Entretien avec le vice-président Mandla Gantsho - Journée internationale de la femme 2009

04/03/2009
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« L’égalité entre les hommes et les femmes est une condition nécessaire au développement durable et sa réalisation requiert la participation de tous », dit le vice-président Mandla Gantsho dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la femme. Le slogan adopté par la Banque, à cette occasion, est « hommes et femmes ensemble pour le développement ».


Question - On sait que vous êtes à la tête du Groupe de travail de la BAD sur le genre depuis mai 2008. Quels sont le mandat et les principaux objectifs du Groupe ?

VP Gantsho - Le Groupe de travail sur le genre avait pour mandat de concevoir des plans d’action visant à promouvoir la problématique hommes-femmes au sein de la Banque et dans les opérations de l’institution, ainsi qu’à renforcer le partenariat aux niveaux régional et des pays membres régionaux, afin d’assurer et de généraliser la parité hommes-femmes. Grâce aux mesures proposées, la Banque pourra traduire ses aspirations en matière d’égalité entre les hommes et les femmes en engagements concrets qui produisent des résultats.

Le Groupe de travail a élaboré trois plans d’action devant être entrepris aux niveaux de l’institution, des programmes, des projets et des pays membres régionaux. Ces plans d’action ont bénéficié du soutien total du président Donald Kaberuka et reçu l’approbation du Conseil.

Le Groupe est heureux de constater qu’en peu de temps, nombre des mesures proposées ont été mises en œuvre. À titre illustratif, une unité organisationnelle indépendante chargée des questions du genre a été créée et placée sous l’autorité directe du vice-président. Le règlement du personnel a été modifié pour permettre le recrutement des conjoints sur la base de principes de transparence, de qualification professionnelle et de prévention des conflits d’intérêts. Des efforts sont actuellement déployés pour veiller à ce qu’un nombre égal d’hommes et de femmes figurent sur toutes les listes de candidats présélectionnés à des fins d’entretiens de recrutement. Par ailleurs, nous arrêtons définitivement les modalités de mise en œuvre du Prix du Président à la femme africaine entrepreneur. Ce prix récompenserait les femmes entrepreneurs novatrices, promouvrait les modèles d’entreprenariat féminin à imiter, et encouragerait l’innovation en Afrique.


Question - La Banque reconnaît depuis longtemps que l’égalité entre les hommes et les femmes est une condition préalable au développement durable en Afrique. Quels sont ses acquis à cet égard aux niveaux de l’institution, des programmes et des projets ?

VP Gantsho - L’approbation de la politique d’égalité entre les hommes et les femmes de la Banque a favorisé la prise en compte de la problématique hommes-femmes dans plusieurs documents d’orientation adoptés depuis 2001, tels que :

Le Document de stratégie en matière de lutte contre le VIH/SIDA (2001), qui met en exergue les facteurs exacerbant la vulnérabilité des femmes au VIH/SIDA, comme la pauvreté et le mariage précoce.

La Politique en matière d’environnement (2004), qui reconnaît que les femmes ont un rôle essentiel à jouer dans la protection et la gestion de l’environnement et que leur pleine participation et libre accès aux ressources naturelles sont indispensables au développement durable.

La Politique de réduction de la pauvreté (2004), qui tient compte du fait que la répartition du fardeau de la pauvreté entre hommes et femmes n’est pas égale et que les inégalités entre les hommes et les femmes en matière d’accès aux actifs de production et aux renseignements amoindrissent la contribution des femmes à la croissance favorable aux pauvres en général et à la production agricole en particulier.

La Politique en matière de microfinance (2006), qui recommande une approche à trois volets de l’autonomisation des femmes couvrant : la connaissance de l’environnement économique, social et culturel ; la formation technique et en commercialisation ; et la création de solides groupes de soutien mutuel.

Dans le domaine des opérations, les interventions de la Banque dans les pays membres régionaux se caractérisent par une approche à double volet. Ses investissements dans ces pays visent à doter les femmes des moyens de se prendre en main, et à produire des résultats en matière d’égalité entre les hommes et les femmes dans le cadre d’un éventail de projets (relatifs à la lutte contre la pauvreté, à l’agriculture, aux infrastructures, à l’éducation et à la santé) qui appuient d’innombrables objectifs. Parallèlement, quelques-uns des projets ciblés qui se concentrent sur des questions ou des secteurs essentiels pour l’autonomisation des femmes et des filles sont également mis en œuvre.

