Le savoir au service du développement: parution de l'ouvrage "Echanges de visions sur le développement de l'Afrique"

12/12/2008
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Le programme des Conférenciers éminents a ouvert un nouveau chapitre dans les efforts déployés par la Banque pour devenir un centre du savoir, apte à proposer des solutions aux problèmes de développement de l’Afrique, inspirées notamment de l’expérience avérée de ceux qui connaissent le continent et croient que sont développement est possible et réalisable à bref délai.

Le programme des Conférenciers éminents s’inscrit dans une démarche visant à donner plus de visibilité à la Banque en tant qu’institution du savoir. Il constitue une plateforme où les responsables africains et les personnalités de renom (Africains comme non-Africains) peuvent échanger leurs perspectives sur les défis ardus de développement que le continent est appelé à relever. Il offre ce faisant au personnel de la BAD l’occasion d’avoir des interactions avec des maîtres à penser et d’échanger des idées sur la manière de mener le programme de développement du continent à court terme. Grâce au programme, ces éminentes personnalités pourront léguer à la postérité leur vision, qui pourrait inspirer les leaders africains actuels et futurs.

Le lancement du 1er volume de la publication (2006-2007) a été effectué le jeudi 4 décembre 2008 à Tunis par Donald Kaberuka, président du Groupe de la Bad, et Festus Mogae, ex président du Botswana, qui donnait une conférence sur le thème « les Industries extractives et le développement de l'Afrique: les leçons du Botswana ».

Le premier recueil des conférences du Programme des Conférenciers éminents (2006-2007) inclut les conférences suivantes:

  • « La pandémie du VIH/sida: mes craintes et mes espoirs », Kenneth Kaunda, ex président tanzanien
  • « Réinventer la croissance: innovation technologique et renaissance économique en Afrique », Calestous Juma, directeur du Projet pour la science, la technologie et la mondialisation et professeur à l’université de Harvard
  • « Accroître l’accès des zones rurales africaines à l’eau et à l’assainissement », M. Michel Camdessus, ex directeur général du FMI
  • « Résoudre les problèmes mondiaux: la coopération internationale dans l’intérêt national », Kingsley Amoako, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique
  • « Gouvernance et investissement en Afrique: expérience après quarante ans », Benjamin Mkapa, ex président de la République unie de Tanzanie
  • « Réhabilitation post-conflit: comment les stratégies de la Banque africaine de développement devraient-elles être spécifiques », Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford
  • « Améliorer les perspectives africaines dans le cadre de la mondialisation: le rôle de l’intégration régionale », Abdou Diouf, ex président du Sénégal.

Résumé des conférences

L’ancien président de la Zambie, Kenneth David Kaunda, a eu deux interventions, devant le Conseil d’administration et le personnel respectivement, sur le thème « La pandémie du VIH/sida en Afrique: mes craintes et mes espoirs ». Il a fait observer que le VIH/sida avait emporté des centaines de milliers de vies d’un personnel bien formé dans plusieurs pays africains, bloquant ainsi le développement dans pratiquement tous les secteurs. Il a noté que la crise avait été accentuée par une série de facteurs, notamment la stigmatisation sociale, la discrimination à l’égard des personnes atteintes, l’exode des cerveaux du personnel médical et les conflits civils. Il a décrit la pandémie comme une crise aux proportions effrayantes, surtout qu’elle est exacerbée par l’incidence de la pauvreté, la faim, l’ignorance et le sous-développement général dans lequel vivent la plupart des malades.

Parmi les solutions proposées, il a appelé les dirigeants africains, les personnes servant de modèle et les personnes morales à soutenir les campagnes de sensibilisation à la maladie. Il a conseillé à la Banque africaine de développement et aux autres organisations régionales de considérer la maladie comme un cas spécial exigeant une attention urgente et des mesures extraordinaires, et de prendre la direction de la mobilisation des ressources pour la recherche d’un vaccin et d’un traitement.

