Entretien avec Mme Eunice Egbuna, directrice de l'Intégration financière à l'Institut monétaire de l'Afrique de l'Ouest (IMAO)

06/11/2012
Share |

La directrice du département de l'intégration financière de l'Institut monétaire de l'Afrique de l'Ouest, Eunice Egbuna, une ressortissante du Nigéria, s’est prononcée sur l'importance de l'éducation des filles dans le développement de l'Afrique à l'occasion de la Conférence économique africaine de 2012, qui s'est achevée le vendredi 2 novembre à Kigali au Rwanda.

Question : La Conférence économique africaine a fait ressortir l’importance de l'enseignement primaire et professionnel des jeunes filles comme facteur clé de la croissance inclusive et du développement durable sur le continent. En tant qu’Africaine et femme intellectuelle, quel est le message personnel que vous souhaiteriez adresser aux jeunes filles africaines pour les encourager à reprendre cet impératif à leur compte ?

Réponse : Les chercheurs présents à la conférence ont eu parfaitement raison d'accorder autant d’importance à l'enseignement primaire des filles et à leur forte présence dans les institutions de formation professionnelle. Notre expérience en la matière nous pousse à affirmer que les femmes qualifiées et combatives représentent l'avenir de ce continent. On n’a qu’à voir le rôle que jouent les femmes au sein de différents organismes et sociétés. J'aimerais ajouter ma voix à celles de tous les chercheurs présents ici à Kigali, pour inciter les jeunes filles à fréquenter les écoles de formation professionnelle. C'est la seule manière de combattre la pauvreté et de relever les défis que présente le développement du continent.

Les filles africaines ont grand besoin d’un enseignement primaire, puis de poursuivre leurs études et aller dans des écoles de formation professionnelle et à l’université. Mais cela dépend également de la volonté politique. Plus de possibilités doivent être offertes aux jeunes filles pour que nos pays soient capables de relever les défis de la croissance inclusive et du développement durable : il faut donc créer davantage d'écoles de formation professionnelle et inciter les filles à les fréquenter. Les femmes sont à l'origine du monde.  

Je suis ravie de constater que, dans de nombreux pays, l'éducation des filles se situe au cœur du programme de réformes des pouvoirs publics. Par exemple, le gouvernement de mon pays a fait de l'équilibre entre les genres un programme personnalisé et institutionnalisé, procurant aux femmes un plein appui qu’apporte le slogan : « Ne me donnez pas du travail parce que je suis une femme, mais en vous fondant sur mes compétences et mes qualifications ». Nous souhaitons que les filles africaines s’approprient ce slogan, assument cette responsabilité et contribuent à rendre possible la croissance inclusive sur le continent.

Question : Quelle évaluation faites-vous de la Conférence économique africaine de 2012 ? Concrètement, que faut-il retenir ?

Réponse : Il s'agit de ma seconde participation à la Conférence économique africaine. La réunion de Kigali a été féconde. Les thèmes examinés tout au long de la conférence ont été stimulants, au vu de la renommée des intervenants ainsi que de la qualité des documents, des échanges et des participants. À mon avis, tous les objectifs de la conférence ont été amplement réalisés. Ces journées ont été très fructueuses pour les participants, qui ont eu l'occasion d'écouter d’éminents économistes, venus à la fois d'Afrique et d'ailleurs. Les échanges d'expériences sur l'économie de notre continent et les possibilités de réseautage ont été formidables et doivent être maintenus à tout prix, parce que nous devons disposer pour notre avenir de solutions économiques et politiques adaptées qui nous permettront d’affronter les problèmes de l’Afrique dans une ère d'incertitude. Il nous faut désormais adopter un comportement inclusif au quotidien, quelles que soient nos origines et les tâches que nous accomplissions pour le développement de ce continent. J'aimerais féliciter et remercier les organisateurs. L'expérience que j’ai acquise a élargi le champ de mes recherches et me restera longtemps en mémoire. En particulier, j'ai été favorablement impressionnée par la présentation de haut niveau portant sur l'intégration régionale. Il s'agit là précisément de mon domaine de travail à l'Institut monétaire de l'Afrique de l'Ouest à Accra, et cela m'a plus que jamais stimulée.

Enfin, permettez-moi de vous dire quelques mots sur Kigali, la capitale rwandaise. J'en suis à ma première visite et ce pays est vraiment la terre des mille collines : la ville est propre et le peuple amical et accueillant.