La BAD a dédié 4 milliards de dollars à la finance climatique en 2011 et 2012

17/07/2013
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La Tunisienne Hela Cheikhrouhou a été désignée, le 26 juin 2013, première directrice exécutive du nouveau Fonds vert pour le climat (FVC), bientôt opérationnel.

Une reconnaissance amplement méritée pour cette experte reconnue des problématiques liées au changement climatique, qui a été préférée à nombre de candidats d’envergure internationale. Et une fierté pour la Banque africaine de développement, dont elle a dirigé le Département énergie, environnement et changement climatique (ONEC) depuis sa création, en 2010.

En quoi consiste le “Fonds vert pour le climat”, que vous allez diriger ?

Décidé à Copenhague fin 2009, le Fonds vert pour le climat (FVC) a été officiellement créé en 2010 par les accords de Cancún. À l’heure où le changement climatique bouleverse le quotidien de milliards de personnes, la création de ce fonds répond à une demande forte des pays en développement, désireux de trouver des financements concessionnels pour soutenir leur transition vers un modèle de développement sobre en carbone et résilient au changement climatique. À terme, ce fonds devrait devenir le principal fonds international pour le financement concessionnel de la lutte contre le changement climatique.

Quelle continuité avec vos fonctions de directrice du Département énergie, environnement et changement climatique (ONEC) à la Banque africaine de développement ?

Notre département, ONEC, a contribué à faire augmenter de manière substantielle les financements concessionnels climatiques pour aider les projets d’infrastructures (énergie, eau, agriculture, transport) à accéder à des financements, outre ceux du groupe de la Banque africaine de développement (BAD). En mixant fonds privés, publics et concessionnels, nous avons ainsi permis à des projets d’adaptation au changement climatique – ou d’atténuation – de devenir “bancables” et moins risqués. Le département abrite, entre autres, les Fonds d’investissements climatiques (FIC) qui mobilisent plus d’un milliard de dollars EU pour les projets de la BAD et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Depuis la création du département ONEC en 2010, nous avons ainsi accru de 700 % les fonds mobilisés auprès du FEM, et créé le Fonds des énergies durables pour l’Afrique – appelé SEFA en anglais –, en collaboration avec le gouvernement danois, et bientôt le gouvernement américain – entre autres.

Par ailleurs, nous avons développé une méthodologie conjointe avec les banques multilatérales de développement, qui nous permet d’estimer que la BAD a approuvé, en 2011 et 2012, près de 4 milliards de dollars EU dédiés à la finance climatique.

Enfin, notre département co-préside un groupe de travail sur la croissance verte, qui implique plusieurs départements de la BAD et qui est chargé, tout à la fois, de formuler des conseils conceptuels et programmatiques, de développer les capacités, et de nouer des dialogues stratégiques avec les pays pour leur transition vers une économie verte.

Un projet que vous souhaiteriez citer, exemplaire de votre action à ONEC ?

Le Département ONEC travaille à mobiliser des fonds qui permettent à des projets très innovants de se concrétiser. Je citerai le projet de géothermie à Menengai au Kenya, qui est un exemple pour toute la vallée du Rift en Afrique de l’Est, dont le potentiel d’énergie liée à la géothermie est immense. L’apport de la BAD dans ce projet a été décisif. Le Kenya exploite la géothermie depuis le début des années 1980, avec le site d’Olkaria. Mais, les risques de forage liés à la phase exploratoire pour découvrir des gisements de vapeur dissuadaient les investisseurs privés. Pour stimuler l’investissement privé dans l’exploitation géothermique, la BAD a utilisé, pour le projet de géothermie de Menengai, un nouveau modèle qui prévoit un financement concessionnel des toutes premières phases du projet et des activités à risque élevé. Une fois le risque de forage éliminé, la voie est ainsi ouverte à l’investissement privé pour transformer cette vapeur en énergie et la commercialiser. Fort de ce succès, nous travaillons à développer cette source d’énergie dans d’autres pays comme l’Éthiopie, Djibouti, les Comores ou la Tanzanie. Je citerai aussi le grand programme d’énergie solaire concentrée, éolienne et hydraulique au Maroc, dont les travaux ont débuté en mai 2013.

Je citerai également la première phase du grand Inga en République démocratique du Congo, qui s’appelle “Inga 3”, car j’ai suivi le projet ces trois dernières années. Ce grand projet de 4 800 MW va fournir de l’électricité à toute la région d’Afrique centrale et à l’Afrique du Sud. Nous sommes en train d’appuyer le gouvernement de la République démocratique du Congo et de nous coordonner avec les autres partenaires pour développer, structurer, et lever des financements en partenariat public-privé (PPP). Pour vous donner une idée concrète, Inga 3 représente à lui seul, dans cette première phase, l’équivalent de la capacité en énergie installée actuellement au Nigéria, le pays le plus peuplé du continent !

Quelles perspectives de collaboration entre la BAD et le Fonds vert pour le climat ?

Jusqu’ici, la finance climatique a été malheureusement insuffisante en comparaison des besoins du continent, le plus vulnérable aux effets du changement climatique, même s’il ne contribue qu’à 4 % des gaz à effet de serre émis dans le monde.

Le Fonds vert pour le climat (FVC) représente donc une opportunité réelle de financements concessionnels pour les pays africains. Il pourra travailler en étroite collaboration avec la BAD pour aider les pays africains à accéder à ses ressources, soit à travers la Banque, soit directement. La BAD a déjà commencé à afficher des résultats concrets dans ce sens, grâce à son rôle actif d’intermédiaire en financements concessionnels climatiques des FIC et du FEM. Le département ONEC a joué un rôle clé, en abritant le secrétariat d’agence d’exécution de ces fonds au sein de la BAD. Les perspectives de collaboration entre la BAD et le Fonds vert pour le climat sont donc réelles, et la BAD est bien positionnée pour être dans la première vague d’agences d’exécutions internationales agréées du FVC.

Quelles seront vos priorités dès votre prise de fonction ?

Avec le conseil d’administration, nous allons tout faire pour que le Fonds vert pour le climat soit opérationnel dès que possible. Pour cela, nous allons réfléchir et mettre en place une stratégie de mobilisation des ressources. Beaucoup d’options s’ouvrent à nous, et nous nous appuierons sur tout le travail effectué depuis la création du fonds en 2010, afin de mobiliser efficacement le plus de ressources possible, et devenir le principal fonds international pour le financement concessionnel de la lutte contre le changement climatique.

Bio express

  • 1996 : tout juste diplômée de HEC Montréal, Hela Cheikhrouhou, de nationalité tunisienne,  rejoint Citibank Afrique du Nord. Elle y devient trésorière pays et vice-présidente en charge de  la gestion des risques pour l’Afrique du Nord.
  • 2003: Elle rejoint la Banque mondiale pour travailler au développement du secteur financier et privé sur la région Amérique latine et Caraïbes.
  • 2007 : Elle devient manager de la division chargée du financement privé et public-privé des infrastructures, à la Banque africaine de développement (BAD).
  • 2010 : Création du Département énergie, environnement et changement climatique au sein de la BAD, dont elle prend la direction.
  • 2013 : Hela Cheikhrouhou devient la première directrice exécutive du Fonds vert pour le climat (FVC).