Faire de l’agriculture un business peut aider à résoudre les problèmes des villes africaines, affirme le président de la BAD

22/11/2015
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Sipho Moyo, Chief of Staff and Director of Cabinet (AfDB), Mo Ibrahim, Chair of Mo Ibrahim Foundation, and Akinwumi Adesina, President  of AfDB

Expansion des bidonvilles mal desservis par les services sociaux, difficultés d’accès à l’eau et à l’assainissement, augmentation de l’insécurité, pollution de l’air, énormes embouteillages: voilà quelques-uns des principaux défis auxquels sont confrontés les centres urbains en Afrique. Ces problématiques étaient au cœur des discussions tenues samedi 21 novembre à Accra, au Ghana, entre décideurs politiques, experts, membres de la société civile, représentants des gouvernements locaux et des agences de développement, dont le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina. Il participait à un panel de discussion sur le développement des villes africaines sur le thème «Dynamiques urbaines en Afrique». Cette rencontre était organisée par la Fondation Mo Ibrahim.

Selon  Adesina, l’exode rural, en particulier des jeunes, s’explique non pas par l’attrait de la vie urbaine en tant que telle, mais simplement par le peu de perspectives que leur offre l’environnement rural. Plus important encore, ils ne tirent pas de leurs activités agricoles les revenus espérés. La situation est aggravée par l’absence des services de base, notamment en matière d’infrastructures, de santé et d’éducation auxquels chacun peut prétendre. L’une des manières de répondre aux difficultés rencontrées par les centres urbains consiste donc à ralentir l’afflux de migrants en rendant l’agriculture plus profitable, ce qui rendra à son tour les zones rurales plus attrayantes.

Il faut pour cela changer notre regard sur l’agriculture. Il faut l’envisager comme un modèle commercial capable de générer davantage de revenus pour les agriculteurs et d’améliorer leur condition au-delà de la simple gestion de la pauvreté. «Nous devons veiller à ce que les petits exploitants agricoles, dont la majorité sont des femmes, reçoivent une aide afin qu’ils puissent accéder plus rapidement à de meilleurs intrants agricoles et renforcer ainsi la productivité agricole. Si l’agriculture est rentable, les jeunes ne quitteront plus les zones rurales. Faire de l’agriculture un business pourrait ainsi contribuer à résoudre certains des problèmes rencontrés par les villes africaines», a déclaré Adesina.

Le président de la BAD s’est aussi exprimé sur les autres questions, notamment les embouteillages, considérant que les heures perdues par les employés dans les  congestions routières pour se rendre au travail constituent un gâchis de productivité. Concernant la pollution de l’air, il s’agit pour lui d’une situation qu’il faut étudier sérieusement afin de veiller au maintien d’une bonne qualité de vie dans les villes. Pour répondre à ces nombreux défis, Adesina a également suggéré d’avoir recours à des solutions de financement innovantes, ainsi que de renforcer les capacités en matière de gestion et d’aménagement des villes. «Nous devons gérer nos ressources avec bon sens, veiller à la bonne utilisation des impôts, et faire les bons choix. Cela nous nous aidera à résoudre nos difficultés», a-t-il déclaré.

Le panel a également proposé d’autres suggestions, et notamment l’association des citoyens à la gestion des centres urbains. S’ils sont considérés en tant que parties prenantes et non plus en tant que simples usagers des services, ils prendront davantage conscience de leur responsabilité et de leur rôle dans les solutions à apporter. Selon Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace international, «les citoyens doivent être considérés comme des partenaires dans la gestion urbaine. Ils doivent être tenus informés de l’utilisation des fonds et des secteurs considérés comme prioritaires».

Le panel était présidé par Ngaire Woods, doyen de Blavatnik School of Government de l’Université d’Oxford, et il se composait, outre du dirigeant de la BAD, d’Aisa Kirabo (directrice exécutive adjointe, secrétaire générale adjointe d’ONU-Habitat) et d’Henri-Bernard Solignac-Lecomte (chef d’unité pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique du Centre de développement de l’OCDE). Les discussions étaient animées par Zeinab Badawi, présentatrice de la BBC.