Le Kenya prend des mesures audacieuses en matière de changements climatiques

14/02/2014
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En Afrique de l’Est, on se souvient  encore de la sécheresse dévastatrice qui a sévi en 2009. Celle-ci a tué près de 80 pour cent du cheptel de certaines régions du Kenya. Que cette sécheresse soit ou non liée aux effets du réchauffement climatique, on estime son coût pour l’économie kenyane à environ 12 milliards de dollars US. Son incidence maximale s’est fait ressentir dans les régions arides et semi-arides du pays.

Et pourtant, ce n’est pas là que commence l’histoire de cette sécheresse. D’une part, les inondations causées par El Niño en 1997-1998 ont endommagé et détruit des infrastructures pour un montant total estimé à 800 millions de dollars, mais les infrastructures remplacées n’ont pas dépassé les 120 millions de dollars. D’autre part, la sécheresse provoquée par La Niña en 1999-2000 a entraîné de nouvelles pertes économiques évaluées à 5 milliards de dollars.

Le Kenya, dont l’économie est la plus florissante de l’Afrique de l’Est, est bien parti pour afficher un taux de croissance à deux chiffres, grâce à son investissement dans une infrastructure qui aidera le pays à accélérer ses plans économiques. Parmi ses axes prioritaires, il compte atténuer les effets des changements climatiques et s’y adapter par l’amélioration de son fonctionnement et la planification à long terme de  ses projets d’infrastructure.

Le plan de développement national « Kenya Vision 2030 », le Plan à moyen terme (2013-2017) et le Manifeste adopté par le gouvernement à l’occasion du cinquantenaire du pays montrent combien le gouvernement du Kenya est conscient de la complexité de la situation hydrique de son pays.

Ces trois documents ont pour objectifs de parvenir à une croissance inclusive et à l’égalité des chances entre les différents comtés ; d’irriguer un peu plus de 400 000 hectares de terres d’ici 2018 ; d’augmenter de 2,4 milliards de mètres cubes les réserves d’eau stockées ; d’atteindre les cibles du Programme gouvernemental d’électrification des zones rurales ; et enfin, de porter les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement à 75 %.

C’est ainsi que, par exemple, depuis 2005, le ministère de l’Environnement, de l’Eau et des Ressources naturelles puise dans ses propres ressources pour mettre sur pied le Programme d’aménagement hydraulique polyvalent de Thwake. Ce programme augmentera la résistance à la sécheresse des deux comtés semi-arides de Kitui et de Makueni, les rendra plus autonomes en matière de production alimentaire et contribuera à assurer leur approvisionnement en eau. Il contribuera en outre à réduire les taux de pauvreté dans ces deux comtés, où ces taux sont parmi les plus élevés du pays, s’élevant à plus de 60 pour cent. Les comtés de Kitui et de Makueni ne bénéficient actuellement que d’une irrigation minimaliste et d’une faible électrification et, pendant une bonne partie de l’année, les populations rurales doivent creuser à la main dans le lit des rivières pour y trouver de l’eau potable.

La Banque africaine de développement (BAD) a décidé de contribuer à ce projet et d’offrir un soutien financier pour le reste de la Phase 1 du Programme de Thwake. Cette phase consiste en la construction d’un barrage en enrochement de 77 mètres de haut destiné à stocker 681 millions de mètres cubes d’eau, et des infrastructures nécessaires à sa construction ; en l’élaboration des plans ; et en la préparation des dossiers d’appel d’offres nécessaires au démarrage rapide des phases suivantes. La Phase 1 comprend en outre la mise en œuvre du Plan d’action pour la réinstallation des populations déplacées, l’indemnisation et le déménagement des 1067 ménages affectés par la construction de ce barrage. Le projet signé à la fin janvier 2014 est financé conjointement par la BAD (35 %) et le gouvernement du Kenya (65 %) et sera mis en œuvre sur une période de six ans.

Le ministère de l’Environnement, de l’Eau et des Ressources naturelles a déjà organisé des visites du site en collaboration avec les deux comtés concernés et avec les ministères de l’Énergie, de l’Agriculture et des technologies de l’Information et de la Communication ( TIC), afin de s’assurer de l’inscription au budget du financement indispensable pour la mise en œuvre du programme jusqu’à son achèvement, en 2023. La Phase 2 du projet Thwake consiste en des aménagements hydroélectriques ; la Phase 3 porte sur la  construction d’infrastructures rurales et urbaines pour l’approvisionnement en eau, l’assainissement et la gestion des eaux usées ; et enfin, la Phase 4 consiste à développer l’agriculture grâce à l’irrigation.

Le programme de Thwake contribuera à atteindre plusieurs objectifs de développement fondamentaux du Kenya : i) contribuer à raison de 10 % à l’objectif d’irriguer un peu plus de 400 000 hectares de terres ; ii)contribuer à raison de 25 % à l’objectif d’augmenter de 2,4 milliards de mètres cubes les réserves d’eau stockées ; iii) fournir de l’eau potable à 674 700 habitants d’une zone rurale, dans la région qui offre actuellement la plus faible capacité de stockage de réserves hydriques par habitant ; iv) et enfin, accroître la capacité hydroélectrique du Kenya de 20 MW au maximum, contribuant ainsi au Programme national d’électrification des zones rurales à moindre coût.