Créer des emplois pour les jeunes dans l’agriculture, les TIC et l’industrie : pour les dirigeants africains, il y a urgence

25/05/2016
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Décideurs politiques et chefs d’entreprise africains ont redit combien l’Afrique doit investir davantage pour développer les compétences et promouvoir l’entrepreneuriat, si elle veut créer des emplois pour les jeunes. C’était au cours d’une table ronde de haut niveau, intitulée « Des emplois pour les jeunes Africains », qui s’est tenue au deuxième jour des Assemblées annuelles 2016 de la Banque africaine de développement (BAD), qui se déroulent actuellement à Lusaka, en Zambie.

Chaque année, ce sont de 10 à 12 millions de jeunes Africains qui arrivent sur le marché du travail, alors que seuls 3 millions d’emplois formels sont créés, selon les données disponibles.

Et, bien souvent, , ces jeunes n’ont pas les compétences que recherchent les employeurs, malgré les avancées en matière d’accès à l’éducation enregistrées ces dernières décennies.

« Nous devons prendre conscience de l’urgence qu’il y a à traiter la question du chômage. Je ne le répéterai jamais assez », a déclaré Akinwumi Adesina, au cours des débats.  Le président de la Banque africaine de développement en est convaincu : pour créer plus d’emplois, il faut investir dans le développement des compétences. « Il ne s’agit pas de diplômes — ce ne sont que des étiquettes —, mais de compétences », a-t-il renchéri.

Le président Adesina a détaillé les mesures ambitieuses que la Banque a prises pour mettre à profit l’explosion démographique phénoménale de la population africaine et en faire un atout économique, en développant une stratégie ad hoc destinée à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains et à former 50 autres millions dans les dix ans à venir.

La Stratégie 2016-2025 du Groupe de la Banque pour stimuler l’emploi des jeunes en Afrique, approuvée par le Conseil d’administration le 18 mai 2016 à Abidjan, s’articule autour des Cinq grandes priorités de l’institution, notamment la dernière, qui vise à améliorer la qualité de vie des Africains en transformant la démographie dynamique du continent –  que d’aucuns qualifient de « bombe à retardement » –, en une opportunité de croissance inclusive.

Les  programmes de la BAD qui sont  d’abord focalisés sur les secteurs prioritaires de la Banque – agriculture, industrie et TIC –, incluront un indice de mesure des résultats obtenus en matière d’emploi des jeunes et d’adoption de politiques dédiées au niveau national. Il fournira également des informations sur l’évolution du marché du travail au fil du terme. Cet indice pourra ainsi inciter les les décideurs politiques à poursuivre les programmes qui favorisent l’emploi des jeunes.

Participant à la table ronde, Carlos Lopes, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a quant à lui souligné la nécessité de revoir intégralement les politiques éducatives en Afrique. Toute réforme de l’éducation doit répondre aux besoins de l’économie et du marché du travail, a-t-il argué. Avant d’ajouter  que les migrants africains, s’ils étaient dotés des compétences adéquates, pourraient contribuer à la transformation du continent. Et de prédire une intensification des migrations en parallèle à la croissance du continent.

Si, chaque année, 2,9 millions d’Africains émigrent hors du continent, c’est deux fois moins que ceux qui quittent la Chine, a précisé Carlos Lopes. Avant d’ajouter : « Tout ce dont nous avons besoin, c’est une transformation économique, et la question de l’emploi des jeunes se résoudra d’elle-même. »

L’Afrique énormément à gagner d’une hausse de nombre d’emplois –  forte hausse des revenus et amélioration des conditions de vie et de l’accès aux services de santé et à l’éducation, notamment. Réduire le taux de chômage des jeunes de sorte de le ramener au même niveau que celui des adultes en Afrique se traduirait par une hausse de 10 à 20 % du PIB du continent, selon les estimations.

En outre, plus d'emplois offrirait des perspectives autrement attrayantes aux milliers de jeunes qui rejoignent les rangs des armées rebelles ou qui vont, au péril de leur vie, traverser la mer Méditerranée ou le désert du Sahara en quête de meilleures opportunités en Europe.

Au cours de son intervention, le milliardaire et philanthrope nigérian Tony O. Elumelu, qui a créé une fondation à son nom, a souligné combien investir dans  la jeunesse du continent est stratégique, nécessaire et  dans urgent pour la croissance du continent. .  Le développement de l’entrepreneuriat et des compétences de base entraînera forcément une croissance inclusive, selon lui.

« La seule façon de créer des emplois pour les jeunes est de trouver des solutions à l’intérieur [du continent], puis de travailler ensemble », a déclaré M. Elumelu, dont la fondation éponyme a investi 100 millions de dollars EU dans un programme d’entrepreneuriat pour soutenir 10 000 entrepreneurs africains et créer 1 million d’emplois à travers le continent dans les dix ans à venir.

« Le chômage des jeunes est une question de sécurité nationale pour chacun d’entre nous », a déclaré Thomas Silberhorn, secrétaire d’État parlementaire du ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement de l’Allemagne.

La stratégie « Emplois pour les jeunes d’Afrique » de la BAD offrira un appui technique et financier aux pays africains, de sorte de les aider à  mettre en place les politiques et plans d’action capables d’améliorer l’emploi des jeunes ; il s’agira de renforcer leurs capacités institutionnelles et de les guider de manière à maximiser les impacts sur l’emploi au cours des dix prochaines années.

Sur le volet « innovation », Banque travaillera avec ses partenaires à l’élaboration, la mise en œuvre, l’évaluation et à l’ajustement de solutions prometteuses. Sa stratégie « Emploi pour les Jeunes d’Afrique » s’inscrit dans son ambition globale d’améliorer la qualité de vie de tous les Africains. L’objectif à long terme est de décupler les opportunités économiques pour les jeunes Africains –  garçons et filles –, ce qui aura un impact positif sur les autres aspects de leur vie.