M. Calestous Juma, directeur du Projet pour la science, la technologie et la mondialisation à l’université de Harvard, a animé un séminaire hautement interactif sur le thème « Réinventer la croissance: innovation technologique et renaissance économique en Afrique ». M. Juma considère comme opportunité de développement durable en Afrique un nouveau cadre conceptuel, qui définit la région davantage comme une entité apprenante, et non plus comme un ensemble de cas d’urgence désespérés, nécessitant des distributions au compte-gouttes et d’autres mesures de secours temporaires.

Il fonde sa position sur l’histoire contemporaine des nouvelles économies émergentes, dont la réussite en matière de développement s’explique par l’accent que ces pays ont mis sur les connaissances scientifiques ainsi que par leur capacité à améliorer les performances de développement économique grâce à l’innovation et à l’adaptation technologiques. Il a démontré que plus un pays est éloigné de la frontière de la recherche, plus important est le bagage de connaissances dont il doit hériter. Une bonne compréhension des facteurs en jeu dans la domestication des connaissances scientifiques disponibles est capitale pour le progrès économique du continent.

Pour la plupart des pays africains, le défi consiste donc à opérer une refonte de leurs politiques actuelles axées sur le rattrapage technologique des pays avancés, pour percevoir davantage la technologie en termes d’acquisition et d’adaptation. Pour que l’Afrique puisse espérer un renouveau économique durable et améliorer sa performance en matière de développement, il préconise d’investir d’urgence et massivement dans la capacité des pays à mettre en valeur, utiliser et générer des connaissances scientifiques et technologiques utilisables. Ainsi, les gouvernements devraient mobiliser la volonté politique nécessaire pour mettre en place de véritables politiques propres à renforcer les institutions dans le domaine technologique et à promouvoir l’ingénierie et l’expertise dans la réparation et la maintenance locales.

M. Michel Camdessus, ancien directeur du Fonds monétaire international, a fait une intervention sur le thème: « Améliorer l’accès des zones rurales africaines à l’eau et à l’assainissement ». Il a analysé les différentes actions engagées pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), à savoir réduire de moitié le nombre des personnes (plus de deux milliards d’êtres humains) qui n’ont pas accès à l’eau et à l’assainissement. Il a estimé que le défi de la réalisation des OMD et l’alimentation en eau étaient liés.

Il a soutenu que, comme les questions liées à l’eau constituaient plus du tiers des objectifs visés, les OMD auraient de meilleures chances de se réaliser si les objectifs en matière d’eau et d’assainissement étaient atteints. Il a soutenu que la vision qui, il y a déjà longtemps, avait projeté l’alimentation en eau de tous les Africains, restait réalisable, à condition de revoir la centralisation des systèmes actuels de gestion de l’eau. Afin de répondre au défi de rendre l’eau disponible là où les besoins existent, il faudrait une décentralisation optimale de la distribution.

Il a proposé des mécanismes de gestion financière qui réconcilieraient la nécessaire décentralisation de la fourniture d’eau avec l’efficacité dans la fixation des tarifs et le recouvrement des coûts.

M. K. Y. Amoako, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et membre du Groupe de travail international sur les biens publics mondiaux, a présenté le rapport du Groupe de travail, intitulé « Résoudre les problèmes mondiaux: la coopération internationale dans l’intérêt national ».

Il a abordé les six catégories de biens publics faisant l’objet d’une forte demande de la part de la communauté internationale. Citant la réticence des États nations à prendre les dispositions utiles pour résoudre les problèmes mondiaux, il a expliqué le risque d’insuffisance de l’offre mondiale, si les pays sont laissés à eux-mêmes pour contribuer à l’offre mondiale de biens publics. Il a fait observer que les défis les plus ardus pour la fourniture des biens publics mondiaux résidaient au plan international où, contrairement au niveau local et national, il n’existe pas de véritable pouvoir de réglementation, à même d’assurer le respect des règles. À l’échelle internationale, les actions des États sont volontaires.

