Interview avec Hela Cheikhrouhou, directrice, Energie, Environnement et Changement climatique - Appuyer les pays membres régionaux dans les investissements relatifs au secteur énergétique

26/05/2010
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Rédigé par Francis Yedan

Directrice du nouveau département, Energie, Environnement et Changements climatiques, Hela Cheikhrouhou appelle à un partenariat public-privé pour résoudre les problèmes énergétiques de l’Afrique.

Question : Quelles sont les priorités du département que vous dirigez?

Réponse : Le département énergie, environnement et changement climatique vient d’être crée. C’est une façon de renforcer les capacités existantes et de concentrer dans un département le travail que la Banque fait pour ce qui est du financement de l’énergie et d'appui à des investissement en  infrastructures qui sont plus respectueuses de l’environnement et aident à lutter contre les impacts du changement climatique.

Question : Ce département a-t-il un programme d’action?

Réponse : Même si le département vient d’être créé, la Banque a un programme d’action. En 2008, il y a eu l’approbation du Cadre pour le développement des énergies propres et l’adoption d’un Cadre pour la gestion du risque climatique. Avec le Conseil d’administration, un plan d’action pour le changement climatique sera adopté. Un plan qui sera très opérationnel et qui prendra en compte les priorités de la Banque en termes de transport propre urbain, d’assainissement et de traitement des eaux usées ; et d’énergie renouvelable.

Question : Quelle est la politique de la Banque pour la résolution des problèmes énergétiques de l’Afrique?

Réponse : La plupart des pays africains qui ne sont pas déjà en crise en termes de manque d’accès à l’énergie  ne sont pas loin de la saturation et ils travaillent de manière accélérée à accroître les capacités à installer.

Ayant fait ce constat, différentes études citent des montants divers. L’étude sur les besoins d’infrastructures en Afrique montre qu’il faut 93 milliards USD d’investissement en Afrique subsaharienne pour les dix prochaines années dans le secteur de l’énergie. Nous avons à la BAD comme priorité absolue le thème des infrastructures. Et dans les infrastructures, l’énergie vient en première position avec le plus grand écart. Nous allons appuyer les pays membres régionaux dans les investissements relatifs au secteur énergétique, à travers les différentes technologies.

Question : Les énergies renouvelables sont-elles la clé de résolution des problèmes énergétiques de l’Afrique?

Réponse : L’on continuera d’affirmer qu’il faut que l’Afrique puisse transformer tout son potentiel énergétique.  Or, le potentiel énergétique africain se trouve être en grande partie dans les énergies renouvelables. Il ne faut pas écarter des solutions qui sont aussi assez propres, comme les centrales électriques à cycle combiné. Une partie de l’électricité est générée par la vapeur, qui est propre, et le gaz lui-même est moins polluant que le diesel et le charbon. Il existe  un potentiel divers en matière d’énergie renouvelable selon les pays.

La Banque est là pour accompagner les gouvernements à mettre en place toutes les solutions. Il y aura un partenariat public privé parce qu’une partie de la solution consiste à ce que le gouvernement créé l’environnement favorable ou investisse lui-même. Une autre partie de la solution, c’est d’avoir des investisseurs privés et des partenaires tels que la BAD et les autres partenaires au développement pour les accompagner  dans la mise en place  de leurs projets.   

Question :  De quelle manière la BAD compte aider l’Afrique à émettre moins afin que les conséquences du changement climatique soient atténuées?

Réponse : Ce qui se passe ailleurs sur la planète nous affecte. Il est important que le dialogue concernant le comportement des différents pays industrialisés et en développement soit un dialogue qui cherche l’équité. L’Afrique ne peut pas être le seul continent qui va faire des efforts pour croître sans rien émettre.

Il faut un travail collaboratif à travers les différents pays sous l’égide, par exemple, du processus mené avec les Nations Unies. Il faut que les pays industrialisés aident les pays en développement à réaliser une croissance faible en carbone, en mettant en place les mécanismes et les flux de ressources concessionnels. Et là, la BAD est prête à être un partenaire privilégié des pays africains, mais il faut aussi que tous les pays du monde soumettent des objectifs réalistes qui aident à sauver la panète.

Question : Comment la BAD compte défendre la cause des pays africains?

Réponse : Nous travaillons avec toutes les institutions et avec les pays membres régionaux pour que la voix de l’Afrique soit entendue de manière cohérente. Il faut que l’Afrique soit partie prenante des solutions an amont pour amener des solutions qui conviennent à ses propres réalités. La BAD est bien positionnée pour accompagner les pays africains dans ce débat et dans cette lutte contre les effets néfastes du changement climatique, sans nuire au potentiel de développement durable pour l’Afrique.

Question : Avec la BAD, quelles sont les perspectives pour l’Afrique en matière d’énergie, d’environnement et de changement climatique?

Réponse : En 2009, la moitié de notre financement a été destiné au secteur énergétique. Il demeure un secteur clé. Dans le secteur des énergies renouvelables, nous avons un potentiel de projets d’un coût total de plus de 11 milliards USD, et qui sera mis en place dans les trois, voire cinq années à venir.