Financement de l’investissement en Afrique

24/05/2006
Share |

Financement de l’investissement en Afrique

Le président Kaberuka plaide pour l’amélioration du climat des affaires et la poursuite des réformes économiques

  • Les réformes économiques menées depuis 25 ans commencent à porter leurs fruits
  • Les PME sont les plus grands créateurs d’emplois en Afrique

Kigali, le 24 mai 2006 – S’adressant à un parterre d’hommes d’affaires, d’investisseurs et de financiers réunis à Kigali pour la 3e conférence nationale de l’investissement, le président Kaberuka a estimé que les conditions pour l’investissement en Afrique s’amélioraient mais qu’il fallait aussi persévérer dans les efforts d’amélioration du climat des affaires et dans la poursuite des réformes économiques.

Invité à s’exprimer sur le thème « Où trouver les liquidités ? L’ingénierie financière au service de l’investissement et de la croissance », le président du Groupe de la Banque africaine de développement a rappelé que les opérateurs économiques africains se demandaient bien souvent où trouver les ressources pour financer le développement de leurs activités alors qu’en réalité « le challenge n’est pas tant de trouver l’argent, mais de créer les conditions qui permettraient à l’Afrique d’accéder à l’excès de liquidités qui circule dans le monde. »

Une partie de cet excès se dirige vers d’autres régions du monde. La Chine, par exemple, capte à elle seule 50 milliards de dollars par an de cet excédent en quête de placement ; l’Inde en capte 5 milliards, alors que les investissements directs ciblant l’Afrique se concentrent essentiellement dans le secteur de l’extraction pétrolière ou minière.

Pourtant, plaide M. Kaberuka, jamais l’Afrique n’a été en meilleure position depuis quelques années pour séduire les investisseurs. Ainsi, la plupart des conflits armés qui ravageaient le continent (au nombre de six il y a quelques années seulement) se sont pratiquement tous éteints, sans compter que la gouvernance est en train de s’enraciner partout dans le continent. Quant aux indicateurs économiques, ils ont le vent en poupe, avec une croissance moyenne s’établissant à 5,5 % dans le continent – supérieure à la croissance démographique, mais encore insuffisante pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.

Ces performances, analyse le président de la BAD, ne sont pas à mettre au seul actif de la vigueur d’une économie mondiale soutenue par la hausse des cours des matières premières. A preuve, la croissance profitant même aux pays africains non producteurs de pétrole, qui enregistrent une croissance moyenne de 4,5 %.

« C’est là le résultat de 25 années de réformes économiques, qui commencent à donneur leurs fruits », explique M. Kaberuka. Ces réformes mettent du temps à donner des résultats ; or, observe le président de la BAD, les pays africains n’ont souvent pas le souffle pour maintenir dans la durée ces réformes, cédant à la pression de l’immédiat.

Cela étant, l’étroitesse des marchés africains dissuade encore les investisseurs de considérer l’Afrique comme un grand marché, bien que sa population doive bientôt dépasser le milliard d’habitants. Aussi importe-t-il, recommande le président Kaberuka de poursuivre les politiques de convergence macroéconomique dans la région pour arriver à un vaste ensemble économique, renforcé par l’intégration des infrastructures économiques (routes, électricité…).

L’amélioration du climat de l’investissement passe également, observe M. Kaberuka, par une prise en compte accrue de la petite et moyenne entreprise dans le processus de création de richesses. Ce sont les PME voire les très petites entreprises qui sont les plus grands pourvoyeurs d’emploi. Dans le même temps, elles sont en bute à des difficultés qui les empêchent de se développer: accès difficile à des financements à long terme, faibles garanties… Le président Kaberuka a souligné à ce propos que la BAD avait développé une panoplie d’instruments financiers permettant de prendre en considération les besoins des PME.

Le même intérêt devrait être accordé à la diaspora africaine, dont les transferts constituent des ressources très importantes, de surcroît souvent stables. « A 1,8 milliard de $ par an, les transferts de fonds de la diaspora ghanéenne sont supérieurs aux recettes de l’exportation des produits traditionnels », illustre M. Kaberuka. A l’échelle du continent, les transferts de la diaspora atteignent 12,5 milliards de $, soit plus que les paiements au titre de l’aide internationale ! Reste maintenant à canaliser ces ressources dans un système organisé.

Pour accompagner les pays dans leurs efforts d’attraction de l’investissement, le président Kaberuka a lancé une série de réformes institutionnelles et stratégiques destinées à renforcer l’appui que l’institution fournit à ses pays membres régionaux. Ces réformes, approuvées par les ministres des Finances des 77 pays membres de la BAD lors de leurs assemblées annuelles qui viennent de se tenir à Ouagadougou les 17 et 18 mai, prévoient entre autre mesures un accent particulier sur l’infrastructure, le secteur privé et l’intégration régionale. Une vice-présidence a ainsi été créée pour s’occuper spécifiquement de ces secteurs.

Au cours de son intervention, qui s’inscrit dans le cadre d’une visite officielle de quatre jours au Rwanda, le président Kaberuka a félicité le gouvernement rwandais pour ses efforts destinés à créer les conditions propices à l’attraction des investissements, estimant que le pays était en passe de réussir dans cette voie.

La visite officielle de M. Donald Kaberuka prévoit une série d’audiences avec les plus hautes autorités de l’Etat et de réunions de travail avec un certain nombre de départements ministériels. Elle sera également marquée par une visite sur le terrain de projets financés par la BAD ainsi que par l’inauguration du bureau national de la BAD au Rwanda. Le président aura par ailleurs des entretiens avec les partenaires au développement, les représentants du secteur privé, la société civile, le corps diplomatique et la presse.

Le forum de l’investissement du Rwanda a été ouvert le lundi 22 mai par le président de la République du Rwanda Paul Kagame. Plateforme d’échanges entre les opérateurs économiques et de facilitation de l’investissement au Rwanda, la conférence de l’investissement en est à sa troisième édition.


Contact

Chawki Chahed Téléphone: +216 71 10 27 02