Le rapport sur les perspectives économiques en Afrique

18/09/2008
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Une réunion de  lancement des travaux de préparation du Rapport sur les perspectives  économiques en Afrique  produit conjointement par la BAD, la CEA et le Centre de développement de l’OCDE vient de se tenir à Tunis. Voici une série d’interviews de quelques participants, effectuées en marge de la rencontre  Il s’agit notamment  de celles du directeur du département de la  recherche (EDRE) de la BAD, M. Léonce Ndikumana, du responsable de la section d’analyse macroéconomique  de la CEA , M. Elhiraika Adam et  de M.Yonazi Enock,  ingénieur principal en télécommunication du département des infrastructures de la BAD.

« Le rapport sur les perspectives économiques en Afrique a atteint  son niveau de maturité et devrait être un document de base  que tous  les décideurs en matière de politique économique devraient avoir sur leur bureau. » (Léonce NDikumana)

Question: Monsieur le directeur, une intense activité est menée ces jours-ci autour de la préparation du rapport sur les perspectives économiques en Afrique. Pouvez-vous faire un retour en arrière et nous faire l’historique de cette importante publication ?

Réponse:  En effet, cette semaine nous procédons au lancement des travaux du rapport sur les perspectives économiques en Afrique. Le document  est préparé  par trois institutions, notamment  la Banque africaine de développement qui en est le chef de file, le Centre de développement de l’OCDE et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Cette publication est destinée à promouvoir les débats sur le développement économique en donnant des perspectives économiques et  et des analyses ainsi qu’un aperçu sur la situation économique dans les pays. L’idée a été initiée par le  Centre de développement de l’OCDE et la première édition, publiée en avril 2001-2002, couvrait 22 pays.  En 2002-2003, le même nombre de pays a été maintenu, avec une  innovation consistant en l’insertion d’un chapitre sur un thème spécifique. Cette pratique a été  maintenue de  telle sorte qu’en plus des notes couvrant les pays figurant dans l’échantillon, il existe un chapitre traitant d’un thème clé ayant trait au développement de l’Afrique. Maintenant, le rapport a atteint  son niveau de maturité. Il couvre un plus grand nombre de pays. L’année écoulée, il avait couvert 35 pays. Cette année, l’échantillon  passera à 48 pays. Ce qui signifie que nous sommes en passe de couvrir bientôt toute l’Afrique. La publication est devenue une  source de référence pour les chercheurs africains  sur le développement économique de l’Afrique, et  les décideurs  en économie politique.  L’objectif est d’accroître la visibilité du rapport et de le transformer en  véhicule de la voix de l’Afrique.

Question: Au niveau des  partenariats  que vous venez d’évoquer, quelles sont  les étapes significatives qui ont été franchies dans un contexte où générer des connaissances rencontre des exigences plus fortes en termes financiers et techniques, et compte tenu aussi de la complexité des contextes macroéconomiques à explorer ?

Réponse: Le partenariat dans la préparation  du  rapport sur les perspectives économiques en Afrique permet de capitaliser sur les avantages comparatifs de chacune  des  trois institutions. L’OCDE a initié le projet et a acquis des outils pour préparer cette publication.  L’OCDE prépare des rapports similaires  au niveau mondial  mais l’idée était de capitaliser sur les avantages comparatifs des institutions basées en Afrique travaillant sur le continent avec  la mission de  contribuer au développement de l’Afrique ; notamment la Banque africaine de développement. Cela donc été le premier partenariat  important dans la préparation de ce rapport. Au début, la BAD était  un « partenaire junior » mais maintenant, une transition importante a été effectuée l’année dernière et dans ce nouveau contexte, la Banque a pris les rênes pour la production de ce rapport. Elle est l’institution leader dans l’équipe  de  préparation du rapport. Et l’autre innovation également dans la répartition a été l’inclusion de la CEA dans cette équipe. Vous pouvez constater que les parties prenantes sont la BAD qui est l’institution première en ce qui concerne les opérations de développement dans les pays et sur le terrain ; la CEA qui est en fait la voix de l’Afrique en ce qui concerne le développement économique au sein de la famille des Nations Unies. Ce qui constitue donc une forte complémentarité.  Le Centre de développement de l’OCDE porte le message dans les pays de l’OCDE, tandis que la BAD et la CEA vont capitaliser sur leur présence pour véhiculer les idées contenues dans le rapport.

 

Question: Dans ce contexte comment évaluez-vous l’apport des autres organisations impliquées dans la confection de ce document ?

Réponse: L’objectif du partenariat est une complémentarité des institutions. La BAD apporte la connaissance car elle met en œuvre de nombreux projets dans les pays africains, dans tous les domaines infrastructures, développement social, éducation, santé ;  et à travers ces projets la banque collecte une somme importante d’informations utilisées dans la compilation de ce rapport. La CEA, pour sa part, apporte des connaissances au niveau économique conformément à sa  mission de travailler étroitement avec les décideurs politiques, des ministères des finances, de la planification et des banques centrales. Ensuite le partenariat avec le centre de développement de l’OCDE apporte la connaissance au niveau globale, les autres expériences des autres régions qui inspirent notre réflexion sur la situation en Afrique.

