« Eclairer l’Afrique et lui fournir de l’énergie » : la BAD met l’électricité au premier plan du programme de développement de l’Afrique

07/03/2016
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L’énergie sera le thème central des Assemblées annuelles 2016 de la Banque africaine de développement, comme elle l’est déjà dans son Rapport annuel pour 2015. Le thème, « Energie et changement climatique », souligne l’importance que la Banque accorde à l’énergie, que le président de la BAD, Akinwumi Adesina, décrit comme « l’âme même de toute société et le passeport vers la transformation économique ».

Ainsi donc, l’énergie se situe au sommet des Cinq Grandes Priorités de la Banque, telles que : éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique, et améliorer la qualité de vie des Africains.

L’on convient généralement que la disponibilité d’énergie de qualité est un baromètre permettant d’apprécier les conditions de vie qui règnent dans un lieu donné. Les données disponibles indiquent qu’en Afrique, plus de 640 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du continent, n’ont pas accès à l’électricité. Cette situation persiste malgré le fait que le continent est doté d’un potentiel d’énergie brute inépuisable.

Les besoins énergétiques de l’Afrique sont si élevés que les efforts déployés dans le secteur apparaissent souvent comme les quelques gouttes d’eau que l’on utiliserait pour arroser le désert du Sahara. Le portefeuille actuel de la BAD relatif à l’énergie tourne autour de 11 milliards de dollars EU, les prêts octroyés à des projets dans le domaine de l’énergie (public et privé) ayant dépassé un milliard de dollars EU annuellement au cours des dernières années. Plus des trois quarts du portefeuille consacré à l’énergie servent à soutenir des projets du secteur public. Le portefeuille est composé en grande partie de projets portant sur la génération d’énergie électrique, mais aussi de projets de distribution de cette énergie et de soutien aux interconnexions dans un cadre régional.

En outre, la Banque dirige et héberge de nombreuses initiatives liées à l’énergie ainsi que des organisations telles que l’Initiative « Énergie durable pour tous » SE4ALL en partenariat avec la Commission de l’Union africaine, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Elle héberge également le secrétariat du Groupe des leaders africains de l’énergie (AELG). De plus, elle est l’un des architectes et l’un des principaux organismes de financement du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA). La Banque participe activement au démarrage de l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables, et l’on s’attend à ce qu’elle y joue un rôle clé. Elle coopère avec les principaux intervenants dans le secteur de l’énergie, entre autres avec le Groupe de la Banque mondiale, la Commission européenne, les donateurs bilatéraux (y compris les États-Unis, principalement par le biais du Power Africa Initiative), le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA).

La BAD finance également de grands projets de production d’énergie à travers le continent. Parmi ces projets, on relève la première phase du complexe de centrale solaire à concentration de Noor-Ouarzazate au Maroc, dont la puissance installée sera supérieure à 500 mégawatts (MW) et qui a bénéficié d’un financement de 400 millions de dollars EU. La Banque procède également à un investissement de 1,86 milliard d’euros dans le projet de centrale électrique de Medupi, en Afrique du Sud, dont la capacité totale est de 4 800 MW et qui est considérée comme la quatrième usine de charbon la plus importante de l’hémisphère sud.

En Afrique centrale, des initiatives sont en cours pour la construction du troisième barrage d’Inga, dont la puissance sera de 4,8 GW. Dans le cadre du projet phare continental du Grand Inga, une centrale hydro-électrique produisant du courant multi phase doit être construite sur le fleuve Congo, avec une capacité de production d’environ 44 GW, soit la moitié de la capacité électrique installée en Afrique actuellement. En Afrique de l’Est, l’Éthiopie a procédé à des investissements publics à grande échelle dans la production d’énergie hydro-électrique, dans les barrages de Bêles (deuxième phase) avec une capacité de 460 MW, de Gilgel Gibe (deuxième phase) avec une capacité de 420 MW, de Gilgel Gibe (troisième phase) avec une capacité de 1,87 GW, et de la Grande Renaissance avec une capacité de 6 GW. Dans le cadre du projet éolien du Lac Turkana, qui sera l’un des plus grands parcs éoliens d’Afrique, une ligne de transmission d’électricité publique s’étendant sur 428 km est en construction. Elle permettra d’acheminer 300 MW d’électricité vers le réseau national kenyan.

Le président Adesina estime qu’il reste encore beaucoup à faire au regard de l’énorme potentiel de l’Afrique et des besoins considérables à satisfaire. « L’Afrique a la chance d’avoir un potentiel illimité de ressources d’énergie d’origine solaire, éolienne, hydro-électrique et géothermique. Nous devons libérer le potentiel qu’offre l’Afrique en énergie - à la fois conventionnelle et renouvelable. La libération de l’énorme potentiel énergétique de l’Afrique, au bénéfice de l’Afrique, constituera un axe majeur des initiatives de la Banque », a-t-il déclaré.

Ainsi, en septembre 2015, la Banque a élaboré un nouveau Pacte sur l’énergie pour l’Afrique et a lancé un Partenariat transformateur pour l’énergie en Afrique dans le but d’éclairer l’Afrique et de la pourvoir en électricité d’ici 2025. L’objectif consiste à ajouter 160 GW de nouvelles capacités de production à travers le réseau existant ainsi que d’assurer 130 millions de nouvelles connexions au réseau et 75 millions de connexions hors réseau.

Elle estime que le nouvel accord va jouer un rôle de catalyseur en accélérant le rythme de transformation structurelle du secteur de l’énergie. Une telle chose permettra également d’améliorer la croissance verte inclusive, de libérer le potentiel d’industrialisation et de créer des richesses en Afrique. Elle entraînera la transformation de l’agriculture et la mise en commun des besoins en électricité au niveau régional, ce qui permettra d’intégrer l’Afrique, de créer des emplois et d’améliorer en fin de compte la qualité de vie des Africains.

Le président Adesina a mis tous ces éléments en perspective lorsqu’il a présenté le nouveau Pacte de l’énergie pour l’Afrique et a lancé un Partenariat transformateur pour l’énergie en l’Afrique lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 20 janvier 2016.

Dans son allocution à cette occasion, il a cité la prise en compte de l’énergie dans les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies en 2015, en soulignant l’importance que revêt l’énergie pour la société et la priorité clé qu’elle constitue pour la Banque.

Il a ajouté que le nouveau Pacte fixe l’objectif ambitieux de l’accès universel à l’énergie d’ici 2025. Cela signifie qu’il faudra apporter de l’énergie sous une forme moderne à 900 millions de personnes en Afrique subsaharienne, y compris à celles qui n’y ont pas accès, ainsi qu’assurer les besoins devant apparaître avec la croissance de population anticipée. Ce Pacte entraînera également un changement radical dans la façon dont la Banque, les pays africains, les partenaires au développement et le secteur privé appréhendent le secteur de l’énergie sur le continent.

« Pour réussir, nous devons travailler ensemble. Comme le dit le proverbe africain : « Si tu veux aller vite, vas-y seul. Si tu veux aller loin, il faut y aller ensemble ». Ainsi donc, la Banque africaine de développement collabore avec les gouvernements, le secteur privé, les agences bilatérales et multilatérales - dont plusieurs sont représentées ici - pour développer un Partenariat transformateur pour l’énergie en l’Afrique. Ce Pacte fournira aux partenariats public/privé une plateforme qui permettra d’apporter des financements innovants au secteur de l’énergie en Afrique », a souligné Akinwumi Adesina.