Entretien avec Mme Maïmouna Dabo-Diouf, présidente du Conseil du personnel de la Bad - « Sur 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes »

07/03/2008
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Entretien avec Mme Maïmouna Dabo-Diouf, présidente du Conseil du personnel de la Bad - « Sur 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes »

Question: Souscrivez-vous à l’idée selon laquelle les femmes incarnent le visage de la pauvreté en Afrique ?

Réponse: Ceci est vrai non seulement en Afrique mais aussi dans d’autres parties du monde. En Afrique, les femmes incarnent le visage de la pauvreté puisqu’il n’y a pas si longtemps que leur scolarisation a été prescrite en masse. De par leur position dans la société africaine et certaines traditions, les femmes ont toujours été relayées au second plan. Et, c’est même à cause de l’Afrique qu’à l’heure actuelle on utilise le terme de féminisation de la pauvreté dans la communauté internationale. En effet, sur 170 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en Afrique subsaharienne, 70 % sont des femmes, essentiellement rurales, estime l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En 2007, le nombre de réfugiés a décuplé et 80 % sont des femmes et des enfants. A ce titre, pourquoi les femmes africaines incarnent-elles la pauvreté ? La raison fondamentale est qu’elles ont un accès limité aux ressources, à la terre cultivable, au commerce, à l’industrie, et aux postes de responsabilité.  Ainsi, leurs préoccupations quotidiennes tournent plutôt autour des stratégies de survie et de santé. Autre préoccupation vitale aujourd’hui, des millions de femmes n’ont pas accès aux soins de santé maternelle qui pourraient sauver leur vie. Car avec leur mauvais état nutritionnel d’avant la grossesse, et des soins de santé inadéquats, inaccessibles ou trop chers, sans compter le manque d’hygiène et de soins pendant l’accouchement, les maternités à risque se multiplient. Dans le contexte actuel de féminisation de la pauvreté, le cercle vicieux s’élargit pour englober de plus en plus de femmes, en même temps qu’il se referme sur elles dans une dynamique de précarisation continue.  En outre, un des principaux avatars de la féminisation de la pauvreté est la vulnérabilité des femmes africaines face à des fléaux comme le VIH/Sida, les guerres et leur lot de viols des femmes car ce ne sont plus les soldats qui meurent au front mais les femmes qui sont violées, mutilées et abandonnées pendant les périodes de conflit armé.

Question: Que suggéreriez-vous sur ce que pourrait faire la banque pour améliorer le sort des femmes africaines ?

Réponse: Je plaide pour que la banque: augmente le nombre de femmes dans les départements des projets ; accentue la scolarisation et favorise l’éducation continue des filles ;  mette en place des microcrédits pour les femmes; octroie des bourses d’études spéciales aux filles pour encourager l’excellence  et accorde une priorité aux centres de santé pour que plus jamais, les femmes africaines ne meurent en donnant la vie. D’autre part, mon rêve serait que la banque  encourage l’élaboration d’une plateforme visible de jeunes femmes africaines engagées et formées pour le plaidoyer et l’avancement de la femme dans son environnement Car à mon avis la solution aux problèmes des femmes se trouve en elles.


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Speaker

Nom: Maimouna Dabo-Diouf Titre: Staff Council Chairperson