L'emploi des jeunes au cœur de la dynamique du maintien de la croissance économique et de la cohésion sociale en Afrique

28/05/2012
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Compte tenu du fait que le nombre de jeunes en Afrique est appelé à doubler d'ici 2045, il est impératif que les pays africains donnent une nouvelle impulsion à la création d'emplois en aidant la jeunesse à acquérir de nouvelles compétences. C'est l'une des recommandations principales du rapport annuel sur les Perspectives économiques en Afrique 2012, publié le 28 mai 2012 à Arusha,  dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

« La création d'emplois productifs pour les jeunes Africains, dont la population est en rapide augmentation, est certes un immense défi mais c'est aussi la clé de la prospérité future du continent », affirment les auteurs, en avant-propos de l'ouvrage.

Conjointement préparé et publié par la BAD, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le rapport souligne que les jeunes sont une opportunité pour la croissance économique future de l'Afrique.

Entre 2000 et 2008, malgré des taux élevés de croissance économique, considérés parmi les plus performants au plan mondial, et en dépit d'une jeunesse mieux formée, l'Afrique n'a créé que 16 millions d'emplois pour ses jeunes de 15 à 24 ans.

Aujourd'hui, les jeunes représentent 60 pour cent des chômeurs du continent, soit 40 millions d'individus à la recherche d'un emploi, dont 22 millions, des femmes pour la plupart, ont définitivement baissé les bras.

« Le continent connaît désormais un nombre croissant de personnes sans emploi», explique Mthuli Ncube, économiste en chef et vice-président de la BAD. « Cette situation paraît d'autant plus inacceptable que l'Afrique dispose d'un potentiel impressionnant de jeunesse, de talents et de créativité », a-t-il precisé.

Le rapport  indique que les chiffres du chômage des jeunes devraient continuer d'augmenter à moins que l'Afrique ne réagisse rapidement en faisant de l'emploi des jeunes une priorité, afin de transformer son capital humain en opportunité économique. D'autre part, les jeunes peuvent constituer une menace non négligeable à la cohésion sociale et la stabilité politique dès lors qu'ils n'arrivent pas à bénéficier de conditions de vie décentes.

Une croissance élevée ne suffit pas à elle seule à créer de l'emploi productif. Le rapport souligne que le chômage des jeunes résulte en grande partie d'un déficit qualitatif dans les pays à revenu faible et d'un problème quantitatif dans les pays à revenu intermédiaire.

« Dans les pays à faible revenu, la plupart des jeunes travaillent mais n'arrivent pas  à s'affranchir de la pauvreté. D'autre part, dans les pays africains à revenu intermédiaire tels que l'Afrique du Sud ou les pays d'Afrique du Nord, il y a de plus en plus de jeunes sans emploi, malgré l'amélioration des niveaux de l'éducation », a déclaré Mario Pezzini, directeur au Centre de développement de l'OCDE.

Le rapport préconise que les pays africains conçoivent des stratégies mieux coordonnées pour s'atteler efficacement à la promotion de l'emploi des jeunes. Il importe que de telles mesures soient centrées sur la création d'emplois dans le secteur privé, tout en garantissant aux entreprises de toutes tailles les conditions propices à leur développement afin de les encourager à faire croître leurs ressources humaines.

En outre, compte tenu du manque d'envergure du secteur formel dans bon nombre de pays africains, le rapport conclut à la nécessité, pour les gouvernements, d'accorder la priorité au secteur informel et aux zones rurales, qui constituent des viviers de talents et de réussites entrepreneuriales susceptibles de servir de moteurs à la croissance inclusive, au vu de leur capacité à embaucher de plus en plus de jeunes chômeurs.

Le rapport plaide également en faveur de la mise en place de politiques axées sur l'acquisition de compétences permettant de renforcer la compétitivité des jeunes sur le marché du travail, par exemple, en améliorant la qualité de l'éducation dans les domaines de l'agriculture et des nouvelles technologies.

L'attention accrue portée à l'emploi des jeunes dans les politiques publiques doit être assortie de mesures d'accompagnement visant à intensifier les investissements dans l'infrastructure sociale et économique, et à diversifier l'activité économique du continent.

« La diversification des exportations au-delà des matières premières et le développement du secteur privé sont des facteurs déterminants pour limiter la vulnérabilité du continent face aux chocs externes, mais cela prendra du temps », affirme Emmanuel Nnadozie, directeur de la division du développement économique à la CEA.

Il appartient aux pays africains d'instaurer les politiques appropriées afin de tirer profit des gains de leur récente croissance économique et de réaliser une percée en matière de développement.

« L'emploi des jeunes est un investissement dans l'avenir car il contribue à la réduction de la pauvreté, à la création de richesse, au bien-être et à la cohésion sociale », a indiqué de son côté Pedro Conceição, économiste principal au Bureau régional de l'Afrique du PNUD. 

Le rapport sur les Perspectives économiques en Afrique 2012 présente une analyse exhaustive des développements économique, social et politique dans la région. Il comporte des notes approfondies sur 53 des 54  pays africains ainsi qu'une vision macroéconomique de l'ensemble du continent.

Le document offre également un chapitre sur le développement humain, qui est axé cette année sur l'importance d'enrayer l'évasion des capitaux afin de réaliser le développement humain durable à l'échelle du continent.