Question: Vous évoquiez l’apport de cette publication en termes de connaissances et programmation de politique économique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Réponse: Le rapport sert de base et de source d’informations à deux catégories d’acteurs, d’abord les décideurs en matière de politique économique et les chercheurs sur le développement en Afrique. L’objectif de la publication est de donner l’information que ces décideurs peuvent utiliser dans la programmation des projets nationaux, dans l’élaboration des documents de stratégie à moyen et long termes, tout en sachant la situation économique du pays ainsi que sa structure, les secteurs porteurs de croissance, pour qu’ils puissent maximiser l’utilisation des ressources  rares, en termes  de ressources financières et humaines et les apports de la communauté internationale. Nous pensons donc que le rapport sur les perspectives économiques en Afrique devrait être un document de base  que tous  les décideurs en matière de politique économique devraient avoir sur leur bureau lorsqu’ils préparent les documents de politique et de stratégie nationale en matière de développement.

Question: Quelle  valeur ajoutée apporte cette publication  aux publics cibles en termes de connaissances  et d’établissement des programmes de développement dans les pays africains. La couverture médiatique du lancement d’un tel rapport est cruciale pour lui assurer un impact et lui permettre d’atteindre son objectif qui est  de disséminer l’information relative à la situation macroéconomique des pays africains .Qu’est ce qui  a été fait jusqu’ici et quel est  le dispositif mis en place pour lui assurer une vaste publicité et  une diffusion notamment en Afrique ?

Réponse: C’est une question très importante. Tel  que je l’ai précisé précédemment, le rapport est un document assez riche, assez vaste et j’aimerai bien souligner un point. C’est que le document  a un aspect unique parmi les grands rapports publiés sur l’Afrique. En ce sens, qu’il donne en même temps la vision  globale sur le développement en Afrique, mais aussi donne les détails sur la situation dans les pays membres, alors que dans la plupart des autres rapports, c’est la vision globale que vous avez. Nous avons  préparé à la BAD, tout comme l’ont fait nos collègues à la Banque mondiale, au Fonds monétaire, à la CEA, des rapports sur  l’Afrique, mais celui-ci est un rapport sur l’Afrique et les pays africains avec des informations  spécifiques sur les pays. Pour cette raison, nous estimons que c’est un rapport qu’il faut diffuser le plus possible. A cet égard, nous sommes en train de mettre sur pied un mécanisme de médiatisation de ce rapport. Puisque comme je vous l’indiquais au début, c’était le centre de développement de l’OCDE qui était le leader  ce qui faisait que le rapport était plus médiatisé en Europe et dans les pays de l’OCDE Désormais que la BAD est le leader dans ce partenariat, nous  voulons que  « le paquet » soit mis  sur la médiatisation du rapport dans les pays africains. En commençant par le lancement du rapport au cours des réunions annuelles qui pour  l’année prochaine se tiendront à Dakar et à partir de là, il y a une série de lancements du rapport et de présentations dans les Etats, dans la plupart des capitales africaines. Dans cette perspective, nous allons travailler avec la CEA  et l’OCDE  mais aussi et surtout, nous allons compter sur les bureaux extérieurs de la BAD. Ces bureaux seront notre appui primordial pour ce qui est de la logistique, de la médiatisation, de la mobilisation et de l’attention à capter au niveau pays parmi les décideurs politiques, dans le secteur privé et dans les médias.

Question: En dehors de cette médiatisation, envisagez-vous d’autres actions  plus ciblées pour que ce rapport puisse atteindre les publics cibles tels que les universitaires et les chercheurs ?

Réponse: En plus de la médiatisation qui est axée autour des  présentations, des conférences de presse, je dois souligner que le rapport est aussi envoyé et distribué dans la plupart des bibliothèques universitaires par le biais de nos bureaux nationaux et nous allons essayer de nous associer avec  des éléments de haut niveau dans les pays. Ce matin nous discutions par exemple avec des centres de recherche qui sont parties prenantes dans la préparation de ce rapport et il a été mentionné par certains d’entre eux qu’ils avaient des journées sur les questions économiques. Nous allons cibler ce genre d’événements pour avoir plus de visibilité. J’insisterai sur le fait que la BAD  veut promouvoir la coopération entre le département de la recherche et  les autres départements qui collaborent avec nous, notamment la statistique et les opérations, avec les institutions de recherche des pays. Nous avons déjà dix pays où les notes pays sont préparées par des centres de recherches .Nous voulons réellement augmenter le nombre d’institutions nationales. Cela augmente la participation nationale et il est plus facile pour nous de joindre et d’atteindre des décideurs politiques lorsque nous travaillons avec des entités nationales.

 

Question: Quel message principal et quelle vision du développement souhaiteriez-vous transmettre au grand public et aux africains en particulier concernant le rapport sur les perspectives économiques africaines ?

Réponse: D’abord c’est inviter le public à exploiter le plus possible le Rapport sur les perspectives économiques en Afrique. Et en terme du message clé que les différents rapports ont donné, c’est  que nous nous réjouissons de la renaissance des économies africaines où  nous voyons des taux de croissance augmenter, des situations macroéconomiques se stabiliser, les efforts d’austérité que les pays ont  adoptés depuis les années 90 commencent à porter leurs fruits.  Les taux d’inflation se stabilisent ainsi que les taux de change et les niveaux d’investissements privés augmentent; et le secteur privé prendre un regain, puisque comme nous en avons la conviction à la BAD, le développement de l’Afrique devra être basé  sur une combinaison saine d’un secteur public  bien organisé et bien efficace avec un secteur privé  vigoureux. C’est ce genre de message que le rapport est en train de donner au public et c’est un message encourageant qui veut dire que les efforts de réformes en matière politique donnent des fruits et  commence à l’observer. C’’est aussi un rapport qui appuie ce que les pays sont entrain faire  et encourage les gouvernements africains à accélérer leurs efforts d’investissement public et d’encouragement du secteur privé et de réforme du cadre réglementaire et institutionnel.


Speaker

Nom: Léonce NDikumana