Lancement du Fonds pour la protection des forêts du Bassin du Congo - Allocution liminaire du président de la BAD, Donald Kaberuka

17/06/2008
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Evènement : Cérémonie du lancement du Fonds pour la protection des forêts du Bassin du Congo

C’est un réel honneur pour la BAD d’être le dépositaire financier d’un fonds multidonateurs dédié à la deuxième plus grande forêt du monde. Une forêt qui abrite des millions de personnes et une biodiversité riche de plus de 10 000 espèces végétales. La préservation de ce précieux écosystème est essentielle et je peux vous garantir que la BAD prend cette initiative très au sérieux.

Chacun sait que l’Afrique est le continent qui émet le moins de gaz à effet de serre, mais aussi celui qui souffre le plus de ces émissions. À l’heure actuelle, la perte de la forêt et la dégradation du bassin aggraveraient les effets des émissions de carbone dans l’atmosphère plus que toute autre pratique culturale.

Cette semaine, le PNUE a publié un rapport dont il ressort que l'Afrique perd quatre millions d'hectares de forêt par an. C'est deux fois le taux enregistré par le reste du monde. Chaque année, certaines parties du continent perdent jusqu'à 50 tonnes de sol par hectare sous l’effet de l'érosion. L’érosion a détruit environ 65% des terres cultivables du continent, réduisant sensiblement sa capacité de produire une alimentation suffisante, au moment même où la production vivrière devient un enjeu urgent pour la planète.

Beaucoup d'entre vous savent que l’Afrique a accompli d’énormes progrès ces dix dernières années. Même si d’importantes disparités subsistent d’un pays à l’autre, il n’en demeure pas moins que la croissance a atteint 6% par an. Il convient toutefois de préciser que l'agriculture, secteur dont dépend la majorité de la population, a enregistré des résultats moins brillants. La croissance dans ce secteur a été de 3% par an seulement, atteignant péniblement le rythme de l’accroissement de la population.

Encore plus préoccupant est le fait que la croissance agricole, aussi modeste soit- elle, ne procède pas d’une productivité accrue mais de l'expansion de la superficie cultivée, parfois au prix de l’agriculture itinérante sur brûlis. La pression qu’exerce ce type d'agriculture s’accroît, à mesure que les communautés rurales recherchent des moyens de subsistance dans un contexte marqué par la crise alimentaire. C’est un problème auquel il faut s’attaque de toute urgence. À l’heure où nous attendons avec impatience la réunion de Copenhague qui doit aboutir à un accord sur la réduction des émissions actuelles et futures, ainsi que sur les moyens financiers et technologiques d’en atténuer les effets, il importe que les pays à faible revenu s’acquittent de leurs responsabilités communes mais différenciées et bénéficient d’un appui pour adapter et stimuler leur croissance et mettre en place une économie produisant peu de carbone. Cette démarche doit inclure la valorisation de l’important potentiel hydroélectrique de l'Afrique, qui, malgré la grave pénurie d'énergie, n’est exploité qu’à hauteur de 4%.
En mai et juillet 200, je me suis rendu dans la sous-région, à savoir au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Congo et en RDC. Je me suis entretenu avec les autorités sur la manière dont la BAD pouvait aider les pays de la région à mettre en œuvre le Traité sur la protection des forêts du Bassin du Congo et les plans de convergence.

En février de cette année, la Banque a organisé à Tunis, en partenariat avec la Commission des forêts d’Afrique centrale et le DFID, une réunion sur le financement de la gestion durable des forêts en Afrique centrale. La Banque a ainsi été chargée de créer le Fonds pour les forêts du Bassin du Congo et d'accueillir son secrétariat. Nous avons accepté cette mission, qui a été officiellement approuvée par notre Conseil d'administration la semaine dernière. Nous nous félicitons des concours financiers du DFID et de la Norvège, qui permettront un démarrage immédiat du Fonds. Le Fonds multidonateurs, qui sera placé sous notre supervision, a été bien reçu par les pays du Bassin du Congo et j’engage tous les autres donateurs à adhérer à cette initiative plutôt que de multiplier le nombre de fonds spéciaux.

Nous nous emploierons à mener cette mission à bien, forts de notre longue expérience dans ce type d’activité. Aujourd’hui, nous avons un portefeuille d’une valeur de 300 millions de dollars pour les projets de gestion des forêts. Nous avons accordé des financements pour un montant total de 710 millions de dollars à environ 21 pays. Nous sommes prêts à redoubler d’efforts pour protéger nos forêts, nos cours d’eau et nos lacs, comme le lac Victoria et le lac Tchad.

Nous disposons d’une vaste expérience en matière de gestion des accords de financement. Je citerais à titre d’exemple, la Facilité africaine de l'eau, le Consortium pour les infrastructures en Afrique et, récemment, le Mécanisme de financement des engrais en Afrique, ainsi que de nombreux autres fonds fiduciaires du même type. La rigueur des normes fiduciaires que nous appliquons est de nature à rassurer les donateurs. Je tiens aussi à assurer aux pays de la sous-région et aux co-présidents que nous nous emploierons à rechercher des méthodes encore plus efficaces pour offrir services à la hauteur des attentes du Conseil des gouverneurs. Nous nous engageons à fournir toutes les orientations stratégiques nécessaires au Conseil et aux co-présidents. J’ai bon espoir que nous pouvons élargir la participation des parties prenantes en associant davantage de donateurs au Fonds pour les forêts du bassin du Congo. Les partenariats pour les forêts du Bassin du Congo resteront un solide point de référence pour le Fonds, ainsi que dans le cadre des consultations, dans la mesure où ils permettront de tirer des enseignements et de mutualiser les données d’expérience.

Notre objectif commun est de ralentir la déforestation du Bassin du Congo tout en aidant les populations les institutions à trouver des moyens de subsistance et à mieux les gérer. Si cette initiative est réussie, et il est de notre devoir qu’elle le soit, les communautés du Bassin du Congo auront apporté une contribution substantielle à l'humanité. Je m’associe au Premier Ministre norvégien, M. Stoltenberg, pour exprimer mon fervent espoir que la conférence de Copenhague saura valoriser les forêts du Bassin du Congo. Je tiens à remercier tous ceux qui aideront cette initiative de décoller et je joins ma voix à celle du Ministre Djombo (Congo) pour encourager les contributions à ce fonds fiduciaire multidonateurs.

Je vous remercie.