Entretien avec le Secrétaire Exécutif de l’Association pour le Développement de l’Education en Afrique (ADEA), Ahlin Byll-Cataria

25/02/2011
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ADEA inter

«L’ADEA mise beaucoup sur la Triennale 2011 pour débattre en profondeur - et avec toutes les parties prenantes du développement - des réformes à entreprendre pour bâtir des systèmes éducatifs et de formation réellement efficaces et pertinents, au service du développement durable de l’Afrique.»

Conférence mondiale la plus importante sur l’éducation en Afrique, la Triennale aura lieu, en 2011, à Ouagadougou, au Burkina-Faso.  A neuf mois de l’événement, M. Ahlin Byll-Cataria fait le point sur ses enjeux de cet évènement. Il affirme avec grand espoir : «L’atout de l’Afrique réside dans sa jeunesse et dans le dynamisme de sa population». Cinq questions-réponses pour faire le point…

Question  : M. le Secrétaire exécutif, pouvez-vous nous présenter très brièvement et nous rappeler succinctement la mission de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), installée depuis 2008 à la BAD ?

Réponse : L’ADEA, composée de tous les ministères africains de l’éducation et de la formation et de 19 organismes et fondations de développement – dont la BAD – est avant tout un forum pour le dialogue sur les politiques éducatives. Ce dialogue, que l’ADEA promeut entre ministres africains de l’éducation, organismes de coopération et de développement et autres acteurs, est nécessaire pour relever les défis qui se posent à l’éducation en Afrique. Au sein de l’ADEA, les ministres de l’éducation et leurs partenaires internes et externes échangent des savoirs et des expériences et développent des visions partagées sur les défis qui se posent et sur les stratégies à mettre en œuvre pour les relever. La mission de l’ADEA est d’agir comme catalyseur de réformes à travers la mutualisation des réflexions, des expériences, des apprentissages et ses savoirs.  

Question  : L’ADEA prépare un événement important : la Triennale 2011, qui portera sur  l’éducation et la formation pour le développement durable. Pourquoi ce thème et quels en sont les enjeux pour l’Afrique ?

Réponse : Le thème de la Triennale 2011, «Promouvoir les connaissances, compétences et qualifications critiques pour le développement durable de l’Afrique : comment concevoir et édifier une réponse efficace des systèmes d’éducation et de formation» revêt une grande importance pour le développement de l’Afrique. Notre continent est perçu aujourd’hui comme un continent d’avenir. Il dispose en effet d’énormes ressources naturelles pour satisfaire non seulement ses propres besoins, mais également ceux d’autres régions du monde. La jeunesse et le dynamisme de sa population sont considérés comme des atouts importants.

Cependant, il ne suffit pas de disposer de toutes ces ressources naturelles pour que le développement du continent africain soit automatiquement assuré. Encore faut-il disposer des connaissances, des compétences critiques et des qualifications nécessaires pour transformer nos ressources naturelles et bâtir des économies répondant en priorité aux besoins de nos sociétés, tout en tirant profit des opportunités qu’offre la mondialisation. Encore faut-il que les systèmes d’éducation et de formation répondent aux besoins réels de nos pays et tiennent compte des réalités sociales, économiques, culturelles et politiques de l’Afrique et favorisent l’insertion socio-professionnelle des jeunes dans leur communauté, avec de réelles perspectives d’avenir. Le thème de la Triennale est par conséquent au cœur même du développement de notre continent et touche tous les secteurs. Notre défi sera de parvenir  à véritablement impliquer les différents acteurs de développement dans une réflexion globale sur le lien entre éducation-formation et développement durable et de faire de cette Triennale un moment privilégié de questionnements, d’introspection et de visions prospectives communes sur l’avenir du continent. Notre pari, c’est que la Triennale – en nous permettant d’analyser tout le potentiel dont dispose l’Afrique, et en définissant avec précision, le rôle de l’éducation-formation dans l’exploitation de ce potentiel – constituera un moment d’espoir et de confiance en l’avenir, surtout pour les jeunes et les populations les plus défavorisées.

Question  : Avec la plus forte croissance démographique du monde, l’Afrique subit une pression considérable pour la réalisation des objectifs d’éducation pour tous (EPT). Comment l’ADEA réagit et agit-elle face à ce constat ?

Réponse : Aider les gouvernements africains dans leur réflexion sur la manière de faire face à la croissance de la demande éducative à tous les niveaux fait partie de nos préoccupations. A travers les activités de ses neuf (9) groupes de travail, l’ADEA explore, avec ses différents partenaires, les différentes voies qui permettent aux pays africains de tenir compte de la diversité des besoins en éducation et de proposer une offre diversifiée.

Les nouvelles opportunités que nous offrent les technologies de l’information et de la communication (TICE) sont prises en compte dans cette réflexion relative à la réalisation des objectifs EPT.

Question : Récemment, vous avez déclaré : «Aucune autre institution en Afrique n’investit autant que la BAD dans l’éducation». Quel bilan faites-vous de votre coopération avec la BAD ?

Réponse : La BAD n’est pas uniquement une institution hôte pour l’ADEA. Elle est membre à part entière de l’ADEA mais son statut privilégié d’organisation régionale, se focalisant uniquement sur le développement du continent africain, fait d’elle un partenaire privilégié de l’ADEA. A ce titre, nous cherchons à développer une synergie et une complémentarité avec la BAD, dans les activités ayant trait à l’éducation et à la formation. Le bilan de notre coopération est jugé plutôt positif. Notre objectif est de développer davantage de synergies ces prochaines années en ce qui concerne la réflexion stratégique sur le développement des compétences techniques et professionnelles, la science, la technologie et l’innovation et le développement des capacités au niveau des pays.

Question : Quels liens l’ADEA entretient-elle avec l’Union africaine, qui a lancé en 2006 un plan d’action pour la Deuxième décennie de l’éducation pour l’Afrique ?

Réponse : L’ADEA coopère étroitement avec l’Union africaine depuis de longues années. A leur dixième sommet, les chefs d’Etat de l’Union africaine ont invité tous les Etats membres à adhérer à l’ADEA. Les bureaux des ministres de l’éducation de l’Union africaine (COMEDAF) et de l’ADEA ont été fusionnés.

L’UA et l’ADEA sont unis par un protocole d’accord depuis 2008 et l’ADEA, qui a accumulé une expertise dans les huit domaines d’action prioritaires du plan d’action de la Deuxième décennie, joue un rôle majeur dans sa mise en œuvre.

Question : Dites-nous concrètement quel rôle l’ADEA y a joué…

Réponse : Je citerai notamment l’appui apporté par notre Groupe de travail sur la gestion de l’éducation et l’appui aux politiques (GTGEAP) dans la mise en place de l’observatoire de l’Union africaine et le développement et l’harmonisation des systèmes d’information pour la gestion de l’éducation (SIGE) au niveau continental. Je mentionnerai également l’appui de notre Groupe de travail sur le développement de la petite enfance (GTDPE), qui a été le fer de lance du développement de la petite enfance (DPE) en Afrique et dont les activités de plaidoyer et d’analyse ont abouti à son adoption, par l’Union africaine, comme huitième domaine d’action prioritaire de sa Deuxième décennie de l’éducation. Une autre activité et non des moindres qui a nécessité notre appui, c’est celui apporté par notre Groupe de travail sur l’enseignement supérieur (GTES), actuellement logé au sein même de la Commission de l’Union africaine pour les ressources humaines, les sciences et la technologie, et qui accompagne la commission dans sa politique d’enseignement supérieur, notamment l’initiative de l’université panafricaine.