Pour assurer une institutionnalisation efficace de la parité hommes-femmes dans les programmes et les projets, il a été mis en place un nombre d’outils, dont les suivants :

Les Documents de stratégie-pays axés sur les résultats, qui requièrent des stratégies concrètes d’égalité entre les hommes et les femmes et d’autonomisation des femmes, comme indiqué dans le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, la politique en matière de genre ou le plan d’action national pour l’égalité entre les hommes et les femmes de chaque pays, le cas échéant.

Les profils multisectoriels de genre par pays, qui ont été élaborés pour plusieurs pays dont la Sierra Leone, le Niger, l’Éthiopie, le Mozambique, le Malawi et la Tanzanie, la Namibie, l’Ouganda et le Lesotho. Ces profils sont conçus pour promouvoir la mise en lumière des politiques d’égalité entre les hommes et les femmes et des interventions programmatiques susceptibles de produire d’importants résultats en matière de réduction de la pauvreté, de croissance économique et de développement durable dans chacun des pays membres régionaux.

Le cycle des projets. Lors de la conception des projets, il convient d’énoncer les mesures visant à promouvoir l’équité dans la participation des femmes et des hommes aux activités prévues et dans les bénéfices que les unes et les autres en tirent. Les projets doivent par exemple définir les objectifs relatifs à l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment dans le cadre logique, et indiquer la nécessité de désagréger les données de référence sur les hommes et les femmes dans les cas où les données sont incomplètes ou insuffisantes.

Les directives concernant la parité hommes-femmes et les listes de vérification, qui ont été établies pour les secteurs de l’infrastructure, de l’enseignement supérieur et des services de santé. Ces listes se veulent des outils simples à utiliser qui aident les chefs de projet à s’attaquer à quelques-unes des questions pertinentes liées à la prise en compte systématique de la problématique hommes- femmes dans la conception des projets et des programmes, afin d’assurer la qualité en amont et la durabilité des investissements de la Banque. Les listes de vérification de la prise en compte de la parité entre les hommes et les femmes dans les secteurs de la gouvernance, de l’alimentation en eau et de l’assainissement en milieu rural et de l’agriculture sont attendues incessamment.

Focalisation sur les résultats. L’élaboration des indicateurs de base concernant l’égalité entre les hommes et les femmes dans les secteurs prioritaires de la Banque sera bientôt achevée. Ces indicateurs aideraient les chefs de projet à veiller à ce que la conception des programmes soit axée sur les résultats et que les réalisations en matière de genre ainsi que les mécanismes de suivi et d’évaluation y afférents soient intégrés au stade de la conception des projets et des programmes.


Question - Quelles sont les perspectives d’avenir ?

VP Gantsho - Dans l’ensemble, force est de reconnaître que des progrès ont été accomplis sur le plan de l’institutionnalisation de l’égalité entre les hommes et les femmes au sein de la Banque. Cela dit, il reste encore beaucoup à faire pour que ces progrès soient d’une portée assez vaste et importante pour permettre d’atteindre les objectifs visés.

Le véritable défi que nous devons tous relever consiste à continuer de rendre concrète la parité hommes-femmes dans la structure, les ressources, les méthodes de travail et les approches de l’institution. Pour atteindre cet objectif, nous devons faire davantage pour encourager une culture de l’égalité entre les hommes et les femmes, plus de responsabilité et une action mieux axée sur les résultats à tous les niveaux, ainsi que pour renforcer les capacités techniques et accroître les ressources humaines et financières requises pour institutionnaliser efficacement la parité hommes-femmes.


Question -  Avez-vous un message particulier à transmettre à nos lecteurs ?

VP Gantsho - J’aimerais que nous nous souvenions tous que l’égalité entre les hommes et les femmes est une condition nécessaire au développement durable et que sa réalisation requiert la participation de tous.

Je tiens par ailleurs à exprimer ma gratitude à tous les collègues — hommes et femmes — pour les efforts qu’ils déploient sans relâche afin d'assurer une équité et une égalité effectives à tous les niveaux. Je voudrais remercier tout particulièrement le président Donald Kaberuka pour son engagement et son inestimable appui en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes au sein de la Banque et dans ses opérations.