Investir dans l’éducation et les compétences pour une croissance inclusive

05/11/2012
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L’éducation est le plus sûr moyen de faire profiter et participer tous les segments de la société à la croissance et à la transformation économiques.

C’est un avis partagé par de nombreux économistes et chefs de file dans le domaine des affaires et du savoir rassemblés la semaine dernière dans la capitale rwandaise , Kigali, pour assister à la 7ème édition de la Conférence économique africaine organisée par la Banque africaine de développement en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique pour l’Afrique.

Les pays africains doivent donc, non seulement investir davantage de ressources dans leur secteur de l’éducation, mais ils doivent également revoir leurs systèmes et leurs programmes afin de répondre aux exigences du marché du travail.

« Une des mesures les plus importantes à mettre en œuvre en termes d’inclusion est de faire bénéficier les enfants des familles très pauvres, d’une éducation de qualité, car c’est de cette  manière que les enfants arrêteront d’hériter des conditions de vie de leurs parents. Une fois que vous avez mis cette mesure en œuvre, vous avez enrayé ce processus de transmission », a affirmé Donald Kaberuka, président de la BAD.

« Nous sommes tous ici présents issus de familles différentes, certaines pauvres, d’autres riches, d’autres mêmes sans revenus du tout, car nous avons reçu une éducation de qualité. Nos enfants ont peu de chances d’hériter des conditions de leurs grands-parents.»

« S'il y a donc une chose à laquelle je crois vraiment, c'est bien cette idée de veiller à ne pas transmettre la pauvreté de génération en génération. Vous n’y arriverez pas par le biais du gaz, du pétrole, de l’aluminium et des minerais. Mais bien en investissant ces ressources dans l’éducation, » a jouté M. Kaberuka.

L’éducation, le capital social et des institutions efficaces sont les trois facteurs clés expliquant la taille croissante de la classe moyenne en Afrique, qui, selon les conclusions d’une synthèse de données recueillies par le biais d’études sanitaires et démographiques dans 42 pays dans les années 1990 et 2000, a augmenté de cinq pour cent dans les années 90 à quinze pour cent dans les années 2000.

« Si vous êtes conseiller auprès d’un gouvernement, je vous enjoins à lui dire d'injecter des fonds dans l'éducation et la santé, car cela permettra de changer les choses, » a déclaré Abebe Shimeles, directeur de la division de recherche de développement à la BAD, dans un document rédigé en collaboration avec le professeur Mthuli Ncube, économiste en chef à la BAD, à partir des données de ces études.  

« C’est une vérité universelle ; grâce à l’éducation il est possible de briser le cycle de pauvreté intergénérationnelle. La preuve en est éclatante ; les personnes les mieux éduquées ont une meilleure situation quelle que soit la perspective adoptée » a jouté Shimeles.

Bien que la population africaine, qui est jeune dans sa majorité, soit davantage et mieux éduquée aujourd’hui qu'à n’importe quel moment de l’histoire du continent, le rapport 2012 de Perspectives économiques en Afrique conclut que l’inadéquation entre les qualifications obtenues et les compétences requises par les marchés du travail des différents pays fait que la main d’œuvre grandissante du continent, estimée à un milliard d’ici 2040, a peu de chance de trouver un emploi significatif.

Ce rapport, produit conjointement  par la BAD, le PNUD, la CEA et l’OCDE, attribue cette inadéquation à l’absence de rapprochements entre les systèmes éducatifs et les employeurs, les systèmes universitaires axant traditionnellement l’éducation en faveur d’un emploi dans le secteur public sans envisager d’adapter leurs programmes aux besoins africains.

« Les diplômés dans les domaines techniques tels que l’ingénierie et l'informatique ont moins de difficultés à trouver un emploi que les diplômés en sciences sociales ou humaines. Parallèlement, ces deux derniers domaines enregistrent un nombre beaucoup plus élevé d’inscriptions et de diplômés » note ce rapport.

« Selon les agences africaines de recrutement et de travail temporaire, les secteurs où il est le plus difficile de trouver des candidats avec une éducation tertiaire sont ceux qui exigent des qualifications techniques, tels que les industries extractives, la logistique, les industries chimique et pharmaceutique, la manufacture en général et l’agroalimentaire » peut-on lire dans ce rapport.

En d’autres termes, comme nombre d’entre eux tentent déjà de le faire, les gouvernements africains doivent inciter leurs universités à répondre aux besoins de main d’œuvre spécifiques de leur pays en améliorant la quantité et la qualité de l’éducation dans les domaines techniques et l’agriculture. De plus, ils doivent élargir l’éducation de niveau secondaire car les débouchés avec seulement une éducation primaire sont faibles.

« L’éducation de qualité n’est pas un concept complexe. Il existe des examens internationaux pour vérifier la performance des enfants en mathématique et en sciences basiques et, à ce jour, les Asiatiques sont en tête. Ce n’est donc un secret pour personne de quel type d’éducation les pays ont besoin, » ajoute Shimeles.

Selon lui, la BAD mène une étude dans certains pays africains dans le but d’orienter son plaidoyer envers des réformes dans les systèmes éducatifs africains qui répondent aux demandes du secteur privé. Ce dernier représente en effet la plus grande promesse de débouchés pour la main d’œuvre naissante du continent.