Rapport 2015 sur les OMD: en dépit des progrès accomplis, l’Afrique subsaharienne est à la traîne parmi les régions en développement pour la plupart des objectifs

03/11/2015
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Un milliard de personnes sont sorties de la pauvreté depuis l’établissement par les Nations Unies des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) il y a de cela 15 ans, ce qui en fait l’initiative anti-pauvreté la plus réussie de tous les temps. Plus d’un milliard de personnes ont été tirées de l’extrême dénuement.

Selon le rapport 2015 sur les OMD, rendu public ce mardi, lors de la 10e Conférence économique africaine à Kinshasa, en République démocratique du Congo, des progrès remarquables ont été enregistrés à l’échelle planétaire pour les 8 objectifs. Mais ils ont été inégaux selon les régions et les pays, et des lacunes significatives persistent.

L’on relève surtout que l’Afrique subsaharienne est à la traîne des autres régions en développement pour la plupart des objectifs, et ce, en dépit des progrès accomplis.

«Depuis 2001, les OMD ont grandement influencé le discours du développement et ils ont contribué à améliorer l’orientation et le flux de l’aide», a indiqué Takyiwaa Manuh, directrice de la Division des politiques de développement social de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique.

Manuh a toutefois souligné la nécessité de s’appuyer sur les succès dans la réalisation des OMD pour faciliter la mise en œuvre du nouvel ensemble d’objectifs de développement, les Objectifs de développement durable (ODD).

Ces nouveaux ODD traitent des trois dimensions interconnectées du développement durable: la croissance économique, l’inclusion sociale et la sauvegarde de l’environnement.

En Afrique, les efforts pour la réalisation ODD seront agencés de façon à coïncider avec les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui a pour ambition de créer un continent intégré, pacifique et prospère. Cet agenda appelle aussi à l’atteinte d‘une prospérité basée sur un développement axé sur l’humain.

Pour Manuh, le principe d’inclusion est au cœur des ODD, qui ont été adoptés à la suite d’un processus participatif intense, notamment à travers des consultations avec la société civile et le secteur privé.

Afin de faire progresser la mise en œuvre concrète des ODD, Manuh a insisté sur la nécessité de l’adoption d’une approche intégrée en matière de développement, et d’exploiter les synergies entre les différents objectifs.

«Réduire la pauvreté sans tenir compte des causes sous-jacentes pourrait se révéler non viable à long terme», a-t-elle indiqué, soulignant qu’il serait nécessaire d’adopter une approche globale afin de faciliter la mise en œuvre des ODD.

Elle a également mis l’accent sur le renforcement des systèmes statistiques nationaux, car il est nécessaire d’avoir à disposition des données de bonne qualité pour suivre les progrès de manière précise.

Concernant le premier objectif, à savoir la réduction de moitié de la proportion de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (défini comme le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour), les Nations Unies indiquent par exemple qu’il a été atteint à l’échelle mondiale il y a cinq ans, mais que dans la région, plus de 40% de la population vit encore dans l’extrême pauvreté.

De manière significative, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud avaient des taux comparables (57 et 51 pour cent respectivement) en 1990, mais dans cette dernière région le taux a baissé pour s’établir à 17 pour cent en 2015, alors qu’elle est toujours à 41 pour cent en l’Afrique subsaharienne.

Néanmoins, en ce qui concerne le taux de scolarité dans l’enseignement primaire, l’Afrique subsaharienne est, de toutes les régions en développement, celle qui a enregistré les progrès les plus importants.

Son taux de scolarité est passé de 52 pour cent en 1990 à 78 pour cent en 2012, soit de 62 à 149 millions d’enfants, selon le rapport.

Les régions en développement ont également atteint l’objectif d’éradication des disparités entre les sexes à tous les niveaux de l’enseignement, avec un indice de parité de 0,98 dans l’enseignement primaire et secondaire, et de 1,01 dans l’enseignement supérieur. Les variables se situant entre 0,97 et 1,03 sont considérées comme des marqueurs de parité entre les sexes.

Cependant, des différences importantes subsistent entre les régions et les pays, vu que des disparités traduisant une situation favorable pour l’un ou de l’autre sexe peuvent s’annuler lorsque les données sont agrégées, toujours selon l’étude.

En ce qui concerne l’emploi salarié, la proportion des femmes salariées dans le secteur non agricole est passée de 35 pour cent en 1990 à 41 pour cent aujourd’hui, mais des écarts entre les sexes subsistent.

«En dépit de gains notables en faveur des femmes, des disparités significatives persistent entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Les femmes sont toujours plus susceptibles que les hommes de rester en dehors de la population active», indique le rapport.

La mortalité maternelle, par ailleurs, s’est nettement améliorée depuis l’adoption des OMD, avec une baisse de 45 pour cent à l’échelle mondiale entre 1990 et 2013, passant de 380 à 210 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes.

En dépit de cette avancée, chaque jour des centaines de femmes meurent de complications liées à la grossesse et à l’accouchement.

Les décès maternels surviennent principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud ; en 2013, ces deux régions représentaient à elles seules 86 pour cent du total mondial des décès maternels.

L’eau, quant à elle, reste rare, ce qui affecte 40 % de la population dans le monde, et il est prévu que cette situation se détériore à l’avenir.

Selon  Issa Faye, chef de Division de la recherche de la Banque africaine de développement, la Banque s’est engagée à soutenir la mise en œuvre du programme des Objectifs de développement durable pour tous.

En particulier, la Banque a prévu une aide d’au moins 400 millions de dollars pour soutenir la mise en œuvre des ODD dans les pays africains.