Interview avec M. Lucien Marie Noël Bembamba, Ministre de l’économie et des finances du Burkina Faso

05/06/2009
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Question : Selon vous, quel pourrait être le rôle de la BAD dans la résolution de la crise financière ?

Réponse : Permettez-moi de vous rappeler la conférence organisée par la Banque africaine de développement (BAD) et la Commission de l’Union africaine (CUA), le 12 novembre 2008 à Tunis, qui a regroupé des ministres chargés des finances et des gouverneurs des banques centrales d’Afrique autour du sujet relatif là la crise financière internationale. Nous avons salué cette initiative, qui nous a permis de passer en revue cette crise financière et d’étudier les possibilités d’atténuer son impact sur les économies africaines. Nous avons, en outre, abordé les implications de la crise sur l’architecture financière internationale et la conduite à tenir par nos économies face aux initiatives nouvelles en cours.

A cette occasion, nous sommes convenus d’approfondir les réformes économiques, convaincus qu’elles on été bénéfiques à nos pays, où elles se sont soldées par une solide stabilité macroéconomique et favorisé la croissance ainsi que la résistance aux chocs exogènes.

Par rapport à cette crise, la BAD étant notre institution, nous souhaiterions vivement d’une part, qu’elle renforce davantage son accompagnement pour la mise en œuvre de nos réformes économiques ; qu’elle soit notre porte-voix dans les instances qui se penchent, ou qui se pencheront, sur les questions et décisions liées à la gestion des différentes crises (crises énergétique, alimentaire, financière et économique) qui secouent le monde. Plus spécifiquement, elle doit se donner tous les moyens pour prendre en compte nos préoccupations et nos spécificités dans la redéfinition de l’architecture financière internationale en cours. D’autre part, nous souhaiterions qu’elle soutienne nos actions dans le domaine de la production, nos initiatives en faveur du secteur privé et l’intégration plus accrue de nos économies pour leur meilleure insertion dans l’économie mondiale ;  et qu’elle veille surtout à la mise en œuvre diligente des initiatives développées au profit de nos Etats et selon la célérité requise et la souplesse nécessaire.

Question : Sur quels secteurs souhaiteriez-vous que la BAD concentre ses appuis à votre pays ?

Réponse : Le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP) a été, ces dernières années, le cadre de référence pour les interventions des PTF, dont la BAD, et les autres acteurs de développement, accompagnant notre pays dans ses efforts de lutte contre la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations.

Le Gouvernement a engagé un exercice de révision en profondeur du CSLP qui va nous permettre de disposer début 2011 d’un nouveau cadre de référence en matière de développement, à savoir le « Document de Stratégie de croissance accélérée et de développement durable pour la période 2011-2015 ». Cet exercice s’appuie sur les acquis du passé et tient compte des mutations survenues au plan national et international pour impulser une nouvelle vision du développement basée sur des choix stratégiques en matière de politiques économiques.

Ainsi les priorités de développement en matière de lutte contre la pauvreté obéiront à un recentrage des interventions et la recherche de la synergie des actions dans le cadre de l’efficacité de l’aide. C’est pourquoi le Gouvernement engagera des discussions avec les autorités de la BAD pour que ses stratégies d’intervention dans notre pays s’alignent sur les orientations stratégiques et les priorités de notre politique de développement, à travers des appuis focalisés sur des actions notamment dans les domaines des infrastructures et des transports et l’appui au secteur privé, sur la base des avantages comparatifs de cette institution, notre institution.

Question : Monsieur le Ministre, peut-on connaître le point de vue du Burkina Faso sur la décentralisation de la BAD ?

Réponse : Nous saluons, à sa juste valeur, la décision de décentralisation prise par les autorités de la BAD, avec l’objectif ultime d’accroître l’efficience de ses appuis en vue d’améliorer leurs impacts sur les conditions de vie des populations.

Pour ce qui concerne le Burkina Faso, avec l’installation de la représentation de la BAD à Ouagadougou, en 2005, nous avons enregistré des acquis forts appréciables. Ainsi, nous avons observé que cette présence a permis, entre autres, à la BAD de pouvoir participer au dialogue politique permanent instauré entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers et de favoriser le processus d’harmonisation des interventions et des procédures avec les autres partenaires. Deuxièmement, d’améliorer les performances globales du portefeuille, grâce à la proximité qui a favorisé le suivi rapproché et régulier des opérations et une concertation permanente entretenue autour des difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre. C’est grâce notamment à l’amélioration de cette performance que notre pays a bénéficié d’une augmentation de 47,5 % de l’enveloppe qui lui a été allouée  suite de l’exercice de mise à jour annuelle des allocations pays pour le FAD XI. Ceci a dégagé des ressources supplémentaires pour financer des actions de développement.

Enfin, cette présence a permis de réduire de plus de la moitié les délais moyens de traitement des dossiers d’acquisition.

Toutefois, au regard des ambitions du gouvernement en matière d’objectifs de développement et de l’obligation de résultats, des efforts restent toujours à faire et nous devons œuvrer davantage ensemble pour renforcer nos relations de coopération, consolider les acquis et rendre notre portefeuille toujours plus performant. C’est pourquoi, notre souhait est que le processus de décentralisation se poursuive et se renforce. A cet effet, nous encourageons la direction de la Banque à renforcer la délégation d'autorité de ses bureaux extérieurs pour les rendre plus opérationnels en leur accordant un pouvoir décisionnel suffisant et en les dotant de ressources humaines, matérielles et financières conséquents.


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