S’appuyant sur l’histoire, il a appelé les pays développés à prendre sur eux de donner l’impulsion initiale requise à l’oeuvre commune d’offre de biens publics, en particulier parce que ce sont eux qui ont profité le plus du système multilatéral fondé sur des règles.

M. Benjamin William Mkapa, ancien président de la République unie de Tanzanie, a animé un séminaire sur le thème de « Gouvernance et investissement en Afrique: expérience après quarante ans ».

M. Mkapa a défini la bonne gouvernance comme l’exercice du pouvoir en régime démocratique qui maintient l’équilibre entre les intérêts de tous les citoyens, assure la séparation entre les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, et fournit le cadre adéquat pour l’investissement et à un développement socioéconomique satisfaisant. Il a noté que peu de constitutions à l’ère des indépendances répondaient à ces critères.

Ainsi, le défi majeur pour la gouvernance et l’investissement après les crises financières de la fin des années 70 consistait à jeter les bases des réformes de gouvernance et d’un environnement propice au marché. Les résultats ont commencé à se manifester au milieu des années 90 et expliquent le taux satisfaisant de croissance économique enregistré dès la fin des années 90.

Il a noté que nombreux étaient les pays africains où l’on constate un ferme engagement d’améliorer le climat d’investissement. L’ouverture de l’espace politique, la mobilisation de la société civile et des politiques garantissant l’État de droit, la sécurité et la stabilité sont autant de mesures de gouvernance qui sont prises pour instaurer un environnement porteur. Pour que ces efforts puissent se traduire par des taux de croissance satisfaisants, il a estimé que l’investissement devrait privilégier à court et moyen terme l’infrastructure, les petites et moyennes entreprises, ainsi que l’agriculture.

M. Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford, a consacré sa présentation au thème suivant: « Réhabilitation post-conflit: comment les stratégies de la Banque africaine de développement devraient-elles être spécifiques ? ».

Il a fait observer que les pays sortant de conflit en Afrique constituaient un groupe unique nécessitant des politiques et une assistance spéciales de la part des donateurs. La raison est à rechercher dans le risque élevé de voir ces pays retomber dans les conflits, d’où l’impérieuse nécessité de réduire ce risque.

En outre, les conflits civils créent des opportunités très particulières qui, si elles sont exploitées à bon escient, peuvent avoir un impact positif sur le processus de développement national.

M. Collier a souligné que la réduction des dépenses militaires et les politiques axées sur la croissance et l’emploi des jeunes étaient très importantes pour réduire le risque de conflit. Il a noté que la démocratie, notamment la tenue d’élections, tend à aggraver plutôt qu’à atténuer le risque de conflit.

Il a conclu sur le rôle que la Banque africaine de développement peut jouer, en particulier en matière de conseil, de financement et de plaidoyer. Le concours distinctif de la Banque à cet égard doit être suffisant et généreux.

M. Abdou Diouf, ancien président du Sénégal, a fait un exposé intitulé « Améliorer les perspectives africaines dans un monde globalisé: le rôle de l’intégration régionale ». Il a attiré l’attention sur le fait que l’Afrique, malgré ses ressources abondantes et ses efforts d’intégration régionale, est restée en marge de la mondialisation. Le continent connaît même, depuis trois décennies, une baisse de son niveau de participation au commerce mondial.

M. Diouf a magnifié les avantages potentiels de la mondialisation et la coopération Sud - Sud, et appelé les dirigeants africains à intensifier leur appui aux actions d’intégration, en soulignant que cet appui accru optimiserait les avantages que leurs pays pourraient retirer de la mondialisation.

Il a jugé que l’Afrique unie deviendra une réalité si les États, en majorité issus de la colonisation, acceptent de déléguer une part de leur souveraineté. Il a proposé que pour promouvoir l’intégration régionale en Afrique, les pays africains devraient accepter le concept de délégation de souveraineté où les autorités nationales céderont aux structures continentales une partie de leur souveraineté.