Entretien avec Hela Cheikhrouhou, Chef de division du Financement des infrastructures et des partenariats public-privé (PPP) au Département du secteur privé de la Banque africaine de développement

15/01/2009
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Question : L’aéroport d’Enfidha est le premier projet de partenariat public-privé dans le secteur, au Maghreb. Est-ce cet aspect inédit et novateur qui a poussé la Banque à s’engager ?

Réponse : La Banque a pour objectif d’encourager activement la participation du secteur privé à l’effort de construction d’infrastructures en promouvant la mise en place de partenariats public-privé. Or, en Tunisie, les projets d’infrastructure ont été jusqu’à présent le terrain exclusif des autorités publiques. Ce projet marque donc un changement dans le montage et le mode de financement de tels projets en Tunisie.

De manière plus large, l’aéroport d’Enfidha constitue la première concession aéroportuaire privée au Maghreb. Forte de ce premier investissement, la Banque compte bien pouvoir répliquer ce mode d’intervention dans d’autres pays africains. Ceci dit, la motivation fondamentale de la BAD est, comme toujours, basée en priorité sur le fait que (i) le projet est en ligne avec la stratégie de la BAD en Tunisie et pour ses opérations secteur privé, (ii) le projet présente un profil de risque financier acceptable pour la Banque et (iii) le projet génère des impacts notables sur le développement.

Question : La réussite commerciale d’un tel projet est elle garantie, sachant que dans un rayon de moins de 90 km, il y aura trois aéroports internationaux (avec Tunis et Monastir) et que la crise financière fait craindre une chute de l’afflux de touristes auxquels l’essentiel de l’activité de cet aéroport est vouée ?

Réponse : Les aéroports situés aux alentours d’Enfidha sont soit saturés (Monastir opère bien au-delà de sa capacité maximale), soit voisins de la saturation (Tunis-Carthage opère au-delà de sa capacité en été, période de pointe). De plus, en raison de leur présence sur des zones urbaines denses, l’extension de ces aéroports sur site n’est pas possible. Il en résulte que l’aéroport d’Enfidha est de facto une extension de celui de Monastir et que le risque concurrentiel posé par l’aéroport de Tunis-Carthage est minime.

Quant à la crise financière, il est difficile d’estimer à ce jour son impact réel. Néanmoins, de l’avis du conseiller technique des prêteurs, la Tunisie devrait être protégée de par le positionnement bas coût de son secteur touristique et de sa proximité avec les pays pourvoyeurs de voyageurs (principalement l’Europe de l’Ouest). Le prêt de longue durée apporté par la Banque renforce la robustesse financière du projet et lui permet de faire face à d’éventuelles baisses prolongées du volume de voyageurs.


Question : La zone d’Enfidha doit devenir un important pôle de développement de la Tunisie. La Banque, par son guichet du secteur privé, compte-t-elle s’y investir ?

Réponse : Le projet s’inscrit dans un plan de développement régional incluant au-delà de l’aéroport, la construction d’un port en eaux profondes et le développement d’une zone industrielle. La Banque est à l’écoute de ces développements futurs et évaluera séparément l’opportunité d’y participer.


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Speaker

Nom: Hela Cheikhrouhou Titre: Division Manager, infrastructure development and public-private partnerships (PPPs), Private Sector Department, AfDB