Les priorités de la BAD en Égypte en 2015 : entretien avec Leïla Mokaddem, représentante résidente de la Banque

23/03/2015
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Nommée en janvier 2014 représentante résidente de la Banque africaine de développement (BAD) en Égypte, Leila Mokaddem est à la tête du Bureau de la Banque situé au Caire.  À ce titre, elle supervise l’ensemble des activités que mène la BAD en Égypte, l’un de ses membres fondateurs

Depuis 1974, année du lancement de ses activités dans le pays, la BAD a financé une centaine d’opérations, pour un total de plus de 6,9 milliards $. À ce jour, son portefeuille en Egypte affiche 29 projets en cours, qui représentent – prêts (79 % dédiés au secteur de l’énergie) et dons confondus – un engagement financier de plus de 1,9 milliard $  (remboursé à 63,6 % en date de mars 2015).

En 2015, la BAD octroiera à l’Egypte quelque 450 millions $ de prêts. Les transports (aéroport de Charme el Cheikh), l’énergie (conventionnelle et renouvelable), l’agriculture, l’eau et le traitement des eaux usées sont en tête des priorités.

Entretien avec Leïla Mokaddem, lors de la récente Egyptian Economic Development Conference (EEDC), tenue à Charme et Cheikh.

Quelles sont les priorités fixées pour 2015 et les besoins spécifiques du pays auxquels la Banque entend répondre ?

Le Document de stratégie pays intérimaire (DSP) de la Banque, qui court jusqu’en juin 2015, se concentre sur le soutien à apporter au gouvernement égyptien dans deux domaines clés : les infrastructures, en appui à la reprise économique et à la croissance verte ; et la gouvernance, pour soutenir la croissance inclusive et la réduction de la pauvreté.

À la suite des résultats positifs qu’a enregistrée l’EEDC du mois de mars, qui a enregistré  plus de 80 milliards de dollars EU d’engagements financiers de la part de gouvernements et du secteur privé, l’Égypte est à un carrefour et se lance dans une voie de transformation forte. La Banque fera le point sur les priorités cruciales du gouvernement, telles que formulées dans le document « Stratégie de développement durable de l’Égypte : Égypte 2030 », et elle réajustera son assistance ciblée, qui sera définie dans le nouveau DSP de la Banque relatif à la période 2015-2019. Cette stratégie entend appuyer : (a) la vision du gouvernement égyptien sur le bouquet énergétique et la promotion des énergies renouvelables à travers des partenariats publics-privés (PPP) ; l’inclusion sociale, grâce à des programmes de transferts monétaires conditionnels et d’autres filets de protection sociale en faveur des plus pauvres et catégories de population les plus vulnérables ; (c) le développement des compétences et la création d’emplois, à la lumière des contrats conclus avec le secteur privé durant l’EEDC et en identifiant le profil des compétences requises en fonction des sous-secteurs.

La Banque poursuivra avec vigueur, voire renforcera, une approche programmatique et globale pour aider à répondre à certains des grands défis auxquels le gouvernement égyptien est confronté. Elle mettra l’accent tout à la fois sur un dialogue de haut niveau en matière d’élaboration politique, sur des travaux dans le domaine du savoir et sur une assistance technique pour l’obtention de prêts pour des projets – notamment en faveur des ministères clés sur la structuration des PPP. La Banque aidera à mener des travaux sur le développement de compétences par secteur économique, en s’attachant à identifier les compétences essentielles qui sont nécessaires à la mise en œuvre de certaines réformes clés ; et elle financera, par des prêts ou des dons, l’émergence de compétences stratégiques et la mise en place de formations professionnelles en s’inspirant de ce que font d’autres pays. La Banque travaillera avec d’autres institutions financières internationales pour octroyer des cofinancements et fera également office d’arrangeur. Elle aidera le gouvernement égyptien dans la mise en œuvre de ses projets d’intégration régionale et de coopération Sud-Sud avec l’Afrique subsaharienne et les pays du bassin du Nil dans les domaines du transport régional, de l’énergie, du commerce et des investissements.

Citez 3 projets emblématiques de la BAD dans le pays.

Les interventions en cours et à venir de la Banque sont pleinement alignées sur les priorités actuelles du gouvernement, que sont la création d’emplois et la promotion des énergies renouvelables, tant en termes de production que d’usage en irrigation. Nous avons actuellement un projet en cours, le « Projet d’amélioration des revenus et de l’emploi en milieu rural » (dit “RIEEP” par acronyme en anglais, ndlr), qui représente un investissement de 70 millions de dollars EU ; il appuie les petits exploitants agricoles et agroentrepreneurs. À ce jour, ce projet a accordé 41 000 prêts, dont 30 % à des femmes, et s’est traduit par la création d’environ 80 000 emplois directs.

La Banque va procéder à un don de 1,2 million de dollars EU, qui servira à évaluer le recours à l’énergie renouvelable pour le pompage d’eau d’irrigation, dans le but de soutenir l’agriculture durable et la lutte contre le changement climatique. L’étude de faisabilité et le projet pilote contribueront à la conception du programme national de restauration de terres et à la préparation de son projet d’investissement.

La Banque est aussi en train de formuler l’appui qu’elle accordera en 2015, via son guichet “Secteur privé”, ainsi que l’octroi de prêts concessionnels via le Fonds pour les technologies propres (FTP), en vue de créer un parc éolien de 200 MW sur le golfe de Suez en recourant à un PPP. La Banque y investira un total de 98 millions de dollars EU, et le FTP 45 millions de dollars.