Le Japon choisit la BAD pour mener un ambitieux programme de développement des infrastructures en Afrique

27/08/2016
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En visite à Nairobi, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a annoncé le lancement d’un ambitieux programme de développement d’infrastructures pour l’Afrique qui sera mis en œuvre par la Banque africaine de développement (BAD). Financé par le Japon, ce programme permettra de réaliser des investissements d’un montant de 10 milliards de dollars EU en faveur des infrastructures de l’Afrique au cours des trois prochaines années, ce qui rehaussera la stature de la BAD en sa capacité d’institution financière basée à Abidjan dans le développement économique de l’Afrique.

Ce programme d’investissement dans les infrastructures sera axé sur la modernisation du réseau électrique, de l’équipement de production électrique et des systèmes de transport urbain permettant d’améliorer les connexions en Afrique.

« Dans le cadre de cette initiative, le Japon affectera environ 10 milliards de dollars EU à la construction d’infrastructures en Afrique au cours des trois prochaines années. Une partie de ces investissements sera exécutée dans le cadre de notre coopération avec la Banque africaine de développement », a dit M. Abe devant des leaders africains, réunis samedi à la Sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VI) à Nairobi.

Le Premier ministre japonais a précisé que ce programme d’appui vise notamment à accroître la capacité de génération électrique à raison de 2 000 MW et à développer la production d’électricité géothermique en utilisant des technologies japonaises. Cette augmentation de la puissance électrique disponible devrait profiter à trois millions de ménages d’ici à 2022.

« Il sera nécessaire de développer des routes et des ports. Ces infrastructures devront obligatoirement être de qualité. Au sommet du G7, nous avons été unanimes sur ce point. Cette question a été explicitée dans les Principes d’Ise-Shina du G7 pour des investissements de qualité dans l’infrastructure », a dit M. Abe.

Le Japon s’est engagé à collaborer avec les leaders africains vers la réalisation d’objectifs de développement sur la base d’un ensemble de principes de qualité, de résilience et de stabilité. Le principe de qualité portera en premier lieu sur la construction d’éléments infrastructurels, inspirée de l’éthique du travail japonais préférée, dite du kaizen, ou de l’« apprentissage continu ».

Il s’agit d’un système visant à faire progresser l’industrialisation de l’Afrique par le biais d’une meilleure productivité. L’élément de productivité concerne aussi un travail collectif de nature à relever les moyens d’action de contremaîtres d’usine, de chefs d’exploitation et de responsables de site de travail dans le cadre d’un prochain plan appelé « African Business Education Initiative for Youth » (ABE – Initiative africaine de formation professionnelle pour les jeunes). Ce projet permettra à de jeunes cadres d’entreprise africains d’étudier au Japon. Le Japon vise ainsi à former au moins 1 500 experts.

Le Japon s’est également engagé à faire profiter les industries africaines des avancées de ses propres politiques nationales en matière d’éducation. Il espère pouvoir faire bénéficier des étudiants africains de son système éducationnel en donnant à des ingénieurs l’occasion d’apprendre dans ses kosen, ou « collèges de technologie ». Le but visé est de former au moins 30 000 ingénieurs par ce système afin d’appuyer les fondements de l’industrialisation de l’Afrique.

Tenu pour la première fois sur sol africain, à Nairobi, le sommet de la TICAD a attiré plusieurs dirigeants africains et chefs d’institutions internationales de développement, y compris M. Akinwumi Adesina, président de la BAD.

Celui-ci a été très clair sur la nécessité de bien comprendre les défis de l’Afrique en matière de développement et la contribution que les intellectuels du continent ont à apporter pour faire progresser le développement dans différents domaines.

« Pour diriger, il faut savoir ce qui ne fonctionne pas. Nous avons discuté des moyens de relever la productivité à travers l’Afrique au niveau des chaînes de valeur agricoles. Nous avons entrepris d’augmenter la production, mais il nous manque toujours les capacités politiques pour le faire. Nous devons aussi mobiliser les capacités financières », a déclaré M. Adesina au cours d’une rencontre en marge du sommet de la TICAD.

« L’orientation à adopter pour le développement de l’Afrique est parfaitement claire. Les intellectuels de l’Afrique doivent délaisser les théories pour se tourner vers les solutions pratiques », a-t-il souligné.

Au cours des discussions d’experts du sommet de la Sixième TICAD, davantage d’accent a été placé sur le développement du secteur agricole, afin que l’Afrique ait l’occasion de développer ses capacités industrielles. Mais des inquiétudes se manifestent à propos du coût élevé de développement des infrastructures, et il sera nécessaire de fournir des garanties contre les risques politiques auxquels les investisseurs vont probablement être exposés.