

Question : Quels sont les objectifs de la visite des membres de l’Institut africain de leadership  à la Banque?

Réponse : Les membres de l’Institut ont eu le privilège de rencontrer le président Kaberuka, lors du Forum de la Fondation Mo Ibrahim, qui s’est tenu sur l'intégration économique régionale, en novembre 2010, à Maurice. Nous avons eu une conversation très animée sur l'avenir de l'Afrique, sur la manière dont le continent est affecté par la qualité du leadership, et sur l’apport de la Banque africaine de développement à la conduite de la transformation du continent. C’est pour conclure ces échanges que le président a invité les membres à Tunis, afin que nous puissions mieux comprendre ce que fait la Banque dans ce domaine. Les membres voulaient aussi voir comment nous pouvons collaborer avec la Banque pour remplir une mission sur laquelle nous partageons un accord total. Au nom de l’Institut africain de leadership et de ses membres, je me fais le devoir de remercier M. Nkosana Moyo et son équipe, pour avoir organisé ces  trois journées exceptionnelles d'interactions intenses et perspicaces avec la Banque.

Question : Quelle est votre impression après les échanges de points de vue avec la haute direction et le personnel de la BAD ?

Réponse : Nous avons été impressionnés par trois caractéristiques principales perceptibles à travers l'ensemble de nos discussions avec la direction de la Banque. La première est l'ouverture avec laquelle nous avons été accueillis. Nous avons été invités à observer la réunion hebdomadaire du comité de la haute direction (SMCC), puis à échanger avec les membres sur certains des points débattus. Il est extrêmement rare que des visiteurs soient invités à observer les rouages internes d'une organisation. C’est donc une preuve de la transparence de la Banque, que nous ayons été autorisés à la voir au travail de manière si intime. La deuxième caractéristique, c’est l'engagement profond des dirigeants et du personnel de la Banque à la mission de l’institution, que M. Mthuli Ncube a résumée comme la transformation économique du continent. Le talent détenu par les jeunes professionnels de la BAD rencontrés a été une source d'inspiration pour nous. Les questions de fond qui nous ont été posées par l'équipe-stratégie ont mis en évidence le courage avec lequel cette équipe traite des questions ardues. La troisième caractéristique, c’est leur capacité d’écoute à notre endroit. Nous nous sommes sentis vraiment honorés qu’ils sollicitent et écoutent avec sérieux nos opinions et suggestions. Ils ne nous ont pas donné des conférences, nous avons eu avec eux un dialogue réellement interactif.

Question : Quel rôle spécifique les membres de l’Institut africain de leadership sont-ils prêts à jouer sur le continent comme contribution aux efforts de développement de la BAD ?

Réponse : Cette visite a montré dans quelle mesure le président Kaberuka et la Banque ont fait confiance aux membres de l’Institut. Nous avons appris que, pour mieux marquer son empreinte, rehausser son profil et approfondir son engagement avec ses clients, la Banque africaine de développement met en œuvre une stratégie de décentralisation majeure. Les membres de l’Institut sont désireux de soutenir cette stratégie de deux manières. Premièrement, nous pouvons agir comme «ambassadeurs» de la Banque dans nos différents pays, régions et à travers nos réseaux professionnels. Et, avec les idées que nous avons acquises au cours de cette visite, nous sommes mieux équipés pour jouer ce rôle. Deuxièmement, nous pouvons contribuer à enrichir l'interaction de la Banque avec les entreprises, les acteurs non étatiques et la société civile dans nos milieux, comme un moyen de renforcer ses réseaux et ses sources d’information sur le terrain.

Question : Le thème « la jeunesse africaine et de la démocratie », suscite-t-il votre intérêt ?

Réponse : Absolument. Il a été particulièrement poignant pour nous de visiter la Tunisie quelques mois à peine après que la flamme pour plus de démocratie dans la région ait été allumée par des jeunes gens et des jeunes femmes du pays. L’un des membres de l’Institut, Gbenga Sesan du Nigeria, n’a cessé de nous le rappeler, l'âge moyen de la population africaine est de 19,1 ans, et un nombre croissant de jeunes Africains ont accès au téléphone mobile. Il a partagé sa contribution concrète à l'approfondissement de la participation des jeunes à la défense de la démocratie. Cette contribution s’est traduite par la mise au point d’outils intelligents de téléphonie mobile par son équipe et lui-même, et qui permettront à la volonté des électeurs du Nigeria de se refléter dans les résultats des élections d'avril 2011. L'outil à base de SMS - ReVoDa - a la capacité de convertir les 87 millions de Nigérians ayant des téléphones mobiles en observateurs informels des élections. Il y a quelques années, une jeune Kenyane a utilisé une technologie similaire pour suivre les violences postélectorales au Kenya, et son invention - Ushahidi - a été déployée à travers le monde pour sauver des vies à la suite des ouragans et des tremblements de terre. Ainsi, avec la combinaison du grand nombre, du courage et d'une technologie porteuse, les jeunes d'Afrique, reconfigurent le paysage politique sur le continent.

Question : Et pour aller de l’avant ?

Réponse : Le président Kaberuka a recommandé qu'un groupe de travail mixte AfLI-BAD soit créé pour concevoir des projets communs concrets. Ce sera une relation synergique qui verra les membres de l’Institut apporter une contribution indépendante et une vision novatrice aux objectifs et aux activités de la Banque. A son tour, la Banque offre aux membres une plateforme pour canaliser et approfondir leurs idées et leurs efforts dans l’objectif de transformation de l'Afrique.